Commerce : Le boom des supérettes

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Les consommateurs soucieux d’acheter des produits propres et sains trouvent leur compte dans ces commerces de proximité, aux tarifs serrés et aux horaires souples.

L’activité commerciale dans notre pays observe ces dernières années des changements importants à cause des mutations socioéconomiques imposées par la mondialisation. Celle-ci a influé d’une manière profonde sur la nature du commerce, au point que certains types de cette activité ont tendance à disparaître pour laisser la place à d’autres. Le phénomène est visible à Bamako avec l’implantation massive de supérettes, ou « alimentation » au détriment des petits magasins communément désignés sous le vocable de « Koïroboro boutiki ». Car en plus de la qualité du produit, sa présentation et la manière de l’achalander deviennent des critères incontournables de vente. Chaque jour, les Bamakois découvrent donc de nouveaux supermarchés et supérettes. Le boom de ces aires de commerce s’explique par l’urbanisation rapide et surtout le développement immobilier que connaît Bamako. A côté des grandes surfaces connues des Bamakois notamment « Azar Libre Service », « La Fourmi », « Caliprix », « Miniprix », « Sissako Libre service » pour ne citer que celles-ci, des surfaces moyennes et des supérettes essaiment dans la ville. Les consommateurs fréquentent de plus en plus ces magasins de proximité, au détriment des grandes surfaces et des petites boutiques des coins de rue. Ces magasins proposent une large gamme de produits. Allant des aliments frais au sec, en passant par les produits laitiers, les eaux minérales, les boissons et les cosmétiques. Ces supérettes s’approvisionnent aussi bien en produits locaux issus de l’industrie agroalimentaire qu’en produits d’importation. Rares sont toutefois celles qui importent directement, la plupart s’approvisionnant auprès des importateurs grossistes de la place. Ces supérettes ciblent une clientèle pressée qui cherche des « choses » à grignoter et à manger rapidement. Les femmes fonctionnaires constituent une de leurs premières clientèles.

PROMOTION DES PRODUITS LOCAUX. Mme Angoïba Fatim est une mère de famille que nous avons rencontrée à la supérette « Tintin » à Banankabougou. « Je suis venue faire mes provisions de lait, beurre, sucre et un peu de jus de fruits. Un stock que je renouvelle au fur à mesure que le besoin se fait sentir. C’est surtout pour les enfants que je fais ces courses. Ils vont à l’école très tôt le matin. La proximité de cette supérette me facilite les choses. En plus, je suis sûre d’acheter des produits sains et propres pour les enfants », indique-t-elle. Mme Traoré Korotoumou Kontao, femme travailleuse, cite d’autres avantages des supérettes. Selon elle, celles-ci sont surtout appréciées pour leurs horaires souples. « Les supérettes sont souvent ouvertes de 7 heures à 21 heures et d’autres font du 7/7. Donc même en cas d’urgence, on peut s’approvisionner facilement. En plus, elles offrent un choix varié de bons produits. Vous savez, c’est l’ère de la modernité, même la disposition et la présentation des produits rassurent. Le personnel est charmant. Ils font tout pour fidéliser les clients », apprécie cette interlocutrice. Les supérettes se sont implantées à des points stratégiques. Les principaux lieux visés sont les stations-service, les quartiers résidentiels, les grandes voies, la proximité des écoles et des quartiers administratifs etc.

Les stations-service proposent depuis longtemps des produits aux automobilistes de passage. Ces dernières années, un grand nombre d’opérateurs ont investi ce secteur et la plupart des stations d’essence possèdent leur propre réseau de supérettes. Véritable outil de promotion des produits locaux, les supérettes sont également un instrument de régulation de ces produits et garantissent un débouché aux produits de « transformation », plus généralement aux produits exclus, pour des raisons diverses, des circuits de commercialisation dominants. Les transformatrices de produits céréaliers, laitiers, fruits, jus et légumes constituent leurs principaux fournisseurs. Mme Adam Diop est transformatrice de produits alimentaires. Sa coopérative fait dans les produits céréaliers (couscous de mil, maïs, fonio, dèguè), les produits laitiers (yaourts, lait caillé et fromages), jus (concentré de fruit, poudre de fruit) et beurre de karité. Bien emballés, ces produits sont exposés dans les rayons de nombreuses supérettes de la capitale, à portée des consommateurs. « Les supérettes constituent un véritable tremplin pour les transformatrices que nous sommes. Elles nous permettent d’écouler facilement nos produits. Car, ici, les consommateurs apprécient les conditions de conservation et de vente des produits. Nous avons des contrats avec eux et nous leur fournissons chaque semaine des produits », explique Mme Adam Diallo.

