Projet de biodiversité du Gourma : Les collectivités prennent la main

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Le transfert de la maitrise d’ouvrage est inédit et sa réussite tient à l’installation d’un système d’inter-collectivité compatible avec la gestion de la biodiversité et le développement local.

L’événement était exceptionnel. Le directeur national des eaux et forêts, Alassane Boncana Maïga, et le président de l’Association intercommunale de gestion Assyhar (AIG/Assyhar), Mohamed Youssouf Ag Hallas, ont paraphé le 27 septembre, dans la salle du conseil de cercle de Douentza, un document établissant le transfert de la maîtrise d’ouvrage de trois activités de terrain du Projet de conservation et de valorisation de la biodiversité du Gourma et des éléphants (PCVBG-E). La cérémonie s’est déroulée en présence du chef de cabinet du ministre de l’Environnement et de l’Assainissement, Bréhima Sangaré, du gouverneur de la région de Mopti, Seydou Toumani Camara, du représentant de la Banque mondiale et des partenaires techniques et financiers, Emmanuel Nikema, de la représentante du Programme des nations unies pour le développement (PNUD), Mme Keïta Aïda N’Bow, et du représentant de l’Ong Wildlife, Nomba Ganamé. A cette occasion le représentant des partenaires techniques et financiers (PTF), a jugé que l’événement marquait une grande étape dans la vie du projet.

Après la mise en vigueur du projet, suivie de son lancement technique en novembre 2005 à Mopti, le transfert de la maîtrise d’ouvrage déléguée concrétise la volonté politique du gouvernement malien de bâtir un partenariat effectif, Etat-collectivités territoriales et bénéficiaires directs, dans la dynamique de la gestion des ressources naturelles et de leur valorisation. Ce transfert administre aussi, du point de vue de Emmanuel Nikema, la preuve palpable de cette vision conjointe du gouvernement et de ses partenaires qu’une gestion efficace des ressources naturelles peut être un véritable socle de développement et que sa gestion efficiente est celle qui prend en compte les intérêts de toutes les parties prenantes. Pour la Banque mondiale, principal bailleur du projet, le moment est particulièrement approprié pour la réalisation de ce transfert, au regard des acquis dans l’exécution du projet, a jugé son représentant.

Au nombre de ceux-ci, on peut citer la création de quatre aires de conservation, leur matérialisation, l’élaboration de projets de plans d’aménagement et de gestion, le tout dans une dynamique participative et inclusive. S’y ajoute l’accompagnement de divers porteurs d’initiatives locales de biodiversité (une cinquantaine environ) dont certains font l’objet de réplication sur le terrain par des individus ou groupements convaincus des résultats observés. On note, enfin, l’animation et la sensibilisation qui ont permis aux 22 communes rurales directement concernées par le projet d’intégrer la dimension conservation de la biodiversité dans leur Plan de développement économique, social et culturel (PDESC). Pour le représentant des PTF, ce moment solennel prête aussi à plusieurs interrogations : Assyhar pourra-t-il relever le défi ? Aura-t-il le soutien et l’accompagnement appropriés ? Pourront-ils offrir au Mali un modèle réussi de gestion des ressources naturelles par les collectivités territoriales ? Emmanuel Nikema en a appelé à l’engagement des acteurs pour la conservation et la valorisation de la diversité biologique et culturelle du Gourma.

TRANSFERT DE COMPETENCES. A la Banque mondiale, au-delà du projet actuel dont la clôture est prévue pour le 31 décembre 2012, les portes sont ouvertes aux acteurs pour le partage et l’exploitation de connaissances et du savoir dont l’institution dispose à l’échelle mondiale. Première dans l’histoire de la décentralisation dans notre pays, cet acte est un symbole et une lourde tâche confiés aux élus du Gourma, a indiqué le président de AIG/Assyhar. Il s’agit, en effet, d’une innovation en matière de transfert des compétences dans le domaine de la gestion des ressources naturelles, un domaine encore dans le giron de l’Etat. « Notre réussite dans la gestion de cette innovation permettra sans nul doute à l’Etat, de prendre d’autres futures décisions en direction d’autres collectivités similaires dans l’avenir », a-t-il indiqué. Le chef de cabinet du ministère de l’Environnement a, lui, évoqué le couronnement d’un long processus novateur, tant sur le plan institutionnel que juridique. Il s’agit désormais pour les collectivités territoriales d’assumer leurs responsabilités en ce qui concerne la gestion durable des ressources naturelles au profit des populations. Inscrite en droite ligne de la décentralisation, cette initiative ambitionne dans sa conception, la création et la gestion d’aires de conservation dans le Gourma, le financement des initiatives locales de conservation ou de valorisation de la biodiversité, le renforcement des capacités communales et intercommunales pour la gestion des ressources biologiques du Gourma et le renforcement des capacités des structures nationales. La concrétisation de ces ambitions s’illustre aujourd’hui par la création dans le Gourma, et principalement sur le parcours des éléphants, de quatre aires de conservation avec l’implication effective des collectivités et communautés locales. Il s’agit des aires de conservation du Haïré, Seno-Mango, Banzéma et de la mare de Gossi avec subséquemment, la mise en place et l’opérationnalisation des organisations communautaires de gestion de ces aires. Au total, 46 projets d’initiative locale de biodiversité initiés par des particuliers, des groupements et des collectivités territoriales sont financés par le projet. Quatre autres ont pu être préparés et financés grâce à l’intervention du PNUD à travers son projet de micro financement.

La réalisation de ces initiatives constitue le facteur déclencheur de l’appropriation du projet par les populations bénéficiaires, note Bréhima Sangaré. Le syndicat d’inter-collectivité du Gourma constitué de 22 communes et de 4 conseils de cercle a été installé et suffisamment préparé pour assurer le pilotage des composantes de valorisation et de conservation des ressources biologiques dans le Gourma, a-t-il constaté. « Le chemin a été long et semé d’embûches en raison du caractère novateur et ambitieux du projet, mais aussi plein d’enseignement », a commenté Bréhima Sangaré. Assurément, le transfert de la maîtrise d’ouvrage du projet conservation et valorisation de la biodiversité du Gourma et des éléphants servira de sources d’inspiration pour le processus de transfert global des ressources naturelles aux collectivités sur l’ensemble du territoire national. Au moment où les collectivités s’apprêtaient à prendre en main le destin du projet aux côtés de l’Etat, il a invité les communes et les conseils de cercle à prendre conscience de leur rôle et à bâtir un système d’inter-collectivité compatible avec la gestion de la biodiversité et le développement local. La nouvelle mission ainsi assignée aux collectivités du Gourma dans le cadre de la gestion des ressources biologiques est certes ambitieuse mais, elle reste tout de même légitime dans un milieu fortement éprouvé par la désertification et les changements climatiques. Dans un tel contexte, les collectivités à elles seules ne sauraient relever les défis liés à la conciliation de la conservation avec le développement dans le Gourma sans un accompagnement soutenu de l’Etat, des PTF et de tous les autres acteurs évoluant dans l’espace du Gourma. C’est à cela que l’ensemble des administrations de l’Etat, les Ong et d’autres PTF sont interpellés pour assurer à ASSYHAR, un accompagnement propre à garantir la pérennisation des acquis du projet.

 

mardi 4 octobre 2011

 

 

 

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