Développement socio-économique du Mali : Le Co-développement, cheval de bataille de la diaspora

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DéveloppementReprésentant plus de 4 millions d’individus dispersés un peu partout dans le monde, les Maliens de l’extérieur sont d’un apport capital au rebond de notre pays.

 

Bamako a abrité les 18 et 19 avril la 5èmesession du Forum sur le renforcement de la contribution de la diaspora malienne à travers le co-développement. Ce forum a été initié par le ministère des Maliens de l’extérieur en partenariat avec le Haut conseil des Maliens de France et le Forum des organisations de solidarité internationale des migrations (FORIM).

 

L’ouverture de la rencontre s’est déroulée au Centre international des conférences de Bamako sous la présidence du Premier ministre, Moussa Mara. C’était en présence du ministre des Maliens de l’extérieur, Abdourhamane Sylla, du maire de la commune III, Abdelkader Sidibé, de nombreux députés et représentants de la société civile, principalement ceux issus de la diaspora. C’est le cas du vice-président du FORIM, Hamidou Diarra, du président du Haut conseil des Maliens de France, Mahamane Lamine Touré, et, du représentant du président du Haut conseil des Maliens de l’extérieur, Gahourou Doukouré.

 

Les Maliens de la diaspora représentent plus de 4 millions d’individus dispersés un peu partout dans le monde. Leur apport au développement socio-économique est d’une importance capitale. Le forum a permis de mettre en exergue la contribution de cette diaspora au développement local dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’hydraulique villageoise, du commerce, de l’agriculture, de la culture et même de la décentralisation dans le cadre du renforcement des capacités des élus des collectivités territoriales.

 

Trois thèmes majeurs étaient au centre des débats organisés en autant d’ateliers : le cadre d’intervention de la diaspora  pour le développement local et régional ; l’investissement productif des migrants et la co-construction de modèles de co-développement  au niveau local.

 

Plusieurs interventions ont marqué l’ouverture du forum. Le maire de la Commune III, Abdelkader Sidibé, a jugé salutaire la tenue de cette rencontre pour notre pays qui amorce sa sortie d’une crise sévère et multiforme et qui a besoin de tous ses fils pour se redresser. Il a souhaité que le forum soit le déclencheur de cette dynamique réclamée par tous.

 

Les représentants des différentes organisations de la diaspora ont, tour à tour, souligné leur implication dans la défense de la cause des migrants depuis des années. Ils ont également évoqué leurs attentes vis-à-vis du forum, surtout en ce qui concerne l’accompagnement des autorités.

 

« Aujourd’hui, grâce à sa constance vers l’épanouissement de ses adhérents, le FORIM est devenu  la 9ème des Ong françaises membres de Coordination sud. Depuis sa création en 1997, que de réalisations à travers différent programme de développement surtout en direction des jeunes et des femmes », a constaté le vice président du forum.

 

Le représentant du président du Haut conseil des Maliens de l’extérieur a s’est  salué cette grande mobilisation pour la cause des migrants. « Cela dénote de l’intérêt que les acteurs accordent à cette question dans notre cher pays le Mali », dira-t-il. Gahourou Doukouré a mis l’accent sur la capacité d’investissement de la diaspora tout en insistant sur la nécessité de mettre en place une stratégie de mobilisation globale des Maliens de l’extérieur pour le développement du pays Pour ce vaste chantier, Gahourou Doukouré préconise que les acteurs institutionnels et les organisations des Maliens de l’extérieur se remettent en cause et révisent les attitudes adoptées jusqu’à ce jour. « Nous espérons donc que ce forum sera l’occasion de déterminer les objectifs et surtout les actions à même de parvenir à une mobilisation à hauteur de souhait », a dit Gahourou Doukouré.

 

430 MILLIARDS EN 2012. Le ministre des Maliens de l’extérieur, Abdourhamane Sylla, s’est appesanti sur les atouts que constitue la diaspora pour notre pays sur le chantier du développement. Il a souligné la nécessité d’analyser en profondeur le cadre d’intervention du co-développement avec ses acquis mais aussi ses insuffisances, d’en dégager les perspectives dans un contexte qui est plus que d’actualité, celui de la décentralisation pour une plus grande autonomie des collectivités dans le développement local.

 

L’investissement productif est aussi facteur de croissance et de développement et le niveau d’engagement de la diaspora est peu négligeable, sur les transferts de fonds et de compétences, a-t-il souligné. La manne financière des Maliens de la diaspora estimée à environ 430 milliards Fcfa en 2012,  est utilisée à  80% pour les besoins des ménages, à 15 % pour les projets développement et à 5 % pour des investissements productifs. Les défis demeurent de lever les contraintes afin de maximiser la part des investissements productifs, tout en se battant pour diminuer les coûts des transferts de fonds, a indiqué Abdourhamane Sylla.

