Economie : Les aviculteurs dénoncent la concurrence déloyale des ministres et autres fonctionnaires de l’Etat

1

Dans notre pays, l’aviculture est l’un des secteurs de l’économie qui embrase annuellement plusieurs milliards de FCFA. C’est un secteur porteur que partagent aujourd’hui toutes les composantes de la société malienne. Les professionnels du secteur avicole assistent impuissants à une « invasion » de leur métier par des chômeurs, des fonctionnaires, des ministres et même des parlementaires. Une concurrence déloyale qui fait des vagues et menace la survie de l’aviculture. Reportage sur un secteur porteur, mais également à haut risque.

 

Malgré les milliards de FCFA drainés par l’aviculture moderne et traditionnelle, les aviculteurs maliens ne sont pas les plus nantis. Ils font face une concurrence déloyale de grande envergure. Des ministres, des parlementaires, de commerçants et de fonctionnaires de l’Etat ont envahi le secteur avicole. Conséquence : les professionnels ont du mal à structurer le secteur. Pis, ils perdent de plus en plus de marché et craignent pour la survie de leur métier. Qui est aujourd’hui en nette croissance à Bamako et presque dans toutes les capitales régionales.

Selon la Fédération des intervenants de la filière avicole du Mali (Fifam), il y a eu en 2015 une production nationale de 5 millions de poulets de chairs dans les fermes modernes sur laquelle 80% ont été importés.

Pendant la même période, 3, 5 millions de pondeuses ont été élevées dont les 90% sont venus de l’extérieur.

A la direction nationale de la production et des industries animales (DNPIA) où tout serait  mis en œuvre pour accroître la production de l’aviculture, les chiffres sont illustratifs de l’importance du secteur avicole dans l’économie nationale.

Selon une étude de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), datant de 2012-2013, le chiffre d’affaires consolidé de la filière avicole commerciale malienne est de 25 milliards de FCFA. Il est de 200 milliards de FCFA pour l’ensemble de la zone UEMOA.

En 2012, l’effectif de la volaille dans notre pays est estimé à 37 021 045 sujets sur une prévision de 38 605 158. Sur cette production nationale, 2 301 681 sont du secteur moderne et 34 409 201 pour l’aviculture traditionnelle.

Pour les œufs, la production totale a été de 403 755 000 sur un besoin national estimé à 444 070 000. L’aviculture moderne représente 99% de la production totale. Quant au secteur traditionnel, il occupe seulement 1% de cette production.

S’agissant de la viande, le poulet de chair occupe, en 2013, 11, 19 de la production nationale, soit 5 779 798 volailles abattus (environ 4624 tonnes), les bovins (67, 34%), les caprins (12, 38%), les camelins (0,09%), les porcins (0, 20%)…

 

Quelques rares contrôles et des saisies…

A la direction nationale des services vétérinaires (DNSV), on travaille à protéger les populations contre les risques liés à la consommation de la viande, et particulièrement de la chair de poulet. Les responsables de la DNSV reconnaissent qu’ils ne disposent pas de moyens humains pour contrôler les fermes avicoles qui se créent tous les jours dans notre pays, mais font du mieux qu’ils peuvent pour éviter à notre pays toutes maladies en rapport avec la viande. A ce titre, ils veillent sur l’application de la réglementation en la matière, notamment la loi N°02-022 du 31 Mai 2001 ; les arrêtés interministériels 1651 et 1652 portant sur la protection de la filière avicole. L’arrêté 1652 du 8 juillet 2009 interdit sur toute l’étendue du territoire national l’importation de la viande de chair de volaille. C’était pour prévenir la grippe aviaire. Il pourrait également protéger  les aviculteurs locaux d’une certaine concurrence déloyale. Malgré cette interdiction, le poulet de chair importé frauduleusement inonde nos marchés au vu et au su des pouvoirs publics. La direction nationale du commerce et de la concurrence fait quelques rares contrôles et des saisies pour stopper l’hémorragie. La semaine dernière seulement, elle a procédé à l’incinération de deux tonnes de poulets de chair frauduleux. La présidente de la Fifam, Mme Sanogo Diarata Traoré, juge insuffisante ces contrôles de routine, même si elle salue les efforts de la DNCC dans la lutte contre l’importation frauduleuse de la chair de poulet. Qui est totalement exclue du champ des autorisations délivrées par la direction nationale des services vétérinaires. Celle-ci autorise l’importation d’animaux vivants, notamment les poussins d’un jour et les œufs à couver.

