Commémoration de la Fête nationale de la République Algérienne Démocratique et Populaire

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« L’Algérie qui reste fermement attachée à l’unité nationale et à l’intégrité territoriale du Mali, … appelle à un retour immédiat à la légalité constitutionnelle qui permettra d’engager un dialogue entre les Maliens, seule voie pour une solution pacifique à la situation au nord Mali.»

SE Nouredine, ambassadeur de l’Algérie au Mali

Monsieur Le Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération internationale,

Mesdames et Messieurs les Ministres, Membres du Gouvernement,

Mesdames et Messieurs les Présidents des Institutions de la République,

Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs les Chefs des Missions et Représentations des Organisations et  Institutions internationales

Honorables invités,

Chers frères et sœurs, Chers amis                 

Votre présence parmi nous, ce soir, en notre Résidence, constitue, assurément, un motif particulier de satisfaction et un immense privilège. Je tiens à vous exprimer, tout d’abord, mes plus vifs remerciements et toute ma gratitude d’avoir bien voulu accepter de venir partager avec nous, ce moment privilégié, de commémoration de la journée du 1er Novembre 1954, la fête nationale de mon pays.

Moment de commémoration que je souhaite être un moment de réflexion sur la signification profonde et la symbolique de cette date sans laquelle l’indépendance de mon pays n’aurait pas été possible. C’est un moment où l’on scrute la mémoire pour mieux comprendre le présent et envisager l’avenir avec sérénité.

C’est le jour où le peuple algérien a décidé de consentir tous les sacrifices, y compris le sacrifice suprême, le don de soi, pour réaliser son aspiration à la liberté et à la dignité. Prés d’un million et demi de ses meilleurs fils ont sacrifié ce qu’ils avaient de plus cher pour que vive le pays. Ces martyrs méritent assurément qu’on se remémore leur courage, leur abnégation et leur sacrifice.  Leur rendre hommage est la moindre des reconnaissances de notre nation envers eux et je vous remercie de partager avec nous cet hommage.

Ces martyrs sont morts pour l’indépendance, pour la souveraineté, pour l’intégrité territoriale, pour l’Unité nationale. Ces notions sont donc pour le peuple algérien, des valeurs immanentes. Elles sont antérieures même à la formation de l’Etat national.

 

C’est dans ce creuset qu’il y a lieu de rechercher les valeurs qui fondent la relation entre l’Algérie et le Mali. La solidarité, dont a bénéficié l’Algérie combattante de la part des pays voisins frères et amis, oblige l’Algérie indépendante. Solidarité dont a besoin, plus que jamais le peuple malien frère dans cette douloureuse épreuve à laquelle il est confronté. L’Algérie a démontré que cette solidarité n’est pas un concept creux.

Et en parlant de relations entre l’Algérie et le Mali, permettez, que je partage avec vous quelques réflexions sur la situation actuelle au Mali.

Il y a deux ans, lors de la même circonstance, j’avais évoqué les différences d’approches et d’évaluation entre nos deux pays sur la situation qui prévalait au Nord du Mali. L’Algérie avait, alors, procédé au rappel de son Ambassadeur  au Mali pour consultation, décision exceptionnelle et d’une extrême gravité, à travers laquelle elle entendait tirait la sonnette d’alarme sur la situation qui se créait au Nord du Mali, du fait de l’ancrage du terrorisme et de ses connexions avec le narcotrafic et la criminalité organisée. Connaissant la nature de ce phénomène et de ses modes opératoires, l’Algérie considérait qu’il constituait une menace pour la stabilité du Mali, pour son unité nationale et pour la sécurité de toute la région.

Conscient de son caractère transnational, elle savait qu’il ne pouvait être combattu que par une coopération régionale soutenue et s’est donc attelée avec les pays de la région concernés, à mettre en place, dans le cadre des pays du champ, les mécanismes et dispositifs appropriés pour le combattre. Un dialogue avec les partenaires extrarégionaux a été engagé pour mobiliser les moyens nécessaires à cet effet.

