Economie : Quand le Sénégal profite plus de la croissance malienne que les Maliens eux-mêmes

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La crise politico-sécuritaire dont a souffert notre pays ces trois dernières années a certes eu des effets sur notre vivre ensemble, mais elle est moins ressentie par les Maliens que la crise économique qui l’accompagne. Le Mali a beaucoup souffert du marasme économique qui s’explique plus par une forte dépendance à l’importation qu’à la production nationale.

La pratique du pouvoir politique est le dernier souci du Malien moyen. Non pas par méconnaissance, mais à cause de la forte culture de l’Etat qu’il incarne. Les racines de cette culture politique plongent loin dans les sédiments de notre société. Le Malien a une approche ontologique du pouvoir, c’est-à-dire qu’il croit à sa sacralité. Ayant donc compris que le pouvoir est d’essence divine, autrement dit n’est pas président qui le veut, il préfère se consacrer à la production économique que la politique, histoire d’assurer son autonomie à l’égard de quiconque. Les survivances de cette culture fondée sur la fierté et la bravoure n’ont pas encore totalement disparu. C’est pour cette raison que la crise politico-sécuritaire a été très rapidement remontée. Mais, le fond de la question, autrement dit, les origines profondes de la crise demeurent entières. Il s’agit de la pauvreté ambiante de la population du fait, non pas de la seule volonté des pouvoirs publics, mais le rapport de force économique entre détenteur d’argent liquide et les propriétaires terriens (exploitants agricoles). Cette guerre de positionnement a tournée à l’avantage des apporteurs d’argents au détriment de la population paysanne. Celle-ci est acculée de tous les côtés par des nouveaux acteurs économiques (les promoteurs immobiliers et/ou les commerçants à la recherche de capital fixe, etc), qu’on appelle : des investisseurs locaux. A la seule différence, que l’impact de leur intervention est plus nocif à notre économie. Ils amplifient une situation déjà préoccupante, coupant le sommeil aux décideurs. En témoigne le combat du ministre des Domaines de l’Etat et des Affaires Foncières, Mohamed Ali Bathily, contre les spéculateurs fonciers. Le ministre est combattu même dans sa famille politique.

Pour le ministre Bathily, ces « investisseurs locaux », pour la plupart des commerçants, chassent les paysans de leurs terres dans le seul but de se constituer des titres fonciers qui tranchent d’ailleurs avec la règlementation, pour pouvoir lever des fonds au niveau des Banques et accroître leurs affaires. Dans un sens, c’est une bonne chose, mais en analysant de près, l’on se rend compte qu’ils détruisent notre économie. Car, sous le poids des importations qu’ils effectuent, ils l’étouffent petit à petit feu. A l’inverse, ils empêchent les paysans de produire des biens agricoles pouvant injecter des devises dans notre économie. L’exemple le plus illustratif est la mangue. C’est au moment où la mangue malienne est prisée sur le marché international que les spéculateurs fonciers ont amadoué les exploitants pour leur vendre leurs vergers de mangues pour d’autres usages moins onéreux.

Depuis quelques années, cette bande de « prédateurs », usant de chantage et paroles mielleuses, sont parvenus à dépouiller un nombre important de producteurs de leurs terre agricoles, contre de modestes billets de banques. Tous les grands centres urbains souffrent de ce problème. A Bamako, les agglomérations, jadis grandes pourvoyeuses de légumes, de fruits, de lait et de bétail (petit et grand ruminants) et de la volaille, ont été atteintes par le virus. Elles se sont transformées soit en lot à usage d’habitation ou en Titres Fonciers déposés en gage dans les banques. Tandis qu’un usage rationnel nous aurait permis de faire économie de cette souffrance inutile. Car, les exploitants agricoles ainsi ‘’spoliés’’ de leurs terres grossissent les rangs des sans emplois dans la capitale et dans les grands centres urbains du pays.

Dans une économie organisée, c’est le secteur de la transformation (l’industrie) qui devrait absorber normalement cette main d’œuvre flottante pour faire tourner l’économie. Mais, malheureusement le développement de ce secteur est le dernier souci de nos acteurs économiques.

Des commerçants importateurs véreux au service du Sénégal 

Comment comprendre que le Mali étant producteur de ciment devienne importateur net de ce produit. Simplement, nous avons des commerçants qui se soucient plus de leurs poches que du développement du pays. Les camions d’immatriculation sénégalaise livrent le ciment jusque dans les magasins dans les endroits parfois les plus reculés de notre pays. Tandis que l’inverse n’est pas du tout possible au Sénégal. Il n’y a pas encore longtemps, le gouvernement sénégalais avait causé de la misère à nos transporteurs, juste pour permettre à des exploitants sénégalais de se mettre à niveau de la concurrence face à leurs homologues maliens. Selon certains transporteurs, ce coup de pouce aux locaux a largement impacté sur leurs affaires au Sénégal. Au lieu de s’organiser pour protéger leur marché en retour, nos importateurs de ciment se sont simplement transformés en syndicats pour défendre les intérêts sénégalais au Mali.

Or, les statistiques établissent qu’en temps normal, le Mali injecte plus de 100 milliards FCFA dans l’économie sénégalaise rien que dans le ciment. La deuxième usine de ciment au Sénégal a d’ailleurs été créée pour couvrir les besoins du Mali en ciment. Quelle générosité des Sénégalais ? Depuis quand, un pays tiers se permet de construire une usine dans le seul but de satisfaire les besoins en consommation de son voisin ? Ironie de l’histoire. Le Mali a été le premier pays ouest africain à créer une usine de ciment. Mais, cette belle époque est loin derrière nous.