En 2014, le rapport annuel de la DNSV a relevé l’importation de 2 106 176 poussins d’un jour, en provenance de la France, du Maroc, du Sénégal, de la Belgique et des Pays-Bas. Ce rapport note également l’importation de 589 600 œufs à couver, qui sont venus du Maroc, du Sénégal, du Brésil et de la France.

 

La concurrence des « aviculteurs de poste »

Si l’aviculture est un secteur porteur, il n’y a plus de doute qu’elle est aussi un secteur à haut risque où cohabitent des acteurs aux moyens inégaux. Ce qui rend la concurrence très rude, voire même déloyale. Mais ce n’est pas le seul problème que rencontre la filière avicole.

La fédération des intervenants de la filière avicole du Mali (Fifam) s’insurge contre cette concurrence déloyale qui défavorise les professionnels du secteur au profit des « aviculteurs de poste » (expression utilisée pour désigner les fonctionnaires qui profitent de leur poste pour faire l’aviculture).

Pour Mme Sanogo Diarata Traoré, en plus de la concurrence déloyale, le secteur avicole est confronté à d’autres difficultés, notamment les problèmes d’accès au crédit bancaire, l’importation frauduleuse de poulets de chair…

La concurrence déloyale se situe principalement à deux niveaux. D’abord, il y a celle des commerçants qui font des importations frauduleuses de poulets de chair en violation de l’arrêté interministériel N°1652.

Ensuite, le secteur avicole est victime de son succès. Tout le monde veut devenir aviculteurs sans se soucier du sort de ceux (c’est-à-dire les professionnels) qui ont décidé d’en faire leur métier. Aujourd’hui, des ministres, des parlementaires et des directeurs de services publics se sont lancés dans l’aviculture. Pour la présidente de la Fifam, il n’y aucun mal à cela. Mais le hic, c’est que ces aviculteurs de circonstance profitent de leur statut pour s’investir dans le circuit. En réalité, « ils utilisent les moyens de l’Etat (carburant, véhicule et chauffeur) pour entretenir leur ferme. Et après, ils pourront vendre comme bon leur semble leur production. Quant à nous qui payons tout sur nos ressources, nous ne pouvons jamais se mesurer à ces aviculteurs de poste… », a regretté Mme Sanogo.

Autre difficulté du secteur avicole, c’est la problématique de la subvention que l’Etat a accordé à la filière avicole en 2015 (prise en charge de 30% du prix des intrants).  Cette subvention qui s’élève à moins d’un milliard de FCFA, n’est toujours pas tombée dans la cagnotte. « Aucun aviculteur n’a encore bénéficié de cette subvention », a précisé la présidente de la Fifam. Qui a indiqué qu’il y a également la promesse de la renouveler en 2016.

Aussi, l’aviculture est un secteur qui n’attire pas les banques. La Fifam évoque aussi des difficultés d’accès au crédit bancaire. Une situation qui impacte négativement le secteur avicole. Des difficultés qu’il faut solutionner au plus vite, si les pouvoirs publics veulent accroitre la tendance actuelle de l’aviculture dans l’économie nationale.

Idrissa Maïga

 

PARTAGER

1 commentaire

  1. Je pense que la subvention de l’Etat doit se traduire par l’exoneration totale ou partielle des droits et taxes perçu au cordon dounier sur vos importations.Donc n’entendez pas à de l’argent frais que l’Etat va vous verser en guise de subvention Mme Sanogo.

Comments are closed.