Filières coton d’Afrique de l’ouest et du centre : De nouveaux atouts pour améliorer la compétitivité

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Le commerce équitable et l’agriculture biologique dont la demande est en pleine expansion offrent des opportunités pour relancer un secteur confronté à une crise sévère.

L’Association des producteurs de coton africain (AProCA) est réunie depuis hier dans notre capitale. Il s’agit de la réunion du Comité d’orientation et de suivi de la recherche du Projet de développement du coton équitable et bio-équitable en Afrique de l’ouest et du centre. Ce projet est financé par l’Agence française de développement (Afd) pour un coût total de 3,083 milliards Fcfa sur une période de cinq ans. Il s’inscrit dans la stratégie d’intervention de l’agence en appui aux filières cotonnières des pays concernés. Après l’atelier de lancement du projet en avril 2011 à Cotonou, il est apparu indispensable de rendre opérationnel le comité afin que des actions de recherche puissent être entreprises au bénéfice des producteurs. La crise profonde que traversent actuellement les filières cotonnières de la zone franc ne doit pas faire oublier que le coton africain possède des atouts structurels qui peuvent être valorisés sur le marché mondial. Produit de manière durable, avec une utilisation faible d’intrants, mais aussi d’eau et d’énergie, au sein d’un système familial de polyculture-élevage, il propose une fibre dont la qualité intrinsèque est très bonne.

Dans le fonctionnement classique du marché mondial du coton, l’origine géographique et le mode de production du coton ne sont pas valorisés. Cependant, du côté de la demande, les industries textiles sont de plus en plus interpellées par les consommateurs sur leur responsabilité sociale et environnementale. Elles cherchent donc à développer des lignes de produits textiles se démarquant par leur caractère « propre » et « social ». C’est pour répondre à cette demande du marché que les cotons équitable et biologique se sont développés, ces dernières années. Ceci constitue une opportunité réelle pour améliorer les revenus et le cadre de vie des producteurs. Si leur développement est bien intégré dans les filières existantes, les cotons équitables et biologiques peuvent être un puissant levier d’amélioration de la compétitivité et de la durabilité des filières coton du continent. Afin que les producteurs africains puissent répondre au mieux à la demande particulièrement dynamique de ces marchés, le projet envisagé vise à augmenter l’offre de manière coordonnée au niveau régional, via l’AProCA, et à dynamiser la demande sur les marchés du Nord.

En effet, l’une des contraintes majeures de la production cotonnière en général et celle de la production bio-équitable, est la faiblesse des rendements au champ. La même situation se ressent au niveau de ses cultures de rotation. A ce titre, un rôle important est accordé à la recherche par le Projet afin de prendre en compte la problématique de la production du coton biologique au niveau des producteurs. La recherche doit répondre aux problèmes de terrain (producteurs, sociétés cotonnières), et intégrer les innovations venant d’autres programmes menés localement ou dans d’autres régions. Il apparaît indispensable de mettre en synergie les actions menées afin de propulser une nouvelle dynamique à la production du coton bio-équitable et de ses cultures de rotation.

UN PROGRAMME PLURIANNUEL DE RECHERCHE. C’est dans ce cadre que se situe la présente rencontre du Comité d’orientation et de suivi. Elle vise à faire un état de la capitalisation des connaissances sur le coton biologique, procéder à l’analyse des problématiques de production au niveau des paysans afin d’identifier des thèmes de recherche et enfin assurer la formalisation des rapports entre l’AProCA et les structures de recherche par la signature de protocoles d’accord dans le cadre de la composante 2 du Projet. La finalité du Projet est de faire bénéficier à des producteurs de coton dans 5 pays d’Afrique de l’ouest et du centre (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Mali, Sénégal), qui ont déjà bénéficié d’un premier projet pilote, des avantages du commerce équitable et de l’agriculture biologique dont la demande est en pleine expansion. Il est question aussi de maximiser leurs effets de levier sur l’ensemble de la filière, en terme de promotion du coton africain sur le marché mondial et d’outil d’amélioration de la compétitivité (durabilité et qualité de la production).

Dans le cadre de l’opérationnalisation du Projet, des conventions de maîtrise déléguée ont été signées avec les acteurs des différents pays impliqués dans la mise en œuvre. Ce sont l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina Faso (UNPCB), le Conseil national des producteurs de coton du Bénin (CNPC), la Société de développement et des fibres textiles du Sénégal (SODEFITEX), la Confédération nationale des producteurs de coton du Cameroun (CNPC-Cameroun) et l’Union nationale des sociétés coopératives de producteurs de coton du Mali (UNSCPC). La cérémonie d’ouverture de la rencontre de Bamako a été présidée par François Traoré, président d’honneur de l’AProCa et membre de l’UNPCB. Il a espéré que la session qui regroupe les producteurs, les sociétés cotonnières africaines et les chercheurs des structures de recherche agronomique des pays concernés puisse aboutir à des recommandations qui boosteront les filières cotonnières africaines.

Le représentant de l’Afd à l’ouverture des travaux, Mohamed Lamine Makalou, a rappelé que le coton est l’une des principales productions d’exportation africaine et que sa culture possède un fort effet d’entraînement sur les autres productions. Il a assuré que l’Afd a levé « les conditions suspensives » et que cela augure de bonnes perspectives pour le démarrage des activités de la composante n°1 dès janvier prochain. La réunion du Comité qui prend fin aujourd’hui permettra de constituer un programme pluriannuel de recherche à partir des problématiques identifiées, de préciser le rôle de chaque institution de recherche et de ses partenaires, de concevoir des protocoles, des modalités et dispositifs de diffusion, de finaliser et de signer des protocoles d’accord de recherche.

Moriba Coulibaly

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