Les évènements survenus en Libye et leurs retombées sur la région, ont crée une situation nouvelle qui a modifié l’état des rapports de forces et précipité le cours des évènements. Les rapports de forces ont changé, la situation était devenue plus complexe, mais la nature des phénomènes était demeurée la même.

Le terrorisme et ses connexions avec le narcotrafic constituent hier comme aujourd’hui la principale source de menace. Leur expression militaire a gagné en puissance et en force à la faveur des évènements. Leur caractère transnational nécessite assurément une riposte sécuritaire et militaire, qui ne peut être que le fruit d’une action régionale, voire internationale concertée et coordonnée, dans les cadre des conventions internationales existantes et des Résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité.

Pour le reste, il s’agit de problèmes internes au Mali, de problèmes entre maliens, entre les composantes d’une même Nation. Il s’agit de problèmes qui relèvent du domaine politique et de la gouvernance et leur traitement, à l’évidence ne peut relever que du domaine politique. Et il appartient principalement aux maliens de les régler de la manière qu’ils jugent appropriée.

C’est partant de cette analyse, qui participe d’une évaluation et d’une connaissance approfondie de la situation et de ses véritables enjeux, que l’Algérie a développé une approche et une vision de sortie de crise qu’elle a soutenu, de façon constante, depuis le déclenchement des évènements.

Cette vision est  basée sur un certain nombre de principes et sous tendue par une logique, centrée autour de la récupération par les maliens de la maîtrise du destin de leur nation.

Pour l’essentiel, ces éléments sont contenus dans le Communiqué du Gouvernement algérien en date du 26 mars 2012, soit quatre jours après le coup d’Etat et dont je me permets de citer un extrait édifiant :

L’Algérie qui reste fermement attachée à l’unité nationale et à l’intégrité territoriale du Mali, … appelle à un retour immédiat à la légalité constitutionnelle qui permettra d’engager un dialogue entre les Maliens, seule voie pour une solution pacifique à la situation au nord Mali.

Sauvegarde de l’intégrité territoriale, préservation de l’Unité nationale, dialogue entre maliens, solution pacifique, mais aussi lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée, sont donc les piliers de la position de l’Algérie, dont les éléments constitutifs ont été exposés lors de la réunion de la Cédéao du 26 avril 2012 à Abidjan.

Basée sur la centralité du rôle politico-militaire du Mali, l’approche développée par l’Algérie considère que les maliens restent les principaux acteurs, que les institutions maliennes demeurent incontournables et que les forces de défense et de sécurité nationales doivent demeurer le fer de lance de toute stratégie de sortie de crise. Partant de là, l’Algérie estime que l’armée malienne doit être renforcée et consolidée pour jouer pleinement son rôle dans la nécessaire sauvegarde de l’intégrité territoriale, dans la préservation de l’Unité nationale et dans le combat contre le terrorisme, la criminalité organisée et le narcotrafic qui minent la zone Nord du pays. C’est dans ce cadre, qu’il y a lieu de situer la décision de l’Algérie d’apporter une contribution consistante aux efforts de reconstruction de l’armée et des forces de sécurité, en termes de formation, de logistique, d’équipement.

L’insistance de l’Algérie sur la nécessité d’une solution politique négociée a toujours été sous-tendue par l’exigence du respect de l’intégrité territoriale et de la préservation de l’Unité du peuple malien, comme conditions non négociables. Elle visait la mise en œuvre, dans ce cadre, d’une dynamique de décantation devant permettre la création des conditions d’un  dialogue impliquant ceux qui se démarquent sans équivoque du terrorisme et de la criminalité et ceux qui renoncent clairement à toute atteinte à l’intégrité territoriale et à l’Unité nationale. Ce dialogue aura pour vocation de favoriser l’avènement d’une solution pacifique, isoler les groupes terroristes et de permettre un redéploiement de l’Administration malienne sur tout son territoire.

