Phosphate de Tilemsi : Toguna suce les finances publiques jusqu’à la moelle des os

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Depuis novembre 2010, la société Toguna Agro-Industrie exploite la carrière à ciel ouvert de Tilemsi mais refuse de satisfaire son cahier de charges, ce qui suscite la colère de certains habitants. Une pétition est en gestation même si elle a été étouffée à plusieurs reprises. Selon les experts, le phosphate du Tilemsi, avec une production estimée à 20 millions de tonnes pour un potentiel, est exploitable pendant environ 400 ans.

 

Alors que la production actuelle est de 80 tonnes par jour, la société Toguna ne montre pas des signaux pour passer à la vitesse supérieure avec 160 tonnes par jour comme annoncé à son départ. La faute est certainement imputable à l’absence de volonté de ses dirigeants à mettre en place une nouvelle unité de broyage qui pourra avoir une plus grande capacité (40 tonnes par jour).

Par exemple, on estime à 70 milliards de F CFA pour un volume de 300 000 tonnes, l’économie que fera le Mali sur l’importation d’intrants agricoles avec la réouverture de cette carrière de mine. Hélas ! Toguna Agro-Industrie en a décidé autrement. Malgré sa richesse naturelle de grande valeur, le phosphate de Tilemsi n’a pu être exploité à bon escient.

C’est dans ce contexte alambiqué que l’Etat a jeté son dévolu sur Toguna Agro-Industrie. Ce qui suscite des remous et des interprétations diverses en raison du fait que la société de Seydou Nantoumé n’inspire plus confiance. C’est pourquoi une pétition exige l’arrêt de l’exploitation. Sans succès pour le moment.

 

Bradage à outrance

C’est presque sans grand intérêt que l’Etat a accordé l’exploitation du phosphate de Tilemsi à la société de Seydou Nantoumé. Au détriment des populations riveraines, qui estiment n’avoir pas été associées au processus. C’est pourquoi une pétition est en cours pour dénoncer le bradage de la ressource au profil de Toguna, une entreprise dont les actionnaires se recrutent dans le cercle proche de la famille présidentielle d’alors (sous le règne d’ATT).

Selon toute vraisemblance, M. Nantoumé n’a fourni aucun effort pour se faire attribuer le permis d’exploitation d’une aussi grande richesse. Cela amplifie le courroux des initiateurs de la pétition. Ils expliquent que l’Etat a intérêt à rendre public le contenu de la convention qui le lie à Toguna mais aussi préciser pourquoi c’est la seule société qui a été retenue alors qu’elle n’a aucune expérience en la matière, selon nos informations.

Nous allons faire en sorte que ce qui se cache derrière cette convention puisse être dévoilé. Et qu’on définisse carrément la part des populations de la zone”, affirme l’un des initiateurs de la pétition et ressortissant de Bourem. Ses inquiétudes sont soutenues par un élu communal de la localité qui ne comprend pas pourquoi “il y a un mystère autour de l’exploitation du phosphate. Il faut qu’on précise la part des collectivités ; nous ne voulons pas que notre richesse soit exploitée sans qu’on en bénéfice. Il revient à l’Etat de bien négocier la part des collectivités. Les informations qu’on a eues ne militent pas en faveur de Toguna Agro-Industrie”, soutient-il mordicus.

 

L’Etat fortement interpellé

Pour se rendre à l’évidence, nous nous sommes entretenus avec un spécialiste de la question qui était à l’usine au moment de son exploitation. Selon ce dernier, Alain Koula, chimiste : “L’Etat a bradé l’usine. Le montant payé par Toguna Agro-Industrie est vraiment dérisoire. Les capacités de production sont grandes et peuvent aller au-delà de ce qu’on a officiellement dit. Ce qui veut dire qu’il y a des gens que cette situation arrange. En tout cas, je pense sincèrement que Toguna n’a pas l’expertise qu’il faut pour mener à bien cette opération”.

En raison de tout ce qui précède, les pétitionnaires entendent se battre pour que l’Etat revoie sa copie dans les jours à venir. Au moment où le PDG de Toguna Agro-Industrie se battait pour avoir cette entreprise, tout le monde doutait de sa capacité à bien gérer l’usine.

Il y avait eu des chaudes discussions entre nous cadres du département à l’époque au sujet de la décision des autorités de confier sans aucune exigence la gestion d’une entreprise aussi rentable à un novice. Mais, la réalité c’est que personne ne peut empêcher Nantoumé d’avoir le contrôle de l’entreprise”, nous a confié un cadre du département de l’Industrie.

Pour bénéficier des faveurs, les responsables de Toguna Agro-Industrie ont mis en avant l’occupation armée et l’insécurité qui prévalent dans le septentrion.

Affaire à suivre…

Abdoul Latif

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