ATT-cratie : ATT au-dessus du Mali et des principes ?

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Rompant le silence de l’establishment politique qui avait accompagné la sortie du livre «ATTcratie : la promotion d’homme et de son clan » sous la plume anonyme du Sphinx, le Parti citoyen pour le renouveau (PCR) a organisé une conférence de presse sur le sujet. Pour, dit-il, le principe démocratique et républicain dont les règles élémentaires, selon lui, ont été violées par l’auteur qui s’en est pris personnellement au président Amadou Toumani TOURE.

C’est donc « ces attaques personnelles » qui ont motivé la sortie du PCR qui ne s’était pourtant pas autant ému après l’agression physique dont a été victime M. Hamidou DIARRA alias Dragon et la mutinerie de soldats touaregs qui ont attaqué et pillé leurs propres camps militaires à Kidal et à Ménaka et la rébellion qui en a résulté.

Le Parti citoyen pour le renouveau (PCR) a livré, dans une déclaration rendue publique, le fond de son argumentation pour justifier la rupture du son silence après la sortie du pamphlet contre le régime ATT : «Le livre ATT-cratie : la promotion d’un homme et de son clan » heurte profondément les principes républicains et les valeurs sociétales de notre pays. Cette forme d’expression, qui ne s’assimile qu’à un tract uniquement fait pour nuire, est inadmissible, sachant bien que plusieurs tribunes ainsi que de nombreuses voies de recours légales sont disponibles pour l’expression démocratique. Les allégations du pamphlet portent des atteintes graves de nature à souiller l’honneur de citoyens maliens indexés, préjudices pouvant affecter leur vie privée. De nombreuses assertions mensongères sont formulées dans le seul but de nuire au Président de la République et son entourage qui, par voie de conséquence, peuvent ternir l’image publique du Mali à l’extérieur et décourager les investisseurs potentiels. Enfin, le pamphlet, tout comme son mode de promotion, jette un discrédit sur l’administration publique, les structures axiales de la République et l’ensemble du peuple malien. Fort de ces constats, le Bureau politique national du PCR ne saurait rester silencieux et, par conséquent, il condamne, avec la dernière rigueur, toute allégation ou tout acte susceptible de porter atteinte aux principes républicains et aux droits du citoyen tels que consacrés dans la Constitution dans ses articles 1 et 2 ; exhorte la classe politique à réagir énergiquement contre de telles pratiques pouvant souiller l’atmosphère politique ; considère que, dans un Etat de droit, les citoyens sont responsables et doivent répondre de leurs actes ; se déclare résolument opposé à toute forme d’impunité ».

Parallélisme troublant

Ce qui est intrigant, interpellés par nos soins pour n’avoir pas réagi après l’enlèvement et le passage à tabac de notre confrère Hamidou DIARRA alias Dragon et les attaques contre les camps militaires de Kidal et de Ménaka, les conférenciers du PCR ont fait état de communiqués anonymes et clandestins, parce que jamais publiés à notre connaissance. Parallélisme des formes et des méthodes employées ? En effet, si les «Héros du 23 mai » sont connus pour avoir agi à visage découvert, les auteurs de l’agression de Dragon sont jusque-là restés "anonymes" comme ceux ou celui du livre "ATTcratie : la promotion d’un homme et de son clan". Dans les deux cas, selon le constat qu’il nous a été donné de faire, le PCR était resté «muet ».  «Faux », ont rétorqué les conférenciers. «Nous avons publié des communiqués pour condamner ces faits », ont-ils rappelé. Cependant, nous n’avons jamais reçu dans notre rédaction ni lu dans un journal ou entendu sur une radio un quelconque communiqué du PCR relatif à ceux deux événements.

A supposer même que lesdits communiqués aient été faits, cela signifie-t-il que les atteintes n’étaient pas aussi graves pour nécessiter une conférence de presse du genre qui serait destinée à dénoncer avec véhémence lesdits faits et à appeler la classe politique à l’unisson dans la réaction comme c’est aujourd’hui le cas avec "ATTcratie : la promotion d’un homme et de son clan" ?

Le PCR et Sphinx, même combat ?

