Discriminations salariales à Total Mali : Une grève de 72 heures décrètée

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Si l’exploitation des travailleurs locaux était une discipline sportive, Total-Mali en raflerait toutes les médailles! C’est ce qui ressort des constats du cahier de doléances de son comité syndical déposé en juillet dernier sur la table du Directeur général de la filiale malienne de la multinationale.   Ce rapport pointe des révélations sur le mal vivre professionnel et le cumul de frustrations des employés maliens de la boite. Il fait allusion aux conditions de travail déplorables du personnel local et une course effrénée aux profits. Le tableau sombre affiche divers maux : sous-équipement criard, traitement salarial bas et discriminatoire, précarité professionnelle, absence de primes, d’assurances et d’allocations diverses.

Malgré toutes les initiatives suggérées par le personnel malien de Total-Mali pour aplanir les divergences liées aux traitements, la tension reste vive au sein de la filiale à l’encontre de la direction générale. De sources proches de la société faute de démarche éthique, la situation des employés s’est progressivement dégradée sur le triple plan matériel, salarial et psychologique. 

Les nationaux écrasés

En effet, toute la crise a un goût des pratiques néo-coloniales dont sont généralement suspectées les entreprises et les organisations françaises sur le marché du travail africain. Cette école se caractérise le plus souvent par une gestion à la tête du client, une discrimination exacerbée d’écarts de traitement entre le personnel local et étranger, l’absence de plans de carrière et de promotion, les abus, la pratique de bas salaires, etc. La crise de la Somadex (groupe Bouygues) à la mine de Morila est encore là pour dissuader l’opinion. 

A Total-Mali le personnel malien mis sous la coupe réglée des étrangers a fait timidement entendre sa voix depuis des années sans succès. En 2005, la direction avait miroité une hypothétique augmentation salariale qui s’est piteusement soldée dans le nuage des mirages. Pour renchérir la duperie, la maison-mère avait commandité une étude économétrique sur le traitement du personnel en se contentant d’un palier comparatif avec les autres sociétés pétrolières exerçant au Mali. Or malgré sa position de leader dans le secteur depuis 2002, Total-Mali se soucie peu de son personnel local et entretien un air de fracture sociale. Un seul chiffre suffit à conforter cette remarque. A eux trois  le directeur général (sud africain), le directeur financier (Burkinabé) et le directeur commercial (Nigérien), empochent par année 300 millions de fcfa sur une masse salariale annuelle globale de 600 millions. Les 72 cadres, agents de maîtrise et techniciens maliens se contentent donc à eux aussi de la moitié de la poire, soit 300 millions de fcfa l’an. Le compte est très loin des standards pratiqués au niveau des autres sociétés pétrolières et des autres entités comme Ikatel, Star Oil, Shell, Graphique Industrie, etc.  

L’origine de la discorde 

Primo, le personnel dénonce le manque criard d’équipement de travail allant des véhicules aux outil informatiques et au papier. Secundo, le niveau des salaires des agents de Total Mali est considérablement bas, humiliant et complexant face à leurs confrères du secteur. Tercio, il est prévu des réajustements de salaires pour les trois étrangers dit expatriés avec des ‘indemnités compensatrices et des avantages presque illimité pour les maintenir à un  niveau de vie confortable à la charge de la société. Quant au quotidien des salariés maliens, il est jugé déplorable et lamentable par le comité syndical avec toute impossibilité d’entreprendre et de réaliser. Quarto, le personnel malien est sevré de prêts, de primes, et de tout autres avantages pratiqués dans les entreprises membres de la convention collective   des entreprises pétrolières élaboré en 1974 et revissé en 2004. Cependant à l’exception de Total Mali, les autres sociétés signataires de cette convention qui ne fixe que des minima, ont préféré appliquer des accords d’établissements beaucoup plus favorables aux salariés. Mieux, Total Mali reste la seule filiale pétrolière qui a refusé de nationaliser tous ses postes. Contrairement aux filiales et organisations anglo-saxonnes où le personnel local bénéficie d’un plan de carrière plus ou moins égalitaire, à Total Mali, les nationaux sont priés de poireauter au pied de l’escalier. très souvent, à compétences et à diplômes similaires, les agents locaux peuvent durer 15 à 20 ans au même poste et à la même fonction. 

Risque de pénurie générale 

C’est au vu de tous ces griefs contenus dans un cahier de doléances à treize points que le comité syndical a estimé opportun de saisir le directeur général de Total Mali par deux correspondances : la première le 19 juillet et la seconde à tire le rappel le 2 août. Somme toute la réunion convoquée par le DG le 16 août 2006 aurait plutôt tourné à la mascarade et au mépris, se mouvant entre des questions désuètes et des contours creux et sans objet. Même l’absence du directeur des ressources humaines a été évoquée pour noyer le poisson.
Concrètement, le comité syndical exige l’équipement du personnel, le rehaussement de la grille salariale, l’attribution de prêts et de primes de logements, la révision à la hausse du Car plan, l’attribution de frais médicaux, de la prime de fidélité , d’allocation décès,  et l’aide scolaire. Enfin, le comité syndical aurait posé la problématique d’une modalité de prise en charge du pèlerinage sur les lieux saints, la prime de transport, l’arbre de Noël,  l’harmonisation des avantages et la révision des indemnités de téléphone. La question est d’autant plus pointue qu’elle pose la problématique de la promotion des cadres nationaux du Mali ici et ailleurs.

Faute d’avoir satisfaction à ces doléances de rajustement global et nonobstant la médiation en cours, le comité syndical projette d’observer une grève d’avertissement de 72 heures du lundi 25 au mercredi 27 septembre 2006.  Ce saut d’humeur, que le comité syndical estime être légitime, sera observé au niveau de la direction générale et de l’ensemble des dépôts carburants, lubrifiants et gaz du pays y compris à l’aéroport de Sénou, Tombouctou, Yatela, Diamou et Kayes.  Cette première  grève à l’interne sera observée en liaison avec la centrale de la CSTM, le groupement malien des professions pétrolières, le Syncab, etc. Toutes les structures de tutelle et de l’administration du travail ont été saisis à cet effet depuis le 7 septembre dernier par la section syndicale. Le personne compte laver le linge sale en famille, mais tout le Mali coure le risque d’être plongé dans le noir pendant cette action syndicale. Même si le directeur financier reste optimiste sur la question puisqu’une d’une étude salariale est en cours dans la filiale malienne.   

Près de 95 000 milliards de bénéfice par an

Il faut noter que Total Mali est une société de droit malien dont les capitaux sont détenus à 100% par le groupe du même nom. Total S.A est une société anonyme de droit français, créée en mars 1924. Il s’agit d’un groupe multi-énergéticien de dimension mondiale classé 4è groupe pétrolier mondial, N°1 de la  capitalisation boursière de la zone euro. Le groupe emploie 95.000 salariés dans 130 pays et compote plus de 500.000 actionnaires majoritairement français (75%), britanniques, allemands, suisses, belges et américains.  L’exploration et la production est concentrée dans 41 pays et la production de pétrole et de gaz  29 pays. Total qui a fusionné avec Fin et Elf il y a quelques années vent 3,9 millions de baril, par jour et compte 17 000 stations services.  Total est raffineur-distributeur N° 1 en Afrique et a réalisé en 2005 un chiffre d’affaires de 143,2 milliards d’euros en 2005 soit environ 93 796 milliards de fcfa. Ses dirigeants n’ont jamais caché l’importance de l’Afrique dans la réalisation des bénéfices du groupe. 

Par Ibrahim SANGALA

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