Contrairement à ce qui a été soutenu, l’Algérie n’a jamais exclu l’option d’une intervention armée. Elle a cependant toujours précisé que celle-ci doit être, envisagée en ultime recours, qu’elle doit être conduite à la lumière d’une définition rigoureuse des objectifs, des moyens requis, des règles d’engagement et de la mobilisation des potentiels requis, pour qu’elle soit entourée des chances de succès. Il est évident que toute intervention armée doit être conduite avec discernement et cibler les véritables menaces que sont le terrorisme et le crime transnational organisé et ce afin d’éviter à notre région des dérives insupportables.

C’est pourquoi, dans toutes les déclarations faites par ses responsables, la référence au dialogue était immédiatement suivie de la mention à la nécessité d’une lutte implacable contre le terrorisme et la criminalité organisée, ce terrorisme que l’Algérie a combattu, seule et avec détermination. Un terrorisme pour lequel elle a payé un très lourd tribut. Dois je rappeler au demeurant que l’Algérie a été agressée et son consulat à Gao victime d’une attaque terroriste. Une partie de mon personnel, dont le Consul d’Algérie, se trouve toujours otage de ces groupes et je vous demande de vous joindre à moi pour avoir une pensée pieuse pour eux. Leur sort demeure, à l’évidence, au centre des préoccupations de l’Algérie et mobilise les appareils de l’Etat en permanence.

 

Il est loisible de constater que les éléments de cette approche, développée dès le mois de mars, sont aujourd’hui l’objet d’un consensus international, consacré par la Résolution 2071 du Conseil de Sécurité, consensus à l’élaboration duquel nous avons pris une part active. Par ailleurs, il est à noter que le Président de la République par intérim et le Premier Ministre maliens se sont officiellement prononcés en faveur du dialogue.

Voilà, succinctement exposée, la position officielle de l’Algérie ; celle qu’elle a défendue depuis le déclenchement des évènements, avec constance et cohérence. Celle qu’elle a soutenue lors de toutes les réunions de la CEDEAO, de l’Union africaine et des Nations Unies et celle qu’elle a exposée à tous ses partenaires. Alors où est l’ambiguïté, ou est le piège ou est la reculade, ou sont tous ces attitudes attribuées à tort et à travers à l’Algérie, toujours, par les mêmes sources, qui cherchent obstinément à entretenir l’amalgame et à susciter, par l’invective et les procès d’intention, les doutes et la suspicion sur l’attitude de l’Algérie. Y a-t-il des raisons de craindre une réappropriation par nos peuples de la maîtrise de leur sécurité et de leur développement et de mésestimer leur aspiration à vivre dans une région de paix et de coprospérité ?

Ceux qui veulent voir les maliens s’entredéchirer dans une guerre fratricide, aux conséquences imprévisibles, ont des motivations et des raisons qui ne sont pas celles de l’Algérie. L’Algérie veut voir les frères maliens régler leurs problèmes par eux-mêmes, par le dialogue et ce conformément aux valeurs qui ont toujours permis d’asseoir la concorde, l’entente et la fraternité entre toutes les composantes de ce peuple. Un dialogue qui abrège les souffrances des populations et qui garantisse la préservation de l’unité et de la cohésion du peuple malien, en lui évitant des déchirures irrémédiables. L’Algérie s’est toujours déclarée disposée à favoriser les conditions de ce dialogue et marqué sa disponibilité à contribuer, comme par le passé, à la recherche d’une solution négociée, à la condition qu’elle soit expressément sollicitée par le Gouvernement malien et par les autres parties. Elle s’est attelée à l’émergence des conditions favorisant ce dialogue. Les évolutions récentes du MNLA et d’Ansar Eddine entrent dans le cadre de ce processus. Sur un autre plan, elle a encouragé les concertations nationales et exprimé le souhait qu’elles puissent aboutir à un renforcement du leadership politique, à même de mener à bien ce dialogue et d’assurer les conditions pour la tenue des élections.

