Mali et Sahel : le Maroc tisse sa toile

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Le roi Mohammed VI du Maroc en compagnie d'Ibrahim Boubacar KeĂŻta - Sahel
Le roi Mohammed VI du Maroc en compagnie d’Ibrahim Boubacar KeĂŻta, prĂ©sident du Mali. © Laetitia Kretz / DR

Avec ses tournées africaines, le roi Mohammed VI cultive proximité économique et religieuse avec les pays du Sahara du Sud.

 

Après avoir priĂ© aux cĂ´tĂ©s de Bilal Ag ChĂ©rif, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du MNLA (Mouvement national de libĂ©ration de l’Azawad), Mohammed VI a Ă©tĂ© reçu en grande pompe par Ibrahim Boubacar Keita, prĂ©sident du Mali. Peu Ă  peu le Maroc place ses pions dans une zone d’influence qui lui avait Ă©chappĂ© au profit de sa rivale algĂ©rienne. Il faut dire que la proximitĂ© religieuse est ancienne d’avec les confrĂ©ries musulmanes maliennes. Celles-ci trouvent en partie leur origine dans le malĂ©kisme marocain, un sunnisme modĂ©rĂ©. C’est une carte Ă  jouer stratĂ©gique au moment oĂą l’invasion islamiste a montrĂ© tous ses excès dans le Nord Mali.

 

 

Quoi qu’on en dise, la rivalitĂ© avec l’AlgĂ©rie est très prĂ©sente

Alors que l’AlgĂ©rie n’avait pas condamnĂ© cette attaque, la France avait alors accusĂ© les renseignements algĂ©riens de jouer un jeu trouble en infiltrant le Mujao. “Tout le monde soupçonne l’AlgĂ©rie d’avoir fait de mĂŞme avec Aqmi”, explique un diplomate marocain. “Il faut savoir que les AlgĂ©riens connaissent bien les groupes islamistes. Cela date de leurs stratĂ©gies de renseignements pendant la guerre civile”, ajoute-t-il. Le pays refusera d’ailleurs de s’ingĂ©rer dans cette crise sahĂ©lienne, pas de quoi s’attirer les bonnes grâces de l’opinion publique malienne. Une opportunitĂ© pour le Maroc d’isoler l’AlgĂ©rie d’un pays avec lequel elle partage une longue frontière ? Sans doute. “Le Maroc considère que l’AlgĂ©rie est le noeud du problème au Sahara”, explique le diplomate. C’est vrai que le Polisario, mouvement contestant la souverainetĂ© chĂ©rifienne, est installĂ© en territoire algĂ©rien, Ă  Tindouf. “Sans l’appui territorial, militaire et surtout financier, ce mouvement n’existerait plus. C’est une stratĂ©gie dĂ©libĂ©rĂ©e de l’AlgĂ©rie pour affaiblir le leadership marocain en Afrique du Nord”, affirme la mĂŞme source. Sujet difficile s’il en est puisqu’il oblige les Marocains Ă  mobiliser un budget très important alors qu’il y a peu de ressources naturelles dans les zones revendiquĂ©es par le Polisario. Selon le Conseil Ă©conomique et social, 3 Ă  4 % du PIB chĂ©rifien est consacrĂ© Ă  ce problème depuis 1975 (aides directes, financement en infrastructure, subventions aux matières alimentaires…), un niveau Ă©quivalent Ă  celui rĂ©servĂ© Ă  l’Éducation, c’est dire…

 

 

La mĂ©sentente avec l’AlgĂ©rie est une vraie hypothèque Ă©conomique

La croissance Ă©conomique est la grande prioritĂ© du gouvernement marocain. “Si l’AlgĂ©rie l’acceptait, Mohammed VI serait prĂŞt Ă  laisser de cĂ´tĂ© le problème du Sahara pour se concentrer sur une union Ă©conomique impliquant notamment l’ouverture des frontières terrestres”, explique encore le diplomate marocain, mais… l’AlgĂ©rie continue de refuser : “Le problème, c’est que l’AlgĂ©rie est assise sur un puits de pĂ©trole. Elle est impermĂ©able aux propositions Ă©conomiques, de mĂŞme qu’aux pressions amicales de la France, des États-Unis ou des pays du Golfe sur le plan diplomatique”, affirme-t-il. Le cas de la Turquie rappelle que les perspectives de partenariat au Nord avec l’Union europĂ©enne sont faibles, d’autant que l’Europe souffre d’un manque de dynamisme Ă©conomique. Ă€ l’est, l’AlgĂ©rie est fermĂ©e. Reste le Sud…

 

 

Vaille que vaille, le Maroc trace sa route en Afrique subsaharienne

Le Maroc ne cache pas son dĂ©sir d’intĂ©grer la zone Uemoa (Union Ă©conomique et monĂ©taire ouest-africaine) pour avoir accès Ă  un marchĂ© en forte croissance. Afin de sĂ©duire le Sud, le royaume chĂ©rifien offre des facilitĂ©s d’accès douanières aux produits agricoles de la zone, apporte une aide directe en assistance technique ou coopĂ©ration, offre des bourses aux Ă©tudiants… Avec le Mali en particulier, le Maroc affichait un excĂ©dent de 290 MDH en 2012 grâce Ă  la progression des exportations sur le marchĂ© malien. Les importations en provenance de Bamako, principalement du coton, restent faibles avec une tendance Ă  la baisse ces dernières annĂ©es. Reste les investissements directs Ă  l’Ă©tranger. Sur une quinzaine de pays africains oĂą la prĂ©sence marocaine est une rĂ©alitĂ©, le Mali accapare 34 % des investissements marocains, suivi du Gabon et du SĂ©nĂ©gal, chacun recevant 25 % de ces investissements. Les domaines majeurs sont les tĂ©lĂ©communications, avec Maroc Telecom, et la banque. Rappelons que l’Afrique est un cas particulier : sur le plan mondial, la part des IDE en Afrique est passĂ©e de 1,2 % en 2007 Ă  3,1 % en 2012, ce qui en fait l’une des rares rĂ©gions oĂą les flux mondiaux n’ont pas baissĂ©…

 

 

Quoi qu’il en soit, le Maroc persiste dans sa volontĂ© d’ĂŞtre encore plus prĂ©sent en Afrique de l’Ouest. Cette approche volontariste a des Ă©chos favorables dans cette rĂ©gion oĂą le roi Mohammed VI est très populaire. Il n’y a pas de doute, avec la conjugaison de tous ces facteurs, le Maroc n’est pas près de perdre son duel indirect avec sa voisine algĂ©rienne beaucoup moins active auprès des acteurs Ă©conomiques et politiques de la zone soudano-sahĂ©lienne.

 

Par LAETITIA KRETZ

Source: Le Point.fr – PubliĂ© le 02/04/2014 Ă  07:09

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