MAUVAISE GESTION A L’OFFICE DU NIGERLes Coupables en fuite !

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Le ténébreux dossier de l’Office du Niger, qui a atterri sur le bureau du vérificateur général et qui est aujourd’hui en instruction judiciaire au niveau du pole économique, est en passe d’être enterré à Bamako. Qui a intérêt à mettre le bâton dans la roue du vérificateur général dont la récente mission à l’Office du Niger avait abouti à la découverte d’un important gouffre financier de 600 millions de francs CFA dont les principaux auteurs sont en fuite ?

 Dans l’après-midi du mercredi dernier, plus exactement aux environs de 13 heures, selon les sources proches du dossier, les deux principaux responsables de la zone de l’Office du Niger, interpellés et arrêtés quelques jours plus tôt, ont été relaxés par le juge en charge du dossier. L’annonce de cette libération, pour le moins inattendue, a fait l’effet d’une détonation dans les milieux de défense des producteurs agricoles aussi bien à Bamako qu’à la zone irriguée de Niono. Même si la nouvelle en tant que telle, à cause de grosses implications de ce dossier judiciaire, n’a pas surpris, il faut reconnaître que la manière dont les choses se sont accélérées a laissé pantois tout ceux qui s’intéressent à cette procédure judiciaire.

En réalité, les deux directeurs de la zone de Niono, les nommés Mamadou KEITA et Halla TOURE, emprisonnés depuis quelques jours, ont été remis en liberté alors que les financiers, c’est-à-dire les cassiers et comptables impliqués dans le dossier, ont été maintenus en détention. En d’autres termes, on pourrait dire que ce sont les menus fretins qui répondent aujourd’hui à la place des gros poissons dans l’affaire de détournement des fonds à l’Office du Niger dont le mystère avait été éventré par le bureau du vérificateur général (BVG), lequel avait dépêché sur place une mission d’enquête et de contrôle.

Connivences judiciaires

Pourtant, au cœur de ce dossier, le Végal, en vue de faire éclater la lumière sur la responsabilité des uns et des autres dans ce dossier, avait pris le soin d’indiquer au juge, territorialement compétent de la zone, de procéder à une perquisition en bonne et due forme dans les bureaux des principaux responsables de l’Office du Niger impliqués dans le dossier. En fait, le chef de la mission de contrôle tenait à cette disposition d’autant qu’il estimait, selon des sources proches du dossier, que c’était le meilleur moyen d’aider à la manifestation de la vérité judiciaire sur un dossier dont les implications financières et politiques dépassaient de loin l’entendement. Le Végal, on ne sait comment, n’a pas été entendu par le juge de la localité qui s’est d’ailleurs refusé, selon des sources concordantes, à ordonner quelque mandat de perquisition que ce soit dans les bureaux de fonction des principaux responsables concernés.

Cette attitude du juge sera diversement commentée par les populations de la ville de Niono dont une majorité écrasante d’entre elles estime aujourd’hui qu’il existe, au cœur de ce dossier, de grosses connivences judiciaires qui nuisent à toute manifestation de la vérité. C’est d’ailleurs, apprend-on, la raison pour laquelle le Végal, Sidi Sosso DIARA, jouit dans cette localité du pays, d’une réelle popularité. Cet homme de mérite, qui a été à la base de la découverte de ce scandale financier, fait déjà l’objet d’une grande sympathie dans la zone au point que les populations concernées, dans un élan de solidarité, n’ont pas hésité d’exprimer leur respect vis-à-vis de l’homme en installant des comités de soutien dont l’objectif, non dissimulé, est de propager le courage d’un homme qui se consacre à l’assainissement des ressources de l’Etat.

Menus fretins 

Existe-t-il au cœur de ce dossier judiciaire une volonté de torpiller l’action du Végal dans cette affaire ? Ce qui est sûr, c’est le refus du juge de Niono de ne pas délivrer, à la demande de la mission de contrôle, un mandat de perquisition à l’encontre des principaux responsables concernés n’a pas été du goût du citoyen lambda qui y a vu une malice pour faire échapper les gros poissons entre les mailles de la justice. En fait, selon toujours les mêmes sources, ces derniers, en ce qui concerne les deux directeurs de zone, ont eu leur dossier judiciaire «sauf » dans ce scandale financier après avoir enfoncé en bloc le caissier (en fuite). Ce dernier, d’autant plus qu’il a pris la tangente, a été accusé de tous les maux. Les autres, qui n’ont pas été perquisitionnés, sont apparus blancs comme neige à cette phase d’instruction judiciaire au point d’inciter le juge instructeur à ordonner leur mise en liberté. Les financiers, qui sont toujours maintenus dans les liens de l’accusation, attendent certainement leur tour pour être libérés.

Pourtant, depuis belle lurette, la radio Kayira, qui subit aujourd’hui les foudres de l’administration locale, a sonné l’alerte sur le scandale de gestion qui sévit dans la zone de l’Office du Niger. Dans certains milieux, on affirme que les récentes hostilités dont souffre cette station sont liées à sa volonté de démasquer les fossoyeurs des paysans, lesquels sont expulsés de leur terre sans raison sous le prétexte d’une redevance en eau, elle-même mal gérée. Car attribuée à la tête du client (fonctionnaire de la haute administration publique, porteur d’uniforme, baron politique, etc.) sous la forme d’un outil de chantage. En effet, Kayira soutenait que lesdites redevances étaient bel et bien payées par les paysans, mais qu’elles étaient détournées par une mafia locale qui ne disait pas son nom. C’est la raison pour laquelle, rapporte-t-on, l’administration locale a refusé une fréquence à cette radio alors qu’elle allouait dans le même temps deux autres fréquences dont les promoteurs sont jugés «plus proches » des faiseurs de rois de la zone. La tension avait été vive dans la zone lorsque six animateurs de la radio Kayira seront interpellés et emprisonnés. Ce sont, entre autres : Amadou Nanco MARIKO,  Sidi TRAORE, Mohamed DIAKITE, Boubacar DIARRA, Mamadou GUINDO. Les trois premiers exercent à la radio Kayira de Koutiala et étaient venus prêter main forte à l’équipe de Niono, en fréquence d’essai, alors que les deux derniers sont adhérents du club des auditeurs. Les techniciens et animateurs recrutés à Niono ont été également interpellés par la police où ils ont été longuement interrogés en des termes plus explicites du genre : qui finance la radio ? Pour qui va-t-elle fonctionner ? De quel bord politique êtes-vous ? Selon des sources crédibles, la manœuvre est claire : la radio Kayira ne sera autorisée à émettre qu’après la réélection du président ATT en 2007. 

Autant dire que la volonté d’étouffer existe bel et bien autour de ce dossier.

Par Sékouba SAMAKE

 

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