Université des sciences juridiques et politiques : Le Pr Abdoulaye Diarra fauché en pleine réforme

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Décédé à Paris le lundi 4 avril des suites d’une longue maladie, le professeur Abdoulaye Diarra, recteur de l’Université des sciences juridiques et politiques du Bamako, dont la dépouille est arrivée dans la nuit du samedi à dimanche, a reçu les honneurs de la nation. Après la cérémonie funèbre, il a été accompagné, hier dimanche, 10 avril, dans sa dernière demeure dans son village natal, Dio, dans le cercle de Kati sur la route de Kita. Etaient présents à cette cérémonie pathétique et d’adieu, qui s’est déroulée à Kalabancoura, le Premier ministre Modibo Keïta, le président de l’Assemblée nationale, Issiaka Sidibé, plusieurs membres du gouvernement, les parents, proches, amis et collaborateurs de l’éminent constitutionnaliste disparu.

 

Apres l’arrivée de la dépouille mortelle du professeur, vêtue des couleurs nationales, le représentant de la famille fit ses témoignages. Selon le vieux sage Salif Diarra, seul Dieu peut faire ça. Il a rendu grâce à Dieu avant de remercier les plus autorités pour leur présence, leur soutien à leur côté depuis l’annonce de la mort de leur parent. Il a ensuite confié les enfants du défunt à ses amis et collaborateurs. Pour M. Diarra, ce n’est pas le moment de se lamenter, car, dit-il, ce que Dieu décide est bien.

Dans son témoignage, le représentant de l’Amicale des anciens élèves du lycée de Banankoro dont Abdoulaye Diarra était membre, Kaman Kané, gouverneur de la région de Mopti, a, au nom de ses camarades de promotion, présenté ses condoléances les plus émues à la famille du défunt suite à son rappel au miséricordieux. Selon lui, le professeur Diarra était un ami, un époux, un père exceptionnel. Il n’a pas manqué de rappeler ses qualités exceptionnelles en ces termes « Il a été un de leur au lycée, brillant en classe, taquin, véritable incubateur d’idées qui pouvait agacer à leur âge de lycéen’’. Le gouverneur nous apprend que ses caramades l’appelaient affectueusement «Joe Boy», eu égard à sa façon permanente d’animer des débats, tels des orateurs de l’agora de la Grèce antique.

Le porte- parole de l’Amicale a rappelé que le défunt a été le premier à élaborer le draft du statut et règlement intérieur de leur association en 1995.  M. Kané a révélé que ses camarades qui lui ont imposé de prendre la tête de l’Amicale, rôle qu’il assumera merveilleusement de 1955 à 2015. Kaman Kané dira que c’est sous sa clairvoyance et sa bonne étoile qu’ont été mises en place l’Amicale des épouses des anciens élèves du lycée de Banankoro, l’Amicale des enfants des élèves du lycée de Banankoro, regroupement permanent d’une centaine d’enfants. « Tu as créé une chaîne sociale qui ne brisera jamais », rassure M. Kané.

« Ta vie professionnelle intense ne t’a jamais éloigné de la promotion. Tu es resté fidèle à ta vision plurielle doublé d’un esprit critique qui a permis de faire éviter à l’association toute dérive partisane, politique ou syndicale, puisque tu as été le premier président. Tu resteras le président », a laissé entendre le gouverneur de Mopti.

Enfin, le gouverneur de Mopti, représentant de l’Amicale le magnifie en ces termes : « digne professionnel du droit, le professeur Diarra a servi avec abnégation son Mali, en cohérence avec lui-même, il a tenu à enseigner à l’Université pour communiquer aux plus jeunes son virus de la démocratie. Très attentionné pour nos enfants qui pendant plus de 10 ans passaient une journée entière chez lui à domicile. Président, tu nous manqueras toujours. Nous ne t’oublierons jamais. Repose en paix, dors en paix dans ton Dio natal ».

 

Après le témoignage du représentant de l’Amicale des anciens élèves du lycée de Banankoro, Massa Makan Diabaté, conseiller technique au ministère de l’Enseignement supérieur, procèdera à la lecture de l’oraison funèbre. Selon lui, c’est une chose poignante que cette fin prématurée, c’est une iniquité cruelle que ce geste brutal de la mort fauchant le professeur Diarra en pleine réforme de son Université, en plein labeur.  L’homme, dit-il, était l’expression même des valeurs culturelles de notre pays et sa vie a été un exemple de vitalité et d’énergie

 

Le Grand chancelier des Ordres nationaux du Mali, le colonel à la retraite, Djingaré Touré, a au nom de l’Etat rendu hommage à l’illustre disparu pour ses bons et loyaux services rendus à la nation. ‘’Abdoulaye Diarra avait un sens élevé du devoir bien accompli. Les compétences et qualités reconnues en lui par les hautes autorités du pays lui valurent d’être cité parmi les plus dignes fils et élevé au rang de Chevalier de l’Ordre national du Mali, le 21 décembre 2001 et Officier de l’Ordre national du Mali, le 27 février 2008. Monsieur Abdoulaye Diarra puisse votre exemple inspirer les générations futures afin que triomphent les idées qui vous étaient chères et pour lesquelles vous vous êtes toujours battus », témoigne le colonel Touré.

A la fin des honneurs de la nation, la dépouille du professeur Diarra fut remise à sa famille pour les cérémonies religieuses.

 

 

 

 

Qui était le professeur Abdoulaye Diarra ?

