Privatisation de la CMDT : La société éclate en 4 filiales

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Le processus de privatisation de la Compagnie Malienne de développement des textiles commence-t-il à entrer dans sa phase active ? En tout cas, à quelques trois mois du début du processus, le ton a été donné par le gouvernement qui a examiné et approuvé le schéma opérationnel de la privation du géant cotonnier lors du conseil des ministres du 4 octobre dernier. Un schéma qui prévoit, pour l’instant, la création de quatre sociétés filiales de la CMDT dans ses zones d’intervention et dont le capital de chacune de ces filiales sera reparti en raison de 61 % pour l’opérateur de référence, 20 % pour les producteurs, 2 % pour les travailleurs et 17 % pour l’Etat. 

Le compte à rebours du processus de la privation de la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT), imposé par la Banque Mondiale et les institutions du Breton Wood, suite aux nombreuses crises et déficits accumulés par la filière, est entré dans sa phase active d’opérationnalisation. Ce, d’autant plus que le gouvernement vient d’examiner et d’approuver, lors de son traditionnel conseil des ministres, du 4 octobre dernier, le schéma opérationnel de la privatisation de la CMDT.

Genèse de la crise

Faut-il rappeler que la Compagnie malienne pour le développement des textiles avait, jusqu’en 1999, une mission de service public au titre de laquelle elle réalisait plusieurs travaux d’intérêt public : forages, pistes rurales, etc. A cette époque, la vente du coton sur le marché international permettait de supporter toutes les charges de la filière. Et 47 % des recettes fiscales du pays provenaient des produits de vente du coton. Mais force est de reconnaître que depuis 2000, la filière, à l’instar des autres pays africains, a connu des difficultés consécutives non seulement à la baisse constante du prix de l’or blanc sur le marché international, à la baisse du cours du dollar, à la surproduction de certains pays comme la Chine et l’Inde (qui étaient les principaux acheteurs), mais surtout à a subvention indirecte des Etats-Unis et certains pays de l’Union Européenne à leurs producteurs de coton. Toutes choses qui ont fait que la CMDT, au regard des déficits (estimés à près de 60 milliards FCFA) et des mauvaises perspectives qui se profilaient pour toutes les filières africaines, était devenue un fardeau que l’Etat ne peut plus supporter seul. A titre illustratif, lors de la campagne 2001-2002, l’Etat a prélevé 22 milliards de FCFA au trésor public pour venir en aide à la CMDT. C’est l’ensemble de ces difficultés qui ont conduit le gouvernement à engager une réforme du secteur coton qui a besoin d’une restructuration et d’un recentrage de ses activités en fonction de la conjoncture internationale qui a foudroyé de plein fouet le secteur.

C’est dans ce cadre qu’un chronogramme avait été élaboré par le gouvernement et qui prévoyait, dans un premier temps, de vendre trois des usines d’égrenage de la CMDT (Kita, Ouélessebougou et de Bamako) à des privés qui serviront de test pendant  ans. Malheureusement, l’appel d’offres lancé pour l’acquisition de ces usines s’est relevé infructueux. Ce processus ayant été abandonné, le gouvernement avait alors demandé aux partenaires financiers le rallongement de la date de privatisation de 2006 à 2008 afin de préparer les producteurs C’est dans cette perspective que le Premier ministre, Ousmane Issoufi MAIGA, a sillonné, du 27 au 30 novembre 2004, les zones CMDT pour écouter et échanger avec les producteurs et responsables mais surtout de donner des éclaircissements sur les difficultés auxquelles était confrontée la filière. Si les producteurs avaient, à cette époque, émis leurs inquiétudes face à cette privatisation qu serait synonyme, à leurs yeux comme une liquidation du géant cotonnier et leur sacrifice au profit des préoccupations qui leurs sont étrangères, le PM, en homme d’écoute, a rassuré ses interlocuteurs du bien-fondé de leurs préoccupations. Car au-delà de la CMDT, il y a plus de 3 millions de Maliens qui vivent de la production du coton. Cependant, a il a rappelé l’irréversibilité de la privatisation tout en précisant qu’il ne s’agit pas de « privatiser pour privatiser », mais simplement de procéder à une restructuration permettant à la filière d’être compétitive.

Quelle stratégie de privatisation ?

La stratégie de la privatisation retenue par le gouvernement est celle de la création, dans un premier temps, de sociétés filiales de la CMDT dans ses zones d’intervention. Les actions de ces sociétés filiales, selon le planning, seront ensuite cédées, et à la fin du processus, la CMDT doit disparaître pour céder la place à ces sociétés devenues autonomes. Ce schéma opérationnel qui vient d’être adopté et qui a été partagé par tous les partenaires impliqués dans le processus de la reforme, à l’occasion de diverses concertations, détermine les options et les mesures et les actions nécessaires pour conduire la privatisation à son terme. C’est ainsi que sur le zonage et le nombre de filiales, l’option retenue est celle de la création de quatre zones qui serviront de supports pour la constitution de quatre sociétés filiales. Le capital de chacune de ces filiales, selon les sources proches du dossier, sera reparti à raison de 61 % pour l’opérateur de référence, 20 % pour les producteurs, 2 % pour les travailleurs et 17 % pour l’Etat. Aussi, sera-t-il mis en place, selon toujours les mêmes sources, trois organes de régulations : interprofession du coton, bourse du coton et office de classement du coton. Ceux-ci doivent contribuer à renforcer la professionnalisation et une meilleure maîtrise de la gestion du secteur. Le schéma opérationnel comporte également des propositions de solutions concernant d’autres questions telles que la situation du personnel de la CMDT, la mise à niveau des usines et la mise en œuvre du schéma pour laquelle il a été crée un comité de suivi des diligences. Cependant, les options et solutions retenues sont susceptibles de connaître des ajustements au fur et à mesure de l’avancée du processus pour tenir compte des données et contraintes nouvelles.    

Par Mohamed DIAWARA 

 

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