Pr Baba Berthé, Pdg de la CMDT Holding en fin de tournée dans les filiales : « Nous souhaitons connaître une double performance en termes de volume de production et de capacités de vitesse d’égrenage

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Le PDG de la Compagnie Malienne pour le Développement des Textiles, Professeur Baba Berthé, vient de boucler une tournée dans les filiales  de la filière coton du Mali. Dans cet entretien exclusif qu’il a bien voulu accorder à votre serviteur, il fait le bilan de sa mission et  livre ses ambitions pour la société.  Faites-en bonne lecture.

Le Pouce : Vous venez de boucler une longue tournée ?Nos lecteurs voudraient savoir qu’est-ce qui  a sous-tendu cette sortie du Pr Baba et du président de l’APCAM dans les différentes filiales de la CMDT ?

Baba Berthé : « En réalité,  je pense qu’à la CMDT, si j’étais amené à décider de là où je dois résider, ce n’est pas Bamako. Le PDG de la CMDT n’a pas sa place à Bamako. Sa place, c’est sur le terrain, Koutiala, Sikasso, Kita, Fana, Dioila, San, Kimparana. Rester dans les bureaux et penser que l’on peut développer et promouvoir la filière coton,  c’est un leurre. C’est pourquoi, dès ma prise de fonction, le ministre a fait le tour avec moi. J’ai beaucoup apprécié ce contact direct avec les salariés de la CMDT. J’ai beaucoup aimé ce contact  avec les producteurs, parce qu’ils ont parfois des préoccupations que nous ignorons. Cette fois-ci, quand j’étais avec le ministre, j’avais pris l’engagement que je reviendrais discuter avec eux, identifier les problèmes et me donner le temps de les analyser, de revenir traiter  chacune de ces questions avec le monde des producteurs.  Cette tournée que j’ai commencée par Kita qui est la filiale Ouest, que j’ai poursuivie dans la filiale  centre (Fana, Dioïla) et par la filiale sud(Sikasso), je la termine aujourd’hui à Kimparana qui appartient à la filiale nord-est. Cela  m’a permis de faire le tour d’un certain nombre de questions, de voir, d’écouter. Ce que j’ai vu, me réconforte. Nous avons des productions. Ce n’est pas des chiffres fabriqués comme le disent des gens. Avec le coton, on ne peut pas tricher, parce que les machines font l’égrenage. Chaque jour, il y a une comptabilité qui est tenue. Les chiffres qu’on avait donnés, les 645.000 tonnes, c’était une estimation à partir d’un travail fait par les statisticiens. Mais en affinant les résultats issus des usines, j’ai le plaisir de vous dire que nous avons dépassé les  645.000 tonnes. Nous sommes à 645 700 tonnes depuis dimanche soir.  Il se peut que ce chiffre évolue dans les prochaines heures. Je pense que le moment venu, je porterai l’information à la connaissance de ma tutelle. Sur ce plan, il faut saluer la performance. Cette performance n’est pas celle des producteurs de façon isolée. Ce n’est pas celle de l’encadrement de la CMDT de façon isolée. C’est un travail d’équipe. Qui parle de producteurs, parle  d’encadrement, et qui parle d’encadrement, parle de producteurs. Je pense que travail est un travail d’ensemble avec évidemment l’accompagnement des autorités qui ont subventionné les intrants, les tracteurs. Ça permis d’en arriver à ce résultat. C’est ce travail qu’il faut saluer dans les filiales et dans l’ensemble de la zone CMDT. Ça été une sacrée performance ».

Le Pouce : Mr le PDG, tout au long de ce périple, vous aviez au centre de vos  préoccupations un souci du rendement à l’hectare, de qualité du coton et de la bonne gestion des intrants agricoles. Peut-on savoir qu’est-ce vous a amené à mettre l’accent sur ces points ?

