CHERTE DE LA VIE AU MALI: L’affairisme d’Etat mis en évidence

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Au Mali, les autorités décrètent, mais les commerçants font toujours ce qu’ils veulent. Ils fixent les prix à leur guise, assurés de l’impunité qui résulte de leur complicité avec des agents de l’Etat.
 
« On nous avait promis un ramadan supportable par rapport aux prix des denrées alimentaires. Mais, c’est tout le contraire que nous voyons dans les marchés », s’offusque une ménagère de Lafiabougou, qui réagissait à un sketch du ministère de l’Industrie et du Commerce qui passe présentement sur la télévision nationale pour apaiser les Maliens et les assurer de la maîtrise des prix et de l’approvisionnement correct des marchés.
Paradoxalement, la vie n’a jamais été aussi chère. Le riz, le lait, le sucre, les dattes, les condiments, les tubercules, les fruits… sont quasiment hors de portée parce que leurs prix ont doublé, voire triplé. « Ce qu’on pouvait acheter avec 2000 F CFA avant le ramadan, on ne l’obtient pas aujourd’hui avec 5000 F CFA », se plaint une ménagère.
Mais, il fallait être lucide pour ne pas se faire prendre à cette publicité mensongère sur les efforts de l’Etat à soulager les Maliens. Il y a un gouffre profond entre ce que disent nos gouvernants et la réalité. Cela ne surprend guère parce que nos dirigeants sont rarement au diapason du peuple. Ils sont toujours coupés des réalités de la vie pourtant quotidiennement relayées par la presse nationale.
Cela fait combien de temps que nous écrivons que le pays va mal et que le gouvernement actuel n’est plus à la hauteur de la situation parce que de nombreux ministres sont défaillants dans leur mission ? Rien à faire ! Le chef de l’Etat préfère maintenir le consensus pour se maintenir au pouvoir que de se débarrasser de ministres affairistes.
Dans ce cas, la cherté de la vie au Mali ne doit surprendre personne parce qu’elle est tolérée, voire suscitée par des membres du gouvernement et leurs cabinets qui y trouvent leurs comptes. De toute façon peut-on espérer mieux dans un pays où le mensonge, la démagogie et l’affairisme font partie de l’art de gouverner, de gérer les affaires publiques ? Les actes posés par certains ministres contribuent davantage à fragiliser l’appareil d’Etat aux yeux des citoyens et profitent ainsi aux opérateurs véreux.
 
Des sangsues
En pleine crise alimentaire dans ce pays, l’Etat a exonéré le riz afin que tous les Maliens puissent se le procurer. Et ce même riz a été vendu plus cher que d’habitude. Qui a empoché les gains ? Les opérateurs économiques et leurs complices tapis dans les cabinets ministériels pour se nourrir du sang de leurs compatriotes. Voilà pourquoi les commerçants ne respectent jamais les mesures prises par le gouvernement. A quoi cela sert-il de prendre des mesures si leur exécution ne fait pas l’objet d’un suivi rigoureux et honnête ?
Mais, dans ce pays qui va contrôler qui ? Ce n’est pas en tout cas les commerçants qui peuvent craindre un contrôle des directions ou des ministères parce qu’ils sont des mèches ! Amusez-vous à fréquenter certains départements stratégiques. A longueur de journée, c’est un véritable ballet des opérateurs économiques, des entrepreneurs en tout genre, des crapules à col blanc aux débutants dans la jungle des affaires. Ils viennent négocier leurs parts des marchés auprès des membres influents des cabinets qui servent d’écran au ministre. Et ça se négocie cash.
A défaut, certains membres ont eu « la géniale idée » de monter des entreprises fictives par leurs conjoints ou conjointes, par leurs amis afin que tout tombe dans leurs escarcelles. Une accusation gratuite ? Nous n’avons pas besoin de citer de noms ou de faits parce que le président de la République ne peut pas jurer la main sur le saint Coran qu’il n’est pas au courant des malversations. Les détournements à la CMDT, à l’Office du Niger, sur les exonérations du riz… Il s’en réfère souvent dans ses discours en promettant justice à son peuple. En termes de sanctions, les présumés coupables ont de la promotion ou sont rapidement éjectés pour éviter que le scandale n’éclate au grand jour.
 
Ministres et opérateurs économiques
Au Mali, qui profite de la cherté des engrais ? Qui profite du nouveau code domanial, du trafic de visas, des marchés de l’éducation ? A quelques exceptions près, tous nos ministres sont devenus des affairistes. Sinon comment comprendre l’existence des monopoles dans une économie dite libérale ? Toutes nos sociétés et entreprises d’Etat ont été bradées au nom de ce libéralisme cupide. Il faut moins d’Etat ont exigé les institutions de Brettons Woods.
Dans des pays africains comme le Mali, l’Etat s’est effacé au profit des monopoles de fait. Il faut aujourd’hui être dans les grâces des décideurs pour prétendre avoir un marché public. La compétence et la capacité à exécuter le marché ne comptent plus à côté du montant concédé en échange. Il n’est donc pas surprenant que certaines réalisations voient leurs coûts doubler, voire tripler avant leur finition à cause des avenants. C’est l’autre astuce de l’attribution des marchés publics. L’administration (civile et militaire) n’a plus rien à envier à une société privée où tout le monde travail pour son propre compte.
Dans cette situation, chacun est libre de fixer le prix qu’il veut à condition de ne pas s’accaparer tout seul des énormes bénéfices de ces arnaques. Tant qu’on n’oublie pas ses « amis » qui ont la main à la pâte, on est tranquille. Que le kilo de sucre soit vendu à 1000 F CFA ne peut donc point émouvoir un ministre qui est grassement payé (par rapport au niveau de vie de la majorité des Maliens) sur le dos du contribuable. Et il n’hésite pas à le dépouiller de ce qui lui reste de ses maigres revenus en s’alliant avec des commerçants qui ne craignent même pas Allah à plus forte raison les mortels citoyens que nous sommes.
Dans le Mali d’aujourd’hui, tout est toléré au nom du consensus, plutôt du complot savamment ourdi contre le peuple malien pour se partager ses richesses. Le pays est devenu une grosse orange dont les tranches sont partagées entre le régime, ses ministres, ses directeurs nationaux, ses directeurs administratifs et financiers, ses percepteurs, ses régisseurs… Chacun prélève sa part, ce qui ne laisse plus rien pour les caisses de l’Etat. Qui est « maudit » pour ne pas le faire ? Le drame, c’est qu’ils continuent à nous berner avec des discours mielleux et des sketches mensongers qui feront honte même à un parrain de la mafia sicilienne !
Moussa Bolly

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