Les nationaux dans l’actionnariat bancaire : Après l’Etat, des opérateurs économiques se bousculent

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Les nationaux dans l'actionnariat bancaire : Après l’Etat, des opérateurs économiques se bousculent

Il y a nécessité d’un sursaut pour les nationaux en ce qui concerne leur entrée significative dans le capital des banques et établissements financiers car la situation actuelle révèle  une timide participation, même s’il y en a qui se font remarquer dans cette grisaille. Ils sont parfois accompagnés par des entreprises privées nationales. Mais, jusqu’à présent, le meilleur actionnaire dans les banques et établissements financiers reste de loin l’Etat et ses démembrements.

La seule banque du pays où on ne trouve ni la présence de l’Etat ni celle des entreprises nationales encore moins des opérateurs économiques à titre privé dans le capital, c’est Orabank-Mali. La spécificité du statut de cette banque est à la base de cette spécificité. En effet, cette banque est une succursale qui a reçu, à sa création, une dotation de 9 milliards de Fcfa de la société-mère basée à Lomé (Togo) et qui a un capital  de près de 37 milliards et demi de Fcfa.

A la constitution de cette banque, aujourd’hui présente dans tous les pays de l’Uemoa et aussi dans certains Etats de l’Afrique centrale, on note comme actionnaires : Oragroup-sa (actionnaire majoritaire) suivi de la Banque ouest africaine de développement (Boad). Les Etats membres de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa) ferment la liste avec seulement 2% du capital.

Même cas de figure à la Banque sahélo-saharienne pour l’investissement et le commerce  (Bsic) où en dehors de l’actionnaire principal, Bsic-Tripoli qui a 99,99% du capital, deux personnes physiques étrangères participent au capital avec une part,  pour chacun, de 0,0002%. Le capital de la Bsic-Mali, rappelons-le, est de 7 milliards 255,02 millions  de Fcfa

A la Banque pour le commerce et l’industrie du Mali (Bci-Mali), on a failli revivre la même situation qu’à Orabank et à la Bsic s’il n’y avait pas une personne physique nationale, avec une très faible participation au capital de 0,0008%, soit 0,07 millions de francs Cfa. Aucune personne morale nationale ne participe dans le capital qui s’élève à 8 milliards 750,1 millions de Fcfa.

La Bci Mauritanie-sa est l’actionnaire principal avec 62,98% du capital et quatre personnes physiques étrangères détiennent 37,02%.

Le schéma de la Bsic qu’on vient de citer se retrouve aussi à Coris Bank, à la différence que, cette fois-ci, il n’y a aucune personne physique, mais une personne morale, disons une grande société de la place,  plus précisément Cira-sa qui détient 10% du capital de la Banque qui s’élève à 11 milliards de Fcfa.

Il n’y a pas aussi de personne physique étrangère, mais des personnes morales non maliennes : Coris Bank International – BF  avec  3 milliards 850 millions (35%) ; Coris Holding 3 milliards 300 millions (30%) ; Coris Bank International – CI 1 milliard 100 millions (10%) ; Coris Bourse-sa 1 milliard 100 millions (10%) et Coris Assurance 500 millions (5%).

A la Banque commerciale du Sahel (Bcs) qui a un capital de 14 milliards 300 millions de Fcfa, l’Etat du Mali et des personnes physiques maliennes n’en contrôlent que 3,36% soit 480,20 millions de francs Cfa pour chaque partie, avec respectivement pour chacun : 474 millions 800 milles (3,32%) et 5 millions 400 mille de nos francs (0,04%). Ils accompagnent l’actionnaire principal, la Libyan Arab Foreign Bank (Etat Libyen) qui contrôle 96,64% du capital soit 13 milliards 819,80 millions  francs Cfa.

A la Banque nationale de développement agricole (Bnda), créée sous forme d’une société anonyme d’économie mixte au capital de 20 milliards 528,19 millions de Fcfa, il n’y a certes pas de personne physique de nationalité malienne, mais l’Etat du Mali y détient 36,48 % du capital. Les autres actionnaires, des non-Maliens, sont : l’Agence française de développement (Afd) avec 22,67 % soit 4 milliards 653,21 millions de francs Cfa ; DEG (Allemagne) 21,43% soit 3 milliards 699,91 millions Fcfa ; Bpce-IOM avec 9,72% (1 milliard 995,04 millions Fcfa) ; Crédit Coopératif qui détient 9,70% du capital soit 1 milliard 992,20 millions de nos francs.