La réponse implicite du PCR est claire comme tout un chacun peut s’en rendre compte par la tenue de cette conférence de presse suggestive : «Vous pouvez vous en prendre au Mali entier et attenter doublement à l’intégrité du territoire national et à celle de paisibles journalistes citoyens sans nous faire sortir de notre cocon politique. Mais nous n’accepterons jamais que quelqu’un touche à un seul cheveu de notre idole ATT, car il est au-dessus du Mali et il vaut mieux que tous les principes démocratiques et républicains dont il est l’incarnation institutionnelle en tant que président de la République et premier citoyen de ce pays ».

Si le PCR était vraiment pour les principes «intangibles » de la démocratie et de l’Etat de droit avec les même idéaux et engagements politiques, il ne se serait pas comporté différemment avec ces trois événements qui ont un dénominateur commun : la violation de l’Etat de droit. Encore que dans le livre "ATTcratie : la promotion d’un homme et de son clan", c’est la gouvernance politique même qui est mise en cause à travers les scandales de gestion économique et financière avec, à la clé, la culture de l’impunité ainsi garantie pour leurs auteurs qui considèrent cela comme un encouragement à persévérer dans cette voie du mal. Le PCR n’est-il pas d’ailleurs sur la même longueur d’onde que le Sphinx en se déclarant «résolument opposé à toute forme d’impunité » ?

Le combat du paradoxe

Le second paradoxe sur les principes, c’est que le PCR n’approuve pas du tout les révélations du Sphinx au sujet de la casse de la BECEAO de Man dont le magot serait tombé dans les mains expertes du Chef de la Sécurité d’Etat du Mali, curieusement surnommé aussi Man. Car, dans l’entendement du PCR, ce sont ces révélations qui sont de nature à mettre en danger la vie des Maliens vivant en Côte d’Ivoire. Portant, avant la parution du livre du Sphinx, la presse malienne avait largement commenté l’affaire AB sans susciter la moindre enquête de quelque autorité que ce soit : le prototype même de l’impunité incarnée au Mali. Après l’implication d’une structure hautement stratégique comme la Sécurité d’Etat, doit-on s’offusquer à l’image du PCR de voir le Mali traité d’Etat «voyou » par la presse étrangère ? Car, il s’agit de savoir si c’est les faits ou leurs dénonciations qui sont ne nature à porter préjudice aux Maliens de Côte d’Ivoire par des représailles téléguidées par les jeunes patriotes proches du président Laurent GBAGBO. Lesdites exactions ont-elles commencé avec les révélations du livre "ATTcratie : la promotion d’un homme et de son clan" ? Pourquoi est-ce que le Burkina Faso a réussi à mettre le holà aux exactions commises à l’encontre de ses ressortissants alors que le soutien de cet pays aux rebelles des Forces nouvelles est un secret de polichinelle et à préserver les droits «acquis » des planteurs burkinabé à travers les Accords de Linas Marcoussis ?

La vérité, c’est que l’on ne peut vouloir quelque chose et son contraire en même temps : être contre l’impunité et ne pas approuver la dénonciation de cette même impunité. D’autre part, l’on est fondé à douter de la sincérité du combat pour le respect des principes que le PCR met subitement en avant (et comme par hasard !) dès lors qu’il en fait une lecture à double vitesse. Car devant la loi, c’est le principe de l’égalité absolue des citoyens sans aucune forme de distinction ni de titre quel qu’il soit : le premier citoyen qu’est le chef de l’Etat est logé à la même enseigne de protection d’honneur et de dignité par la loi impersonnelle et impartiale. Le Malien d’en haut et le Malien d’en haut étant les mêmes de ce point de vue devant la loi telle qu’énoncée par la Constitution. Aussi, le vrai combattant pour les principes, la démocratie, la République et le Mali doit-il monter sur ses grands chevaux qu’il s’agisse du président de la République ou du citoyen le plus anonyme qui soit, à plus forte raison quand les actes de barbarie sont perpétrés à l’encontre d’un homme de média dans l’exercice de ses fonctions comme c’était le cas avec M. Hamidou DIARRA dit Dragon.

La vérité n’est-elle pas à rechercher ailleurs ? Et comme le dit l’adage de chez nous : «Nul ne mange  en silence la soupe d’une parturiente…» Aussi, quand on dit être avec le président ATT, dans les circonstances actuelles, on se doit non seulement de mouiller le maillot mais aussi d’accepter de mouiller soi-même, au risque de se noyer comme le PCR dans l’argumentaire et dans la défense de son pain.    

Par Seydina Oumar DIARRA-SOD

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