Le hic qui fait tilt, c’est que la plus part des grossistes sont actionnaires dans le consortium qui produit le ciment malien : Diakaridia Koné, SODOUF pour ne citer que ceux-ci, rapportent notre source. Qui ajoute que ce sont des mauvais actionnaires et que leur objectif n’est pas de faire affaire mais de faire couler l’entreprise. Car, à chaque Conseil d’administration, ils poussent les actionnaires à la révolte. Selon notre interlocuteur, une fois, ils ont poussé le bouchon jusqu’à demander la restitution de leurs sous investis dans les actions si on ne leur paye pas leurs dividendes. « Le PDG s’est montré favorable à la proposition. Séance tenante, il a proposé le rachat des actions avec 25% d’intérêts. Mais, Diakaridia Koné et ses complices ont compris le message et ont reconsidéré leur position. Mais jusque-là, ils maintiennent leur stratégie d’asphyxie de l’entreprise au profit des usines sénégalaises, qui leur offrent de larges marges bénéficiaires. », révèle notre source.  Mais, jusqu’à quand ? Car, une entreprise multinationale qui cherche une position dominante sur un marché quelconque est capable de pratiquer le dumping si le pays concerné ne s’y prend pas. Mais, dès qu’elle étouffe complètement sa concurrente, elle ramène le prix du produit à son prix réel. Notons que le dumping consiste à vendre le produit en dessous de son prix réel. Mais, il n’est pas évident que nos importateurs comprennent cette technique commerciale des Sénégalais. Car, ils savent mieux que quiconque que lorsque WACEM attendra sa vitesse de croisière, ils ne pourront plus vendre un seul sac de ciment au Mali.

C’est dire que les commerçants maliens sont indifférents face à la souffrance de leurs concitoyens. Ils sont prêts à tout pour faire des bénéfices, même s’il le faut au détriment de leur pays. Sinon, sous d’autres cieux, ce sont eux en principe qui devraient proposer au gouvernement d’exiger des entreprises de construction un quota d’utilisation du ciment malien dans les chantiers des logements sociaux. Ne serait ce que pour rentabiliser leurs investissements dans le capital de Diamon Ciment.

Ces importations de ciment profitent plus à l’économie sénégalaise que malienne. Elles permettent aux Sénégalais de créer non seulement des emplois durables chez eux, mais contribuent pour l’essentiel à l’équilibre de leur balance commerciale par l’accroissement de leurs recettes d’exportation. C’est dire que notre économie profite très peu du fruit de sa croissance. En achetant le ciment pour faire des logements sociaux au Mali, il est évident que le bénéficiaire est content d’avoir un toit, l’entreprise de construction est contente d’avoir réalisé des affaires, le commerçant de ciment se frotte les mains pour avoir réalisé d’énormes bénéfices. Mais, notre économie ne ressent aucune plus-value. La valeur ajoutée est créée ailleurs. C’est pourquoi, l’effet d’entrainement est très peu ressenti sur notre économie. Voilà pourquoi, en dépit du nombre élevé de logements réalisés par le régime d’ATT, cela n’a pas atténué la profonde crise économique qui a affecté l’économie mondiale et malienne en 2007, 2008. Parce que l’argent collecté par l’Office Malien de l’Habitat auprès des contribuables maliens a été investi au Sénégal qui en a profité pour réaliser une deuxième usine de ciment résolvant pour beaucoup la crise d’emplois chez lui. Car, une usine de ciment crée des centaines de milliers d’emplois à la fois pour la jeunesse, mais même pour les cadres.

Les ministres ‘’Empé’’ et ‘’Igor’’ fortement interpellés

Cette situation interpelle donc fortement les Ministères du Commerce et de l’Industrie et de l’Economie et des Finances qui doivent urgemment proposer au gouvernement des pistes solutions en vue de renverser la balance en faveur de notre économie. Et le Président IBK doit y veiller personnellement. Surtout que le ciment va au-delà de l’usage des BTP. Les mines aussi en consomment beaucoup. Il peut donc faire  un fort effet d’entrainement sur l’économie. Surtout que le socle de notre économie, qu’est l’agriculture, s’effrite petit à petit au profit de l’immobilier et les mines.

A défaut donc de prohiber l’importation du ciment du Sénégal eu égard aux accords internationaux auxquels le Mali a librement souscrit et l’élan de solidarité dont ce pays fait montre à l’égard de notre pays dans la recherche de solution pour la crise du nord, il est possible pour le gouvernement d’exiger des entreprises de BTP adjudicatrices des marchés de réalisation des logements sociaux un quota de ciment malien dans la réalisation des maisons. Il y va de ses intérêts. Rappelons que le Mali est lui-même actionnaire dans le capital social de WACEM.

M. A. Diakité

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2 COMMENTAIRES

  1. Le Mali est un pays moins développé du point de vue capitaliste: trop de petits paysans.
    L’expropriation de ces paysans est une nécessité mais qui se déroule dans la douleur actuellement.
    Ces paysans viennent grossir l’armée industrielle de réserve des chômeurs or il manque l’industrie pour les absorber(ce que l’article démontre parfaitement).
    Si on laisse ce développement industriel à la seule propriété privée cela prendra énormément de temps.

    C’est pourquoi les coopératives de paysans(expropriation douce) et la nationalisation de l’industrie, des banques, commerces,etc. sont nécessaires pour un développement optimal (rapide) de l’industrie.

  2. Quelle analyse mediocre, ce n est pas le Senegal ou tout autre pays qui empeche le Mali de proteger ses interets. Vous ne savez qu accuser les autres pour nos propres insuffisances, vraiment mediocre.

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