A Ecobank-Mali, il y a 32 actionnaires pour un capital de 8 milliards 932,200 millions de Fcfa. Mais malgré cette longue liste dont la majorité se trouve être de petits porteurs, l’actionnaire principal, Ecobank Transnational Incorporated (ETI) contrôle à lui seul 92,76% soit 8 milliards 285,10 millions Fcfa. Les personnes physiques nationales, au nombre de 22, contribuent au capital à hauteur de 5,28%, soit 472 millions de Fcfa. Du côté des personnes morales maliennes, il s’agit de deux (2) sociétés privées dont la prise de part dans le capital fait 115,90 millions de nos francs (1,30%). Les personnes physiques étrangères sont au nombre de sept (7) et contrôlent seulement 0,65% du capital soit 58,50 millions de francs Cfa.

Les Maliens actionnaires dans cette banque sont, par ordre d’importance des parts : Dionké Yarnankoré (Babou Yara) avec 2,03% ; Mossadeck Bally 1,17% ; Modibo Keïta 0,92% ;  Seydou Djim Sylla 0,42% ; Ousmane Keïta 0,27% ; Amadou Sow 0,12% ; Mme Maïmouna Traoré 0,08% ; Mme Nassika N’Fally Camara 0,08% ; Mme Touré Coumba Sidibé 0,04 ; Sory Ibrahima Doumbia 0,04% ; Niamé Traoré 0,02% ; Mme Binta Touré Ndoye 0,02% ; Mme Coulibaly Astou Fané 0,02% ; Héritiers de feu Wally Diop 0,01% ; Mme  Tounkara Oumou Touré 0,01% ; Salaha Baby 0,01% ; Mohamed Attaher Maïga 0,009% ; Alassane Touré 0,009% ; Mme Simpara Fanta Kagnassy 0,004% ; Ibrahima Simpara 0,002% ; Amadou Bayidi Tall 0,001% ; Ibrahima Makanguilé 0,001% ;

A la Bank of Africa (BOA) dont le capital est de 8 milliards 300 millions de Fcfa, les personnes physiques nationales contrôlent 18,16% du capital soit 1 milliard 507 millions de nos francs. Les personnes morales maliennes qui ont contribué pour 25 millions Fcfa dans le capital (0,30%) sont constituées de trois entités du secteur privé national auxquelles s’ajoute la Fondation BOA qui détient 0,06% du capital. Trois (3) personnes morales étrangères contrôlent à elles seules 81,31% du capital soit 6 milliards 749 millions de francs Cfa. Il s’agit de BOA west Africa, l’actionnaire majoritaire avec  76,18% qui fait 6 milliards 323 millions Fcfa ; suivi par Attica et Unifida qui ont chacun 2,56% soit 213 millions Fcfa.

La Banque de développement du Mali (Bdm-sa) avec son capital de près de 10, 5 milliards de Fcfa, est tombée sous le contrôle du groupe marocain de la Bmce qui détient 32,38% du capital, soit 3 milliards 238,14 millions de nos francs. Comme second actionnaire à titre de personnes morales étrangères, la Banque ouest africaine de développement (Boad) l’accompagne avec 15,96% soit 1 milliard 596,06 millions Fcfa. Les parts de la Bmce et la Boad, réunies, atteignent 4 milliards 834,20 millions de francs Cfa (59,30%).

Les personnes morales nationales au nombre de deux, l’Etat malien et la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (Ccim) contrôlent  ensemble 32,45% (4 milliards 91,30 millions) avec respectivement pour chacun : 2 milliards 304,11 millions (23,04%) et 1 milliard 787,07 millions (17,87%).

A la Bdm-sa, il n’y a pas de personnes physiques étrangères dans le capital et les  personnes physiques nationales, des privés maliens, détiennent 10,75% du capital soit 1 milliard 75,03 millions de nos francs.

