La croisade anti-OGM d’une chercheuse malienne

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«Depuis quelques années, nous assistons à une véritable agression de nos paysans mais aussi de nos responsables politiques afin qu’ils ouvrent toute grande la porte de l’Afrique aux OGM (organismes génétiquement modifiés) », a déclaré Assetou Somaké une scientifique malienne, biologiste, généticienne et professeure à l’Institut africain pour l’alimentation et le développement durable de l’université de Bamako, citée par le quotidien ivoirien Fraternité Matin. Assétou Samaké

sillonne l’Afrique de l’Ouest porteuse d’un message clair : Les semences transgéniques que les grandes multinationales veulent imposer à l’Afrique sont une imposture. Elle se bat pour que les peuples du monde ayant perdu «leur souveraineté alimentaire à cause des multinationales qui ont réduit l’agriculture et l’alimentation à leur seule dimension financière en les dépouillant de leur dimension culturelle et écologique, puissent enfin les retrouver».

Outre les conséquences sur la santé des populations, Assétou Samaké dénonce les maigres finances que les Etats africains consacrent à la recherche et qui sont presque exclusivement orientées vers les OGM et les biotechnologies. « Il s’agit d’un détournement de ressources car les besoins des paysans africains qui assument la majorité de la production alimentaire ne se situent pas là ». La chercheuse note au passage que la recherche agricole nationale a obtenu des résultats intéressants dans l’amélioration des semences locales. Pour elle, comme pour la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (Copagen), un mouvement social et citoyen dont elle est membre, la catastrophe provient du fait que l’Afrique n’a plus son mot à dire sur ses programmes scientifiques, ses ressources génétiques, ses semences et même ses choix en matière d’alimentation. Or la recherche africaine manque d’argent, difficile dans ce cas de ne pas entendre les sirènes de multinationales. C’est le combat du pot de terre contre le pot de fer, privés de crédits, les chercheurs ont bien du mal à résister aux fonds colossaux déployés dans l’opacité la plus totale par l’américain Mosanto, le suisse Syngenta, ou encore l’agence américaine Usaid et l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (Agra) qui n’hésitent pas à dérouler le tapis rouge sous leurs pieds pour les amadouer.

Assétou a dernièrement entendu parler d’un sorgho génétiquement modifié développé dans une usine suisse et expérimenté en Afrique du Sud qui la fait bondir. Elle rapporte également que le Burkina Faso voisin du Mali est en passe de devenir le champion africain des OGM. Introduits en 2003 dans le pays, 80% de son coton est à ce jour génétiquement modifié. Le continent africain cultive aujourd’hui 2,8 millions d’hectares OGM, toutes semences confondues, mil, riz, sorgho, maïs, soja etc…. La Fédération internationale des Amis de la terre a publié un rapport au début d e l’année 2011 montrant que la culture des plantes génétiquement modifiées continue de baisser en Europe. Pour contrebalancer meurs pertes, les multinationales sont donc à la recherche de nouveaux marchés et l’Afrique est une proie toute désignée.

Pour les défenseurs de OGM, l’attitude des associations et des détracteurs des cultures génétiquement modifiées, Assétou Samaké en tête, est irresponsable, voire suicidaire. A leurs yeux, le «plutôt mourir que de se nourrir d’OGM» que prôneraient ces opposants est proprement scandaleux, surtout quand la famine sévit comme dans la corne de l’Afrique aujourd’hui. Mais peu importe les pressions, la chercheuse malienne a bien l’intention de continuer sa croisade.

Slateafrique.com

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