Entretemps, l’Algérie et là aussi, contrairement à ce qui a été dit, n’est pas restée les bras croisés. Elle n’a épargné aucun effort pour accompagner le Mali frère dans cette dure épreuve,

•           en manifestant un soutien significatif au plan politique et diplomatique,

•           en fournissant un appui financier, à travers la libération du don de

10 millions de Dollars, en vue de permettre une gestion apaisée ;

•           en apportant une contribution consistante aux efforts de reconstruction et  de renforcement des capacités de l’armée et des forces de sécurité, en termes     de formation, de logistique, d’équipement. Et là aussi, je dois signaler que nous n’avons pas attendu pour considérer urgent de combler les déficits ca- pacitaires des forces de défense et de sécurité du Mali afin que celles-ci puis sent remplir pleinement leur mission et permettre au gouvernement malien d’assurer le plein exercice de son autorité sur l’ensemble du territoire. Dans la limite de nos moyens, nous avons apporté un soutien logistique substantiel, nous avons apporté une contribution importante à la sécurisation des institutions et des établissements à Bamako, en renforçant les capacités des services de Sécurité, en partageant le renseignement et en fournissant des  équipements.

•           en venant, enfin, en aide aux populations, à travers une action humanitaire  effective et soutenue. L’Algérie a acheminé par ses propres moyens, depuis  le début de la crise, une aide de 5800 tonnes, qui a bénéficié aux réfugiés maliens en Mauritanie, au Niger et au Burkina Faso, ainsi qu’aux personnes  déplacées au sud du Mali. Des aides humanitaires ont été apportées directement aux hôpitaux de Gao et de Kidal par le croissant rouge algérien, dans    le cadre des activités de l’UFL.

•           Enfin l’Algérie n’a pas cessé sa coopération sectorielle et poursuivi son effort,             notamment, dans le domaine de l’enseignement universitaire et de la formation professionnelle, en offrant dans le cadre de cette entrée, 200 bourses  universitaires et une cinquantaine de formation professionnelle; ce qui est  le quota annuel régulier.

Voilà la réalité des faits, de laquelle les populations concernées et les Responsables maliens peuvent témoigner.

Conscient de la gravité des défis, mais conscient, dans le même temps, de  son poids et de ses potentialités, mon pays assume sereinement ses responsabilités dans la région, loin de toute agitation médiatique et de tout souci publicitaire.

L’Algérie a pour principe et tradition d’agir dans le plein respect de la dignité du peuple frère et de ses institutions maliennes. Elle estime naturel d’aider le peuple frère du Mali et fidèle à ses valeurs et ses traditions, elle n’est pas particulièrement intéressée de voir ses actions de solidarité et de soutien, entourées de publicité.

Pour le reste, les velléités manifestées, ça et là, par ceux que cette solidarité concrète entre nos peuples dérange et qui pensent pouvoir en saper les fondements, me paraissent si vaines et si dérisoires, que je n’ai jamais daigné y réagir.

L’Algérie et le Mali sont liés par une communauté pérenne de destin.

Leurs affinités sont naturelles et leurs liens sont solides, car façonnés par la matrice immuable de la géographie et forgées par la mémoire inaltérable des épreuves de l’histoire. Ces liens se renforcent dans les épreuves.

Celle qu’endure actuellement le peuple malien frère est certainement complexe. Mais en dépit de la conscience que l’on peut avoir de sa complexité et de l’ampleur des défis et surtout des souffrances de nos frères au Nord, il nous faut rester optimiste. Les raisons de l’être sont objectives et réalistes.

Vive l’Algérie, Vive le Mali, vive la fraternité algéro-malienne.

Je vous remercie pour votre attention

 

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