Kéniéba : Les raisons de la colère

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La semaine du 5 au 10 décembre a été très mouvementée dans ville de Kéniéba où les jeunes ont mené des mouvements sans précédents. Tout a commencé le lundi 5 décembre.

Ce jour-là, des policiers s’étaient postés à tous les principaux carrefours de la ville dans le cadre d’une opération de contrôle des cartes grises et des permis de conduire des motos. L’opération avait commencé tôt le matin et avait permis de saisir une centaine de motos. Les engins étaient acheminés au commissariat ou gardés à d’autres niveaux. La nouvelle de l’opération fit rapidement le tour de la ville. Les responsables de la coordination locale des jeunes décidèrent de se renseigner sur la nature de l’opération. Les chefs de poste auprès desquels ils se rendirent, répondirent que la police agissait au compte du service local de l’Office national des transports (ONT) et que l’opération avait été décidée en accord avec la mairie. Des jeunes dont les motos avaient été saisies commencèrent à protester. Ils exigeaient que leurs engins leur soient restitués en faisant valoir que la carte grise ne fait pas partie pour le moment des pièces obligatoires que les propriétaires de moto doivent prendre.

Pour les jeunes, Kéniéba ne saurait faire exception à la règle, car la mesure n’est pas selon eux appliquée dans le reste du pays. Les négociations engagées entre les responsables de la coordination locale des jeunes ont buté sur le refus ferme des policiers de restituer les motos à leurs propriétaires. La tension monta d’un cran et des jeunes commencèrent à manifester. Les policiers réagirent par des tirs de gaz lacrymogène. La manifestation dégénéra. Des jeunes se dirigèrent sur le siège de la mairie qu’ils ont saccagé. Ils voulaient se rendre ensuite à l’ONT situé à une centaine de mètres du commissariat de police. C’est là que les affrontements ont été les plus violents. Même le député Fily Keïta et un autre notable de la ville qui s’étaient rendus sur place pour calmer la situation ont été brutalisés par les agents. Informé alors qu’il était en mission à Bamako, le préfet du cercle, Oumar Cissé, demanda l’arrêt immédiat des opérations de contrôle. Mais cette instruction ne sera pas rapidement suivie. Il écourta sa mission et était à Kéniéba dès le lendemain. A son arrivée, le préfet rencontra aussitôt les principaux acteurs pour que la ville retrouve sa quiétude. Il renouvela l’instruction qu’il avait déjà donnée pour l’arrêt des opérations de contrôle, en attendant de voir clair dans la situation. Les manifestations s’arrêtèrent. Mais elles reprirent le jeudi 8 décembre. Pour une toute autre raison.

Vers 16 heures, une marche était organisée par des jeunes. La raison ? Un apprenti mécanicien qui était allé accompagner un de ses parents dans une localité au bord de la Falémé à Mahina-Mine, avait été arrêté par deux policiers en service au poste de police récemment ouvert. Il a été sérieusement battu et s’en est sorti avec de blessures. Le jeune a été également dépossédé d’une somme de 15 000 Fcfa qu’il avait sur lui. Encore une fois, le préfet accompagné de son adjoint et du sous-préfet de Kéniéba est descendu sur le terrain pour calmer les jeunes. Les deux policiers mis en cause ont été exfiltrés sur la ville de Kayes après avoir restitué au jeune mécanicien ses 15 000 Fcfa. Face à tous ces incidents, le préfet a convié le vendredi 9 décembre tous les responsables de la société civile avec lesquels il a fait le point de la situation. Il a demandé à chacun de jouer pleinement son rôle dans la préservation de la paix de et la cohésion sociale.

 

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