La Banque internationale pour le commerce et l’industrie du Mali (Bicim-sa) dont le capital s’élève à  5 milliards 30 milles Fcfa est contrôlée par le consortium Bnp-Paribas Bddi-Participations-sa qui détient 84,99% du capital, soit 4 milliards 249,60 millions de Fcfa. Cinq opérateurs économiques participent au capital pour 11%, soit 550 millions Fcfa. Ils ont pour noms : Alou Tomota, Alou Badra Coulibaly (feu Ben), Madiou Simpara, Dionké Yaranangore (Babou Yara) et Abdoul Wahab Moulekafo. Ils sont accompagnés par la Société N’Diaye et Frères qui a 2% soit 100 millions de Fcfa. Les personnes physiques étrangères, au nombre de quatre (4) ont contribué, quant à elles, à hauteur de 100,40 millions (2,01%).

Au niveau de la Banque internationale pour le Mali (Bim-sa) au capital d’un peu plus de 10 milliards de Fcfa, l’actionnaire majoritaire, le groupe marocain Attijari Wafa Bank en détient 51% avec 5 milliards 102,80 millions de nos francs. Il n’y a pas de personne physique étrangère. En dehors de l’Etat malien accompagné de quelques personnes morales nationales qui ont ensemble 30,10% du capital (3 milliards 10,88 millions) des privés de notre pays, en tant que personnes physiques, ont 18,90% du capital équivalant à 1 milliard 892,04 millions Fcfa.

La Banque de l’habitat du Mali (Bhm) actuellement absorbée par la Banque malienne de solidarité (Bms-sa), avait un capital de 11 milliards de Fcfa avec comme actionnaire principal l’Etat du Mali (78,99%). Un groupe de personnes morales contrôlait 19,57% du capital (2 milliard153,19 millions Fcfa). Il s’agit de l’Inps avec 1 milliard132,21 millions Fcfa (10,29%) ; l’Omh 798,81 millions (7,26%) ; l’ACI 100,73 millions Fcfa (0,92%) ; la Ccim 56,95 millions (0,52%) ; l’Office du Niger 25,17 millions (0,23%) ; la Bim-sa 15,73 millions (0,14%) ; les Assurances Lafia 12,58 millions (0,11%) et la Sonavie 11,01 (0,10%). Les personnes nationales privées y détenaient 1,44% soit 158,07 millions de francs Cfa.

Il faut remarquer que la Bim-sa, considérée en son temps parmi les actionnaires nationaux, est contrôlée actuellement par le groupe Attijari Wafa Bank du Maroc comme actionnaire majoritaire avec 51% du capital.

Quant à la Bms-sa, avant la fusion elle avait un capital de 28 milliards 507,270 millions de Fcfa. Les personnes morales nationales détenaient  94,54% du capital, notamment avec une contribution de 26 milliards 950 millions de nos francs. Dans ce lot dominait l’Etat et ses démembrements pour 18 milliards 895 millions, soit 65,51%. C’était aussi la banque des systèmes financiers décentralisés car 9 d’entre elles y détenaient ensemble 16,96% du capital, ce qui équivalait à 4 milliards 836 millions Fcfa. Les banques et assurances y marquaient leur présence avec 3 milliards 219 millions soit 11,29%, les personnes physiques maliennes n’ayant que 2,53%, ce qui faisait 722 millions Fcfa.

A la Banque Atlantique Mali, au capital de 5 milliards de Fcfa, 15 opérateurs économiques du pays contrôlent 36,68% de ce capital (1 milliard 834 millions Fcfa). Il s’agit de Modibo Keïta, Aliou Tomota, Seydou Nantoumé,   Amadou Bathily, Boubacar Golfa, Cheickna Golfa, Madiou Simpara,   Boubacar Sacko, Oumar A. Niangadou, Jeamille S. Bittar,   Abdoul Wahab Moulekafou, Charles Amadou, Baboye Thiam, Mahamadou Lah et Mohamed  Sampana. Deux personnes morales nationales y détiennent 8,32% du capital (416 millions de Fcfa). Il s’agit de la Société Djigué Issa et Sadio (Sodies) et la Société Sodibaf-sa qui ont respectivement 266 millions de francs Cfa (5,32%) et 150 millions (3%).