Le professeur Abdoulaye Diarra est né en 1953 à Dio, cercle de Kati. Après son succès au DEF en 1971 dans cette ville, il décroche en 1974 le baccalauréat malien, série philo-langue. Il dépose ses valises à l’INAS de Paris, où il obtient un diplôme en administration scolaire et universitaire. Il est titulaire d’une maîtrise en sociologie politique et relations internationales, obtenu à l’Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris en 1979. Il est détenteur d’un diplôme d’études supérieures de l’Université de Paris I Panthéon Sorbonne et un DEA en sciences politiques en 1981 à l’Université de Paris X Nanterre.

En 1984, il décroche un doctorat de 3è cycle en sciences politiques de Paris X Nanterre et un doctorat d’Etat en sciences politiques en 1989.

Le défunt laisse derrière lui une carrière pleine et bien accomplie. Ainsi, il occupa d’importantes fonctions de responsabilité dans l’administration malienne. Il fut directeur national des Affaires politiques et des Maliens de l’extérieur (1991-1992), membre de la Cour Constitutionnelle du Mali (1994-2008), membre de la Commission préparatoire du Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP) pour la préparation de la Conférence nationale (1991), expert de la francophonie auprès de la Cour constitutionnelle de l’Union des Comores (2007-2009). Il fut acteur du Mouvement démocratique. Depuis 2013, il assurait les fonctions de recteur de l’Université des sciences juridiques et politiques de Bamako.

Il est auteur de plusieurs publications dont ‘’Démocratie et droit constitutionnel dans les pays francophones d’Afrique noire : le cas du Mali depuis 1960’’, Karthala, 2010 ; ‘’ Les Groupes de pression des Etats-Unis : genèse et évolution’’, Dakar, 1986 ; ‘’Transition politique et choix constitutionnels en Afrique : cas du Mali’’ ; ‘’Protection constitutionnelle des droits et libertés en Afrique noire francophone depuis 1990 : les cas du Mali et du Bénin’’.

En 2001, il fut élevé au rang de Chevalier de l’Ordre national du Mali et Officier de l’Ordre national du Mali en 2008.

Il était marié et père de plusieurs enfants.

Dors en Paix Professeur !

Jean Goïta

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9 COMMENTAIRES

  1. INA LILAHI WA INA ILEYHI RAJI OUNE!!!! ALLAHOUMA AGHVIR LEHOU WA ARHAM HOU!!!!!!

  2. J’ai eu l’occasion de discuter avec le professeur Abdoulaye Diarra en 2012 et 2013 au sujet de mon souhait de venir enseigner au Mali après mon doctorat à l’étranger. Je confirme que le professeur Diarra était très impliqué dans le rehaussement du niveau de l’université de droit malienne et de celui de ses étudiants dans l’objectif de rejoindre les universités sous-régionales les plus prestigieuses. Il était également très attaché à la stabilité de sa patrie et à la solidité des institutions maliennes.
    Que son âme repose en paix !
    – L’ORTM a rendu hommage au professeur Abdoulaye Diarra et dressé son portrait dans son journal télévisé du 09 avril 2016 disponible à l’adresse suivante : https://www.youtube.com/watch?v=S9PYtjWXmS8 (minutes 51-55).
    – Le professeur Abdoulaye Diarra a notamment publié deux ouvrages aux éditions Karthala :
    1. Démocratie et droit constitutionnel dans les pays francophones d’Afrique noire : le cas du Mali depuis 1960, 2010, 372 pages.
    2. La gauche française et l’Afrique subsaharienne. Colonisation, décolonisation, coopération (XIXe-XXe siècles), 2014, 348 pages.
    – Le professeur Abdoulaye Diarra a également participé en 2013 à un débat télévisé de la chaîne parlementaire française Public Sénat durant lequel il a défendu par une voie pacifique et intelligente son pays.
    Édition spéciale – Intervention de la France au Mali, diffusée le 14 janvier 2013

  3. J’ ai ete un etudiant de M. Diarra a l’ ENA promotion 1986-1990. Le Professeur Diarra etait un eminent constitutionnaliste et politologue. Il nous a marque pour jamais. Merci cher Professeur pour tout ce que vous avez fait pour vos etudiants et votre pays.

  4. Vous oubliez d’ajouter que le Professeur DIARRA a enseigné à l’ENA de Bamako, avant d’être recteur de la FSJP.
    J’ai été son étudiant à l’ENA entre 1985 et 1989 et je profite de cette douloureuse circonstance pour rendre hommage à un Professeur de droit émérite et surtout à un humaniste; un enseignant qui était très proche de ses étudiants et qui avait une grande capacité d’écoute. Dors en paix Professeur. Puisse ton œuvre et les valeurs qui étaient les tiennes se perpétuer et continuer à nourrir la nation malienne.

  5. Université des sciences juridiques et politiques : Le Pr Abdoulaye Diarra fauché en pleine réforme
    Par Le Pouce -11 Avr 2016

    Janjo Professeur!
    Dors en paix!
    Vous aurez vécu d´une vie remplie au servive de plusieurs jeunes générations…

    « Je veux que les produits de mon université soient respectés » Pr Abdoulaye Diarra , Recteur de l’USJP (2014)

  6. Université des sciences juridiques et politiques : Le Pr Abdoulaye Diarra fauché en pleine réforme
    Par Le Pouce -11 Avr 2016

    Janjo Professeur!
    Dors en paix!
    Vous aurez vécu d´une vie remplie au servive de plusieurs jeunes générations…

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