CONTRIBUTION : Qui n’est pas casté au Mali ? (*)

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N’est pas Abdou Latif Coulibaly qui veut ! Après avoir publié deux livres incendiaires sur le régime du Président Wade, le célèbre journaliste sénégalais s’apprête à publier aux éditions l’Harmattan un troisième ouvrage : «Une démocratie prise en otage par ses élites». Livre dans lequel, selon Jeune Afrique, il n’épargne quasiment aucun acteur de la vie publique sénégalaise.

Dans un pays où les journalistes et les opposants passent quotidiennement devant le procureur, son courage n’a d’égal que sa constance. Car, Abdou Latif signe ses livres et les assume au grand jour ! On sait à qui on a à faire. Il ne se cache pas sous quelque masque que ce soit «Le Sphinx» ou «Komo». On peut apprécier ou détester ses écrits, on ne peut pas dire que c’est un lâche comme notre Sphinx national. Abdoul Latif est un homme, un vrai, qui agit à visage découvert, digne descendant de Biton Coulibaly.

Au Mali, qui veut ouvrir la boîte de Pandore ? Oui la boîte de pandore, car les dessous de la vie publique malienne sont une véritable boîte de pandore soigneusement fermée et cadenassée par «le savoir-vivre» soudanais multiséculaire, les fameux «waguéya» et «moussalaka» qui proscrivent les attaques personnelles au bas de la ceinture, les attaques contre les femmes et les enfants, les atteintes à l’honneur et la dignité.

Il faut rappeler aux thuriféraires du Sphinx, qu’au Mali, des scandales ont toujours existé dans les sphères dirigeantes surtout au cours des quinze dernières années, beaucoup de gens savent, mais personne n’en parle publiquement et au palmarès, Amadou Toumani Touré est le moins loti. Chacun se rappelle le cri de détresse d’un célèbre éditorialiste d’un journal pionnier, quand commençait en 2001–2002 à se répandre une rumeur sur la vie sentimentale de leur fondateur, il a appelé et à juste raison les uns et les autres à plus de décence. Oui ! De décence et à la date d’aujourd’hui, plus que jamais, il en est question. Bien lui en prit. Car, presque après, la rumeur risquait de s’emparer d’une autre affaire venant d’Amérique cette fois-ci. Qu’il s’en rappelle et le rappelle à son acolyte du moment transformé pour l’occasion en «quotidien des sans visage» qui paraît-il n’hésita pas une nuit de 2003 d’aller réveiller un de ses grands frères et confrère patron de presse pour aller intercepter à l’imprimerie toute la livraison du jour du quotidien de ce dernier. Car, cette livraison contenait une information concernant le beau frère de sa femme ! Ce jour-là, les lecteurs de ce journal en furent sevrés. Mais, l’honneur du beau-frère n’en fut pas sauf pour autant.

Que ne ferait-on pas pour sauver l’honneur de sa famille ! Et pourquoi chercher à ternir celle des autres en soufflant quotidiennement sur les braises de la calomnie ? La morale aussi a sa place dans l’information. Alors refermons la boîte de Pandore pour l’honneur de toutes et de tous, pour la paix sociale. Sinon des cadavres, ce n’est pas ce qui manque dans les placards !

Revenons au livre du Sphinx lui-même. Car, outre son caractère anonyme, ce livre souffre de multiples inexactitudes, déformations de la réalité et carrément d’affabulations et de mensonges, contrairement à ce qui est écrit dans la préface. Nous en retiendrons seulement quelques-uns afin d’édifier à suffisance les lecteurs.

 

Le problème  de caste

Poser ce problème démontre d’emblée le caractère subjectif et malveillant du livre. Quelle erreur tragique ! Il suffit de renvoyer l’auteur à revisiter l’histoire du Mali et se faire expliquer par exemple l’origine du mot «djéli» qui vient d’un acte de bravoure d’un frère par rapport à l’autre en le nourrissant de sa propre chair. Si l’on s’en tient aux patronymes, un des empereurs du Mali était Soumangourou Kanté, un forgeron. Cela l’a-t-il empêché de régner sur ce vaste empire ? De grâce, abandonnons ces idées rétrogrades et approprions-nous la charte de Kouroukanfouga fondateur du Mali éternel. Un Touré ne vaut pas mieux qu’un Kanté qui n’a rien à envier à un Traoré ou un Diarra. Au fait, Abraham Lincoln, il était quoi déjà ? ATT n’a rien à prouver.

