‘’Diaspora et développement’’ : Les visions et stratégies du Dr Mohamed Lamine SAGNA de Princeton University (USA)

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Lors de son séjour la semaine dernière au Mali, dans le cadre d’une invitation de l’Institut des Sciences Politiques, Relations Internationales et Communications (ISPRIC), le Docteur Mohamed Lamine SAGNA de Princeton University (USA) a animé une conférence débat sur le thème ‘’Diaspora et Développement’’. En prélude à cette activité qui s’est déroulée dans les locaux de l’ISPRIC sise à Niamakoro cité UNICEF, le conférencier a accordé une interview exclusive au journal ‘’Le Flambeau’’. Dans cet entretien, le Docteur SAGNA aborde plusieurs sujets relatifs à la notion de Diaspora et au  concept du Développement…lire la suite.

Mr Sagna

Le Flambeau : Qui est le Docteur Mohamed Lamine SAGNA ?
Dr Mohamed Lamine SAGNA : Je suis très heureux de pouvoir participer dans les débats  concernant l’éducation au Mali. Je suis originaire du Sénégal, j’ai effectué mes études supérieures en France, ensuite je suis allé enseigner aux Etats-Unis. Je suis Docteur en Sociologie, j’ai une Maitrise d’ethnocentrie et un master en business administration (spécialité commerce). Je travaille essentiellement dans la sociologie économique, notamment sur les questions de la monnaie. Je travaille aussi sur les questions de la globalisation et de l’immigration. C’est très difficile de se décrire soi même,  mais voilà en gros qui je suis.
Le Flambeau : Quel est l’objet de ce retour au bercail, j’allais dire en terre malienne ?
Dr Mohamed Lamine SAGNA : L’objet de ce retour au bercail est du au fait que le Mali, comme vous le savez, a beaucoup donné pour l’unité Africaine et cela depuis toujours, mais aussi parce que la question de l’éducation est fondamentale. Je suis ici dans le cadre de l’animation d’un séminaire de cours à l’Institut des Sciences Politiques, Relations Internationales et Communications (ISPRIC). Lorsqu’on observe le niveau de sous-développement de nos pays, on se rend compte des nombreux efforts qui restent à faire dans les secteurs de l’éducation et de la recherche. Je pense que nous autres qui sommes à l’extérieur, et qui donnons nos savoirs aux enfants des pays développés comme les Etats- Unis, avons un devoir de conscience vis-à-vis de notre continent.  Il est tout à fait logique que nous apportions notre modeste contribution à l’essor de nos pays. Comme le disent les Américains ‘’To Give back’’, c’est-à-dire rendre à la communauté ce qui l’appartient. Car c’est grâce à cette société que nous sommes ce que nous sommes aujourd’hui, Il est donc normal que nous lui rendons cela.
Le Flambeau : Vous intervenez actuellement dans le cadre d’un Master à l’ISPRIC. Que retenez-vous de cet institut ?
Dr Mohamed Lamine SAGNA : Je suis très flatté et sincèrement très heureux de pouvoir  partager avec mes collègues de l’ISPRIC ce que je sais. Je pense que le travail extraordinaire que le Directeur Général, Mohamed Gakou, est entrain de faire mérite d’être soutenu d’où mon séjour actuel au Mali. Il fait preuve d’un véritable leadership et les résultats escomptés de ses efforts sont perceptibles même au delà du Mali. On voit qu’il est entrain de contribuer à l’éducation nationale de la jeunesse malienne. Je pense que cet institut peut jouer un rôle très important dans le futur. Cela s’explique notamment par la parfaite adéquation des techniques d’éducation occidentales et les réalités professionnelles du continent. J’ai été agréablement surpris par la diversité des enseignants et étudiants qui y sont. Il est important que cet institut soit encouragé et je pense que dans l’avenir l’ISPRIC pourra être un centre important dans le partage des connaissances dans le monde universitaire. L’Institut a beaucoup de potentiels et je suis également heureux de rencontrer des étudiants ambitieux et qui ont des initiatives.
Le Flambeau : Vous venez d’animer une conférence sur le thème ‘’diaspora et développement’’. Qu’est ce qui motive le choix de ce thème ?
Dr Mohamed Lamine SAGNA : Je ne connais pas le chiffre au Mali mais au Sénégal je sais qu’il y’a plus de 600 millions de dollars qui sont envoyés chaque année par les immigrés. Ces transactions représentent plus d’argent que l’aide publique au développement du pays. J’ai l’ultime conviction que c’est  pareil pour le Mali. Senghor ne disait-il pas ceci : « au début et à la fin du développement, c’est l’être humain ». Si cela est vérifié, je crois que tout ce qui concerne le développement doit être une priorité pour tous les enfants du pays. Chaque citoyen doit contribuer. Et la diaspora, en tant que ressource humaine très importante, peut participer au développement de nos pays d’où le choix de ce thème. Ce sujet nous permettra de passer en revue le rôle et la place de la diaspora dans la construction du continent, tout en nous donnant l’opportunité d’aborder les voies et moyens susceptibles d’améliorer cette participation. C’est une question fondamentale qui suscite beaucoup de débats auprès de la société. Les étudiants, je crois, doivent aussi la comprendre et apporter leur opinion.
Le Flambeau : Quel peut être, selon vous, la place de la diaspora malienne dans le développement de son pays ?