Des personnes morales étrangères détiennent la majorité des capitaux, notamment 2 milliards 747 millions de nos francs, soit (54,94%). Parmi eux Atlantic Business International (ABI) qui se taille la part du lion avec 2 milliards 744 millions (54,88%). Il est accompagné par Banque Atlantique de Côte d’Ivoire et Compagnie Euro Africaine d’Assurances qui ont, chacun, une part égale de 2 millions de nos francs, soit 0,04%. On trouve une seule personne physique étrangère avec 3 millions Fcfa (0,06%).

Comme on le constate, mis à part l’Etat et ses démembrements, la participation des personnes physiques et morales dans le capital des banques reste encore faible. Au niveau des opérateurs économiques pris en tant que personnes physiques, leur participation est quasi marginale car au niveau de l’Ecobank où il y a le gros lot, avec 22 personnes, la participation dans le capital ne dépasse guère 5,28%. Ce qui fait 472 millions de Fcfa sur un capital de 8 milliards 932 millions 200 milles Fcfa.

A la Banque Atlantique Mali où ils sont 15, ils n’ont contribué au capital que pour 416 millions de Fcfa, soit 8,32% du capital qui s’élève à 5 milliards de Fcfa.

Il y a donc nécessité d’un sursaut pour les nationaux afin de s’intéresser davantage à l’actionnariat en général et bancaire en particulier. Il y a, dans les milieux d’affaires du pays, des femmes et des hommes qui se battent et parviennent à tirer leur épingle du jeu dans leurs domaines d’activités économiques. Mais autant la conversion de mentalités et de comportements tant souhaitée pousse à aller de plus en plus vers l’industrialisation, notamment les unités de transformation de nos produits pour sortir du joug de l’importation sauvage qui  sclérose l’économie, autant il faudrait que les opérateurs économiques s’intéressent beaucoup plus à l’actionnariat bancaire. Pourquoi ne pas d’ailleurs commencer à mettre en place des banques issues du secteur privé pour soutenir le développement des activités des opérateurs économiques ? Il suffit den avoir la volonté. Aide-toi et le ciel t’aidera, dit-on souvent. Comme pour signifier qu’il est temps, pour le secteur privé national, notamment nos opérateurs économiques, de mieux s’organiser pour prendre en charge cette question. Ce serait un grand pas vers la résolution de la question du financement de leurs activités, pour lequel, ils ne cessent de se lamenter.

Enquête réalisée par la Rédaction

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4 COMMENTAIRES

  1. ON RISQUE DE RETROUVER LE BUDGET MÊME D UN MINISTÈRE DANS CE ACTIONNARIAT PAR LA MAFIA MALIENNE!!!!!!!!!!!

  2. une maniérè officielle de blanchir les font de l’état détournés entre mafia politico-affairistes, qui pillent les caisses du pays en passant par les rétros commissions achat de toute sorte, acquisition de marché etc….

  3. Bon travail d enquete journalistique. Le secret bancaire s applique aux detenteurs de compte dans un cadre legal particulier comme celui suisse, qui d ailleurs n est plus de vigueur pour les ressortissants de certains pays, le secret bancaire est d ailleurs en passe de devenir une anomalie dans le contexte moderne et c est plutot les societes anonymes qui representent les principaux vehicules pour ceux qui recherchent le secret. Et en passant le secret bancaire n existe pas au Mali. De toute facon on parle ici d actionariat et non de la clientele. Et effectivement je vois a travers cet article l immobilisme du capital national comme le denonce les auteurs. La finance est aussi un secteur de developpement essentiel pour un pays, et la speculation immobiliere est un des travers du manque de debouche pour les capitaux maliens, il faut creer le cadre necessaire pour encourager l investissement dans des secteurs commes les banques et les industries.

  4. C est halucinant ce que je viens de lire . Au dela de la violation du secret bancaire je constate que meme les morts ne sont pas epargnes . Ou va t on ? Que voulons nous pour ce pays . Violation desordre insubordination indiscipline egoisme j en passe tels sont les maux du Mali

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