ATT et l’armée

Aussi, le Sphinx affirme : «Amadou Toumani Touré dit ATT fit des études normales qui le conduiront à l’Ecole normale secondaire de Badalabougou (ENSEC) avant d’être incorporé dans l’armée sur conseil de feu le lieutenant colonel Kissima Doukara dont il connaissait la femme pour avoir fait l’ENSEC ensemble. Déclaré inapte au recrutement, ATT intégra finalement l’armée grâce à l’intervention du Dr Macalou».

Oui ! Kissima Doukara a beaucoup encouragé ATT à embrasser l’Armée. Mais, cela justifie déjà qu’il n’était pas inapte. Et pour vous dire que le livre de «Le Sphinx» est établi sur du mensonge, allez savoir tout simplement et c’est vérifiable, que la première femme de Kissima, supposée être de la même promotion qu’ATT, n’a même pas été à l’école. Et pour tout dire, aucune femme de Kissima n’a été à l’ENSEC. La promotionnaire de ATT à l’ENSEC, c’était Sako Diaby, plus tard épouse de Filifing.

En outre, dire qu’ATT était inapte à l’armée équivaut à conseiller à notre pays d’aller recruter tous les inaptes. Rien que par le courage de l’homme, son patriotisme, son amabilité envers tous les dignes fils de ce pays, sa carrière inédite, il démontre que le supposé inapte dame le pion aux aptes.

Dans les années 70, l’image que tous les jeunes maliens retiendrons d’ATT, c’est celle de la fête de l’armée le 20 janvier chaque année, l’après-midi, lors du saut des parachutistes, après avoir fait sauter tout le monde, l’avion montait plus haut dans le ciel et lâchait le dernier para que l’on apercevait à peine, c’était le lieutenant ATT, dont la prouesse surprenait chaque année. Les natifs de Bamako s’en souviennent toujours.

 

Relations  Modibo-Kissima  et ATT-Moussa

Et le Sphinx d’ajouter : «Quelques mois avant la disparition tragique du président Modibo Kéïta, alors détenu au camp des parachutistes de Djicoroni, le lieutenant Colonel Kissima Doukara avait commencé à avoir de la sympathie pour ce dernier avec qui il s’entretenait très souvent. C’est le lieutenant ATT qui informait Moussa Traoré, alors président de la République, des entretiens entre feu Modibo Kéïta et Kissima Doukara».

Ce paragraphe à lui seul suffit pour démontrer toute la volonté de nuire, de blesser. Tant le mensonge est grotesque et fait croire aux novices que Le Sphinx est informé, qu’il est du sérail du président. Mais tenez-vous bien ! Quand ATT s’envolait pour l’Académie militaire aéroportée de Raïzan à Moscou, Modibo Kéïta n’était pas encore transféré à Bamako. C’est de retour au bercail, à l’aéroport de Bamako-Sénou, qu’ATT apprendra la triste nouvelle : «Modibo est mort, il y a deux jours».

Physiquement absent de Bamako et du Mali, comment ATT peut-il être témoin des conversations entre Kissima et Modibo pour les rapporter à Moussa Traoré ? Le temps et l’espace s’opposent à une telle activité. Si Modibo et Kissima ne sont plus de ce monde, Moussa est encore vivant et les archives existent. Les allégations du Sphinx sont donc mensongères, à dessein. Le but n’est pas de dire la vérité, mais de blesser ATT.

Idi, le fils de Moussa, né bien après l’indépendance de ce pays, quel âge avait-il dans les années 80 pour être la caution d’ATT auprès de sa famille ? Soyons sérieux ! C’est Birus qui a pratiquement élevé ces enfants-là ? Son nom de code était Bafing.

 

ATT et la  révolution  de Mars 91

Ce que le monde entier a retenu et qui restera à jamais gravé dans l’histoire, c’est que le 8 Juin 1992. Quand il a rendu le pouvoir aux civils comme il s’y était engagé 13 mois auparavant : chose rare, exceptionnelle, inédite. La chanson de notre cantatrice Djénéba Seck «Kankeletigui» que beaucoup ont cherché et cherchent encore à s’approprier lui a été dédiée à cette occasion et restera coulée dans le bronze. Nier ces faits ou les déformer, c’est du révisionnisme.