Dr Mohamed Lamine SAGNA : Je pense qu’il est important que tous les pays Africains tiennent compte de leur diaspora et de leurs immigrés. Je connais, personnellement, des maliens qui effectuent des travaux extraordinaires aussi bien aux Etats-Unis, en Angleterre qu’en France. Je pense à une de mes amies, qui est malienne d’origine, qui est une très grande psychothérapeute installée en Angleterre. Elle est beaucoup respectée dans son travail et je suis convaincu que sa contribution pour le Mali peut être très importante en ce qui concerne les domaines de la psychothérapie, la psychologie et la psychanalyse. En matière de leadership, je connais également des maliens qui sont de brillants scientifiques et qui enseignent dans les plus grandes universités du monde. Je pense qu’il est important d’unir toutes ces énergies pour développer nos pays. La place de la diaspora malienne dans le développement du Mali est inestimable.
Le Flambeau : Qu’est ce qui explique la fuite des cerveaux africains vers les pays occidentaux ?
Dr Mohamed Lamine SAGNA : Il me semble qu’il existe deux niveaux de débat sur cette question. Premièrement, il y’a ceux dont leurs formations les obligent à partir en occident. Je prends l’exemple d’un chercheur en physique ou en science naturelle qui ne bénéficie pas de laboratoire en Afrique. Si ce dernier est convaincu par la recherche, il ne va pas rester et ira forcement dans un pays où il pourra faire sa recherche. Les gens qui se trouvent dans cette situation sont obligés de s’expatrier pour réussir leurs ambitions. Il faut aussi noter que ce n’est pas parce qu’on s’expatrie, qu’on ne contribue pas au développement de l’enseignement dans nos pays. D’ailleurs, les nouvelles technologies nous offrent l’opportunité de donner des formations étant partout au monde. Voila, un peu, ce que je peux dire par rapport à ce qu’on peut qualifier comme la fuite des cerveaux.
Deuxièmement, nous sommes dans un monde globalisé et je crois que les maliens et les sénégalais doivent être fiers sur tous les plans car ils sont un peu partout dans le monde et leurs expatriés ont fait leur preuve dans plusieurs secteurs d’activités. De même, il existe également de brillants intellectuels européens qui s’exilent en Afrique pour leurs recherches.
Le Flambeau : Quelles sont, selon vous, les éventuelles pistes pour le développement des pays Africains ?
Dr Mohamed Lamine SAGNA : Je pense qu’il y’a plusieurs pistes. Je ne suis pas un spécialiste, je trouve même que c’est arrogant de vouloir dire que c’est comme ça qu’il faut faire, mais cependant je peux donner quelques pistes de réflexion. Il faut mettre en place des institutions fortes, c’est-à-dire des institutions qui ont une bonne gouvernance et bénéficie d’une transparence claire. De ce point de vue, je pense qu’il est possible de créer une banque mutuelle des maliens de l’extérieur. Je pense qu’on doit également mettre à leur disposition les avantages fiscaux favorisant leur investissement dans leurs pays. Il faut aussi renforcer nos systèmes éducatifs et donner l’opportunité aux enfants des expatriés qui désirent revenir d’effectuer leurs études dans des meilleures conditions. Nos Etats africains doivent œuvrer dans une dynamique d’intéressement et de motivation des immigrés pour faciliter leur contribution dans les processus de développement de nos pays.
Le Flambeau : Quelles sont les difficultés auxquelles les expatriés africains sont confrontés en général ?
Dr Mohamed Lamine SAGNA : Les difficultés sont énormes. Chaque expatrié vit ses difficultés au quotidien. Que ce soient la faiblesse de nos gouvernements dans la cadre de notre protection sociale et juridique, les problèmes d’intégration pour certains d’entre nous et d’autres réalités… les difficultés sont permanentes. Pour ma part, je me sens citoyen ou que je sois dans le monde et je réclame mes droits en temps que tel.
Le Flambeau : En tant qu’observateur, que pensez-vous du climat politique au Mali ?
Dr Mohamed Lamine SAGNA : Je suis troublé et extrêmement troublé. Le Mali, aujourd’hui, est l’objet d’une convoitise géostratégique de la part de certaines puissances qui se cachent derrière la guerre au nord pour asseoir leur volonté et satisfaire leurs intérêts. Si les maliens vivants en France avaient manifesté face à cela, leur cri de cœur pouvait être pris en compte par la communauté internationale. Je pense aussi que les gouvernants ne doivent pas tout attendre du gouvernement. La population peut et doit souvent obliger le gouvernement en profitant de sa diaspora et des medias pour faire changer certaines choses.
Le Flambeau : Votre dernier mot à l’endroit de nos lecteurs.
Dr Mohamed Lamine SAGNA : je demanderai à vos lecteurs d’avoir confiance en leurs pays et en eux-mêmes, de comprendre que tout seul on n’est rien et qu’on n’est fort que si on est fort collectivement. J’ai toujours dit que ce qui m’intéresse, c’est la réussite collective et non la réussite personnelle. Donc, je crois en notre continent. J’ai confiance au Mali et je suis plus rassuré lorsque je vois des jeunes comme vous en activité et plein de convictions.
Propos recueillis par
FOUSSEYNI MAIGA

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