DES MIROIRS EN CIRCULATION: Pour se regarder ou quoi ?

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La mairie du district a bénéficié d’un particulier des miroirs réfléchissants implantés sur l’avenue du 5-Septembre. L’objectif est de diminuer les risques d’accident. Pour l’heure, les avis divergent quant à leur vraie utilité. Des partenaires de la mairie disent en tout cas qu’ils n’ont pas été associés.
 
Le tronçon allant du Monument de la paix près de la Cité administrative à celui de l’indépendance à côté de la Primature est réputé pour ses nombreux accidents. Pour y remédier, le maire du district de Bamako a trouvé la solution : en installant des miroirs qui jouent normalement le rôle de rétroviseur. Au total huit miroirs de forme ronde ont été implantés le long de l’avenue du 5-Septembre avec l’aide d’un particulier travaillant dans le domaine des matériaux de construction.
Ces nouvelles installations suscitent des interrogations chez les usagers de la route et le citoyen lambda. Il s’agit d’abord de savoir si le code de la route les autorise et si dans la pratique elles jouent le rôle qui leur est dévolu.
Du constat des usagers, ces miroirs dévient de leur objectif. Ils distraient les usagers qui sont plutôt en face d’un cinquième rétroviseur, qui reflètent les usagers venant dernière. « Dans la pratique, les miroirs rétroviseurs existent dans tous les grands pays. Mais je ne peux pas me prononcer sur leur légalité conformément au code de la route », affirme Abdramane Dama, promoteur de l’auto-école « le Kanaga ». Il soutient pour sa part que ces miroirs ne distraient pas du tout.
Sur la question, l’inspecteur en chef des permis de conduire à la direction régionale de l’Office national des transports (ONT), Mamadou Sow, est formel : « le décret 99-134 fixant les conditions de l’usage des voies ouvertes à la circulation des véhicules ne prévoit pas l’installation des miroirs comme faisant partie des éléments de circulation routière ou panneau de signalisation ». Mais selon lui, le même décret indique qu’en fonction des situations particulières, les autorités municipales, investies du pouvoir de police, peuvent être amenées à améliorer la circulation routière.
 
Les partenaires non associés
« Les miroirs bien implantés permettent aux usagers de la voie principale d’identifier ceux de la route secondaire », indique M. Sow. Ce dernier soutient que son service n’a pas été associé à leur fixation qu’il n’a d’ailleurs pas vue pour le moment pour porter un jugement technique.
Hier, au moment où nous mettions sous presse, il avait promis de passer les constater. Les miroirs sont quand même d’une utilité certaine, juge-t-il, avant d’ajouter qu’ils sont dans des agglomérations en Europe et aux USA.
Le directeur régional de l’ONT, Mamadou Koné, tient le même langage que son inspecteur en chef pour le fait qu’ils ont été mis devant le fait accompli. « Je n’en suis pas informé. Je l’ai appris à la télé en même temps que tout le monde », apprécie-t-il. Pour lui, le district a bel et bien le pouvoir d’intervenir dans la régulation de la circulation à travers son service technique, le BRTCU.
« La direction régionale de l’ONT a aussi le pouvoir de sanction à travers le gouvernorat. La mairie ne doit pas poser ce genre d’acte sans nous consulter », martèle M. Koné. Il se plaint d’ailleurs des nombreux panneaux de signalisation insensés qui pullulent des artères et boulevards du district provoquant des accidents. Il promet lui aussi de passer voir et d’apporter des correctifs si c’est nécessaire.
Donnant son avis d’expert, M. Koné fait savoir que son service a instruit un moment donné au district de rabattre le bout des grillages de clôture des parterres de fleurs puisqu’ils limitent la visibilité des usagers. Il veut savoir si l’implantation des miroirs consiste à corriger cette lacune. Mais faut-il qu’ils soient correctement mis à leur place, ajoute-t-il.
Le même constat de manque d’information prévaut à la Compagnie de circulation routière (CCR). Le commandant de la CCR, le commissaire Kouréissi nous a fait comprendre qu’il n’est pas non plus au courant. Un de ses agents a répondu qu’il a juste consigné la cérémonie d’inauguration dans le PV le 25 août lorsqu’il était de permanence.
En attendant d’avoir l’avis des experts sur l’utilité réelle des miroirs, la palabre continue.

Abdrahamane Dicko

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