Baba Berthé : « Ça, ce n’est pas que dans la zone CMDT. Dans notre pays, on a un problème de rendement. Dans tous les documents de l’Institut d’Economie Rurale, ça été un souci. D’ailleurs, un des objectifs visés par les travaux de l’Institut d’Economie Rurale, c’est de trouver des variétés résilientes aux changements climatiques que nous avons. Nous n’avons pas la maîtrise de la pluviométrie. En dehors du riz, nous n’avons pas de culture irriguée. Ça veut dire que nous restons liés aux caprices de la nature. A  ce niveau, il ya deux zones d’ombres. Au niveau de  la zone CMDT, la première zone d’ombre, c’est le rendement. Nous sommes à un rendement qui tourne autour d’une tonne. Ça dépasse une tonne par moment. Mais de façon générale, c’est un rendement qui est inférieur à une tonne à l’hectare. Avec un tel rendement, je pense que si nous voulons augmenter notre volume de production, il faut augmenter les superficies. Les subventions apportées s’accrochent aux superficies.  Ça veut que nous sommes en train de subventionner aujourd’hui les superficies. L’Etat n’a pas intérêt, les producteurs n’ont pas intérêt. C’est pour cela que dans mon message, j’ai mis l’accent sur la nécessité d’améliorer le rendement. Améliorer le rendement, veut dire qu’il faut un suivi  rapproché des producteurs par l’encadrement. On a les moyens de le faire à condition de combler le déficit de personnel. La CMDT a un personnel vieillissant, qui est insuffisant en nombre. Je pense que ça c’est possible. Le deuxième paramètre qui ne dépend pas trop, ni des producteurs, ni de l’encadrement, c’est la structure de nos sols. Les recherches ont permis aujourd’hui d’établir que nous avons dans la zone cotonnière des sols qui sont acides. Pour couper l’acidité et permettre  à la plante de tirer le maximum de profit de l’apport en intrants, il faut  associer le système de chaulage. Je ne dis pas que c’est la seule. On a fait ce test, il y a deux ou trois ans. On est  en train  d’essayer. Partout où on a réalisé des tests, on s’est rendu compte qu’ils permettent  d’améliorer le rendement dans une fourchette de 25 à 30%. Si notre production est améliorée à hauteur de 25 à 30%, ça vaut le coût. Malheureusement, le prix de la chaux en particulier, est assez élevé pour les producteurs. Ils l’ont rejeté. Ils ont dit qu’ils ne peuvent pas utiliser la chaux agricole au motif que le prix est prohibitif. Nous sommes en train de porter la question à la connaissance de la tutelle. La question sera étudiée. La réponse qui en résultera permettra naturellement d’améliorer le niveau de rendement au niveau  des cultures céréalières, mais également au niveau des cultures cotonnières ».

Le Pouce : Vous avez dit aussi au cours de votre visite que : «  je ne veux pas que la CMDT recule avec moi ». Est-ce une peur pour un échec ?

Baba Berthé : « On ne vient pas pour accomplir une mission et imaginé l’échec. Si je devrais reculer, ce serait un échec. Alors, s’il y a recul, je ne voudrais pas que ça dépende de moi. Je ne l’envisage même pas et toutes mes prières vont dans ce sens. Si la pluviométrie était déficitaire, ça ne dépendra pas de moi, ni des producteurs, ni de l’encadrement. Je veux que je  réussisse. Je veux dépasser le niveau de production que nous connaissons aujourd’hui. Deuxièment, je voudrais  que même si nous atteignons les 800.000 tonnes comme nous le souhaitons aujourd’hui, que nous ayons des  hommes capables d’égrener cette même quantité de coton avant le démarrage de la saison des pluies. Ce qu’il faut préciser pour le profane, j’en étais un aussi, il y a quelques mois, c’est que quand vous commencez à égrener et qu’il y a des pluies, dès lors que le coton est trempé, les machines ne peuvent plus égrener. Pour ça, la plupart des spécialistes en coton ont la hantise des pluies en période d’égrenage. Nous souhaitons que la CMDT avance, que nous puissions connaître une double performance en termes de volume de production et de capacités de vitesse d’égrenage. C’est pour ça que j’ai dit que je ne voudrais pas échouer. Je ne voudrais pas que la CMDT  recule avec moi. Le recul est synonyme d’échec. Je ne veux pas échouer ».