 

ATT et la  corruption,  les magouilles foncières et la Bhm

C’est sûr que Le Sphinx n’a pas eu accès au rapport célèbre de la Banque mondiale sur la corruption au Mali durant la décennie 1992-2002 qui justifia, coup sur coup, la création du pôle économique et financier auprès du tribunal de la Commune III,  et la commission ad hoc à la présidence. Mais, il sait sûrement qu’ATT n’était pas au pouvoir. Ce document fait référence et jamais depuis que le Mali existe, ce phénomène n’a été aussi endémique, notamment dans les secteurs de l’éducation, de la santé qui furent ensuite épinglés par leur principal pourvoyeur, la Commission européenne. Et ATT n’était pas encore là !

En matière foncière, depuis bientôt 15 ans, les postes stratégiques dans ce domaine, à savoir la mairie du District, l’ACI, récemment le ministère des Affaires Foncières et du Domaine sont l’exclusivité d’un parti dominant de la place. Aux «poulaillers» 100 m x 100 m à Korofina de la 1ère République, aux villas de la sécheresse de la 2e République, succédèrent les villas de la démocratie de la 3e République à l’ACI (sic) à Hamdallaye, Baco Djicoroni, Kalaban et Guarantiguibougou réservées à l’élite politico-financière ! ATT lui a initié pour les en bas d’en bas les maison ATT, les ATTbougou : 3500 en 4 ans déjà. C’est ce que l’histoire retiendra.

Quant à la Bhm, sa mise à l’index et sous surveillance par la Commission bancaire remontent en fin 2001, début 2002, avant ATT. En juin 2002, elle était déjà à genoux. Mais, il serait intéressant d’examiner la liste de ses débiteurs, des garanties souscrites et aux taux d’intérêts obtenus par des créanciers dont souvent le critère de sélection était la carte d’un parti. Allez vérifier, enquêtez et publiez si vous en avez le courage. Aucun des cadres de cette Bhm-là n’a été nommé par ATT. Il les a trouvés là.

Quand on aime le Mali, on s’informe d’abord soi-même avec rigueur avant d’alarmer le peuple. Sinon on colporte la rumeur. Il faut reconnaître qu’il n’est pas donné à tout le monde de bien connaître son pays. Pour prétendre l’aimer et le placer au-dessus de tout, il faut le connaître et surtout chercher à connaître en vérifiant minutieusement toutes les informations. C’est ce qui manque au Sphinx et à ses thuriféraires. Qu’ils lisent et relisent Abdou Latif Coulibaly dont ils ne sauraient être qu’une pâle photocopie

 

ATT et la  diplomatie  malienne

Les Etats membres de l’Union internationale des télécommunications viennent, en remplacement d’un Japonais, d’élire à la tête de cette importante institution internationale un Malien, du nom de Amadoun Touré, face à cinq autres prétendants tous valeureux et qui sont un Allemand, un Tunisien, un Suisse, un Jordanien et un Brésilien.

En outre, le Mali vient d’être admis au Millenium Challenge pour la somme colossale d’environ 200 milliards demi Fcfa, le deuxième pactole le plus important. Une somme qui servira à l’aménagement de 16 000 ha en extension à l’Office du Niger avec le bitumage des voies d’accès sur 81 km. Ce pour l’amélioration de la productivité et de la production du riz. Aussi, cette somme permettra la création d’infrastructures à l’aéroport de Bamako-Sénou pour le bon conditionnement de nos produits d’exportation et autres volets. La plate-forme qui jaillira pour l’activité industrielle permettra à notre pays de relever tant de défis. Toutes choses qui engendrent forcément la création d’emplois massifs pour les travaux au niveau de la main d’œuvre et du fonctionnement. Sans compter l’objectif salutaire qui est l’amélioration substantielle des conditions de vie des populations bénéficiaires.

Tout cela est à l’honneur de la diplomatie sous ATT. Car, le monde entier et particulièrement les Américains ne sauraient faire confiance à un pays qui ne bouge pas. C’est dire que le pouvoir sous ATT s’est approprié les atouts de bonne gouvernance et de démocratie.

Enfin, la première phrase de la conclusion du livre a attiré mon attention : «Par le mauvais choix de ses collaborateurs, le torpillage d’hommes valables, etc…». Je l’ai relié à la première page des remerciements de «toutes les personnes opprimées, victimes d’injustice comme certains d’entre nous l’on été durant leur passage à la présidence de la République, dans certains ministères et à la SE» Alors, les choses se décantent : ambition personnelle, frustration, dépit et dénonciation calomnieuse pour se venger. La boucle est bouclée, les mots ont quand même un sens et le message est on ne peut plus clair. Pour moi, le débat est clos !

Abdoulfa KASSA, Korofina

(*) Le Titre est de la Redaction.

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