NORMES SANITAIRES NON CONTRÔLEES. Seydou Diallo est le promoteur de « Maman Market » à Kalabancoura. Diplômé en gestion, ce jeune homme s’est investi dans cette activité voilà 5 ans. « J’ai fait un emprunt à la banque pour ouvrir cette supérette. Dieu merci, avec l’aide de ma famille et des amis, ça marche très bien aujourd’hui. Ici, je ne vends que des produits alimentaires. Je travaille également avec des groupements de femmes dont j’assure la commercialisation des produits de transformation. Pour moi, le succès des superettes s’explique surtout par la proximité et le souci des consommateurs d’acheter des produits propres. Nos surfaces sont modestes, les rayons étroits et les acheteurs forcément économes. En plus, on a l’avantage de proposer des gammes de produits à la fois variés, de qualité, et à des prix très compétitifs. Nos services sont ouverts tard le soir, pour la plupart, 7 jours sur 7 et jusqu’à 20 heures par jour, voire 24 heures sur 24. Souvent nous vendons à crédit à nos clients fidèles », détaille le jeune promoteur. Dramane Doucouré, de « Joli Market » à Bacodjikoroni, s’intéresse particulièrement aux produits alimentaires. « Le marché agroalimentaire local présente un intérêt particulier pour nous. Nous n’avons pas le pouvoir d’achat nécessaire pour importer des produits d’Europe ou du Maghreb. Donc nous nous reposons sur les produits locaux, d’où notre collaboration étroite avec les transformatrices locales. Mais on exige d’elle la qualité et la propreté des produits », indique le commerçant.

Cependant, si le succès des supérettes est indéniable, le respect des normes de santé pose problème dans certaines d’entre elles. Produits mal entretenus, rayons souvent poussiéreux, produits périmés, le secteur semble échapper à tout contrôle. Il semble ainsi impossible de donner le chiffre exact de supérettes que compte la ville de Bamako. Installées de façon anarchique pour la grande majorité, certaines supérettes ne respectent pas les règles de l’hygiène alimentaire. Des consommateurs déplorent l’inexistence de moyens de contrôle sur ces magasins d’alimentation. Leurs inquiétudes se justifient amplement. Certains magasins se contentent simplement de nettoyer le local une fois par jour, sans même penser à dépoussiérer les produits. Ceux qui doivent être gardés au frais à des températures précises sont tout simplement entassés dans des congélateurs. C’est le cas des produits laitiers et des jus de fruits souvent exposés sur des rayons ensoleillés. Des vendeurs indélicats trafiquent même la date de péremption des produits. Cette pratique frauduleuse n’est cependant pas l’apanage des seules superettes car des supermarchés de la place y ont parfois recours.

Dramane Doucouré, promoteur de supérette, reconnaît que le secteur échappe aux contrôles sanitaires. « Vous savez, les clients sont de plus en plus exigeants sur l’hygiène des produits. Nous n’avons donc pas le choix. On est obligé de rendre propres et attrayants nos produits pour avoir une grande clientèle. Les services chargés de l’hygiène alimentaire doivent de temps en temps passer vérifier nos rayons et réfrigérateurs. C’est important », reconnaît le commerçant. Ce nouveau créneau du commerce de proximité présente aussi la particularité d’attirer de plus en plus de jeunes entrepreneurs. Une bonne raison de bien l’organiser, afin d’en faire une notable source d’emploi pour les jeunes.

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