Le Pouce : Vous avez été transporté sur les différents sites par les chauffeurs de la CMDT, avez-vous un message à leur endroit ?

Baba Berthé : « Une mission solitaire me semble être une mission suicidaire. Le président, en me confiant une mission, ne m’a jamais dit qu’il fallait exécuter ou réaliser la mission seule. Vous y aller, vous avez une équipe, il y a une hiérarchie. Il y a des gens qui me contrôlent. Il y a des gens avec qui je travaille. Il faut que je trouve les mots et le mode opératoire pour les mobiliser, sur l’objectif que je me suis fixé, sur les orientations qui m’ont été données. Je crois que c’est ce à quoi je m’attèle. Je ne vais jamais mépriser un collègue, qu’il s’agisse de l’agent de surveillance, le chauffeur, le planton. Je pense que tous ont un rôle à jouer à la CMDT. Si la CMDT doit marcher, c’est grâce à l’apport de chacun. Au délà du personnel de la CMDT, vous avez l’ensemble des acteurs de la filière. Il faut les mobiliser. Si nous devons faire du coton et que les banquiers disent qu’ils ne vous donneront pas le crédit intrants ; où est-ce que, on va avoir les intrants. Il y a les banquiers. Il y a aussi  les transporteurs. Si les transporteurs viennent me dire un jour, qu’ils ne vont pas transporter le coton. Qui va les amener dans les usines ? Après l’égrenage, qui va transporter la fibre au niveau des ports ? Il y a une série d’acteurs qui interviennent auxquels je dois parler.  Je dois trouver les mots justes, pour faire en sorte que la mission qui m’a été confiée, soit exécutée dans les conditions  optimales. Je n’ai pas d’autre agenda que de réaliser cette performance dont la CMDT a besoin pour continuer sa marche et devenir une entreprise modèle au niveau du Mali et au niveau africain ».

Le Pouce : En cette veille de campagne 2017-2018, avez-vous un message particulier à l’endroit de l’ensemble de vos collaborateurs de la CMDT et du monde rural ?

Baba Berthé : « Je voudrais tout simplement leur dire, mesdames et messieurs, mes collègues de la CMDT, mesdames et messieurs les producteurs,  que je suis un des leurs. Je ne suis pas un coopérant. Je ne viens pas d’un pays  de quelque part. Je suis né  dans la zone cotonnière. J’ai grandi dans la zone cotonnière. Le coton m’a beaucoup donné. Le coton a financé mes études. Je ne vois rien que je puisse mettre au-dessus du coton aujourd’hui. Les détracteurs diront que c’est une culture de rente. C’est vrai. Mais cette culture de rente, il faut la dissocier des cultures vivrières. Comme je l’ai dit tantôt, les performances de la zone CMDT  en termes de cultures céréalières, sont intimement liées à l’utilisation des intrants au profit du coton. Lorsqu’on perd de vue cette connexité, on fera fausse route. Et en tant que profane, j’avais tendance à raisonner aussi comme ça. Aujourd’hui, je l’ai compris. Depuis un certain temps, j’ai compris que c’est par rotation,  que les paysans travaillent. Ils font du coton sur cette parcelle cette année. Ils utilisent les intrants. L’an prochain, ils vont faire du mil et ils n’utilisent plus les mêmes quantités d’intrants. C’est ce qui permet d’améliorer le rendement. Ça veut dire que si d’aventure, on devrait dire qu’on ne va pas faire du coton, vous les priver d’une voie d’accès au crédit intrants qui sont utilisés dans le cadre de la culture du coton. C’est pourquoi j’insiste et je pense que cela est absolument nécessairement, que nous ayons conscience, qu’aller au coton c’est aller aux céréales, le point de passage obligé est dans la zone CMDT. Aujourd’hui certains pourraient être étonnés. Mon engagement pour le coton, n’est pas seulement pour le coton, c’est aussi pour les céréales ».

Entretien réalisé Kimparana par Tiémoko Traoré

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1 commentaire

  1. Les maquillages et autres saupoudrages ne pourront dissimuler la réalité de la situation qui ne tardera pas surgir les jours à venir !

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