 

Beaucoup reste en effet à faire surtout en ce qui concerne les opportunités économiques et les investissements durables, insiste-t-il. « Il convient de mettre un accent particulier sur l’adéquation des actions avec les besoins des populations, les orientations du Programme de développement social, économique et culturel des communes et des cercles et les Programmes stratégiques de développement régional », a précisé le ministre Sylla.

 

Autre piste intéressantes : les actions concluantes menées dans le cadre de la Convention de co-développement signée entre la France et notre pays. Aujourd’hui, avec l’avènement de la décentralisation, la multiplicité et la diversité des partenariats, il convient de réfléchir ensemble sur un modèle de co-développement inspiré des dynamiques locales de développement axées sur les plans de développement des collectivités  territoriales du Mali, par des stratégies d’implication de la diaspora malienne en tant que double acteur communautaire, précise Abdourhamane Sylla.

 

Le Premier ministre a, lui, témoigné de l’importance de la rencontre. Cet exercice, note-t-il, cadre parfaitement avec les axes prioritaires de la Politique nationale migratoire en cours d’élaboration. « Ces axes prioritaires sont relatifs entre autres à la participation des migrants au développement socio-économique du pays », a indiqué Moussa Mara.

 

A cette période cruciale dans la vie de notre pays, le moment est plus que jamais arrivé de donner toute sa place à la diaspora pour accompagner l’essor socio-économique, a-t-il estimé.  « Il est indéniable que les Maliens de l’extérieur constituent un vivier incontournable, actif et indispensable à l’émergence de notre pays car pouvant contribuer dans tous les secteurs de développement », a jugé le Premier ministre.

 

Moussa Mara a remercié les initiateurs de forum pour les actions de développement conduites sur le terrain à l’initiative des collectivités locales des pays d’accueil et des Maliens de la diaspora dont les impacts contribuent fortement à la stabilité économique et sociale de nombreuses familles et de leur zone d’origine. A son terme, a-t-il estimé, ce forum contribuera à la prise en compte de la migration dans les politiques de développement, l’atteinte des objectifs du Cadre stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté et des Objectifs du millénaire pour le développement et à l’adoption d’un modèle consensuel de co-développement.

Lougaye ALMOULOUD

 

 

UN VASTE EVENTAIL DE RECOMMANDATIONS

 

De nombreuses recommandations ont sanctionné les travaux du FORIM qui s’est achevé, samedi, au CICB. Le 1er atelier qui a planché sur le cadre d’intervention de la diaspora pour le développement local et régional a recommandé, entre autres, l’instauration d’un climat de confiance accru entre la diaspora, les collectivités territoriales et l’Etat, l’accompagnement des changements générationnels et des nouvelles structures de la diaspora qui se mettent en place dans une perspective d’aménagement harmonieux du territoire, la mise en place d’outils de planification au cœur du processus de développement des territoires et des cadres de partenariats existant ou à construire et la redéfinition des critères de choix des projets en intégrant de nouveaux éléments en fonction des nouveaux enjeux de partenariat. Les participants ont également demandé d’harmoniser les chiffres des transferts de fonds, de fournir une assistance juridique et de créer une banque pour les Maliens de l’extérieur pour une plus grande mobilisation des ressources de la diaspora.

Le 2ème atelier avait pour thème l’investissement productif des migrants : quel partenariat, quelle synergie ? Ici, il faut retenir le souhait de faire jouer la concurrence entre les banques et de porter l’information aux migrants en vu de baisser les coûts, faciliter l’accès des terres aux migrants afin qu’ils développent les différentes filières liées à l’agriculture et créent des emplois.

 

La co-construction de modèles de co-développement au niveau local, était le thème du 3ème atelier. Celui-ci préconise de partir des dynamismes locaux en évitant le parachutage des projets, de capitaliser l’expérience accumulée pour passer à une autre échelle, de passer à l’intercommunalité pour dépasser la faiblesse des communes, de développer une approche régionale de co-développement, de mettre en place un cadre de concertation  entre acteurs sur les différents territoires communaux.

 

En partenariat avec la diaspora, les participants ont demandé de diversifier les sources de financement des projets de co-développement et d’inscrire la diaspora dans l’élaboration des plans de développement communaux. La facilitation du dialogue et le partenariat entre organisations de la diaspora et collectivités locales afin d’aider la mise en œuvre de projets, l’établissement d’accords de partenariat entre les associations bénéficiaires et les organisations pour la mise en œuvre et le suivi des projets, figurent aussi parmi les recommandations.

L.A.

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