Limogeage de la PDG des ADM : Le comité syndical dit remercie l’Etat malien

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Les travailleurs des Aéroports du Mali (ADM) ont salué mercredi dernier l’annonce du limogeage de leur présidente directrice générale, Mme Thiam Aya Diallo. Le secrétaire général du comité syndical estime que cette relève constitue un début de solution au processus de privatisation en cours.

 

Le lundi 5 décembre 2011 au petit matin, des travailleurs de l’Aéroport international Bamako-Sénou avaient décidé de prendre la directrice en otage. Les manifestants en colère dénonçaient la « gestion peu orthodoxe » des ressources de la société, le plan de privatisation et la « violation des libertés syndicales » parla PDG, Mme Thiam Aya Diallo. Ils exigeaient ainsi le départ pur et simple de celle-ci.

Moins de trois mois après cette action spectaculaire (peu fréquente dans les entreprises maliennes), le chef de l’Etat a décidé de débarquer la patronne des Aéroports du Mali et de la remplacer par son adjoint le colonel Abdoulaye Coulibaly, ancien patron de la direction de l’information et des relations publiques de l’armée (Dirpa).

La décision qui a été annoncée seulement dans les communications orales du conseil des ministres, a vite le tour de la ville et les travailleurs des Aéroports du Mali ont spontanément organisé dans la cour de l’Agence nationale de l’aviation civile (Anac) à l’ACI-2000, une grande manifestation de joie. Pour le secrétaire du comité syndical, Mamoutou Camara, « il s’agit d’une victoire que nous devons célébrer. Car l’Etat a décidé de prendre ses responsabilités face à notre revendication, celle de relever la directrice ». Il précisera que « le combat n’est dirigé contre une personne, mais contre un système ».

 

Délivrance

Ce limogeage change beaucoup dans le processus de privatisation auquel les travailleurs s’étaient opposés jusqu’ici. « C’est maintenant que la privatisation va commencer. Et nous osons espérer que cette décision de l’Etat malien va constituer un début de solution au projet de privatisation, car Mme le PDG nous cachait certaines informations essentielles. La lutte va continuer, mais nous avons une première victoire », s’est félicité M. Camara.

« C’est ici le Benghazi des Aéroport du Mali. C’est ici qu’est parti le combat pour le départ de Mme Thiam, et nous avons gagné », s’est exclamée une militante du Collectif des femmes des Aéroports du Mali.

La manifestation de joie célébrant le départ Mme Thiam Aya Diallo a continué dans la journée de jeudi avec des mouvements d’humeur à l’Aéroport Bamako-Sénou bouclée  par un festin avec l’abatage de plusieurs moutons. Comme pour fêter une délivrance.

 

La privatisation qui fait peur

Le limogeage de Mme le PDG des ADM intervient dans un contexte de forte tension avec les travailleurs, depuis l’annonce faite par les autorités du pays de privatiser la société. Le mardi 29 novembre 2011, le Collectif des femmes des Aéroports avaient pris d’assautla Primaturepour dénoncer la mesure de mise en liquidation de l’entreprise.

Une pétition avait été initiée pour exiger la démission de Mme le PDG. Car, selon elles, l’espoir suscité par la réhabilitation de l’Aéroport international de Bamako-Sénou, dans le cadre de l’aide du gouvernement des Etats-Unis d’Amérique à travers le Millenium Challenge Account (MCA) n’aura été que de courte durée. Présentée comme « un moyen efficace de lutte contre la pauvreté » (comme l’a d’ailleurs soutenu le directeur général Daniel Johanes, qui a bouclé en novembre une visite sur les différents chantiers du MCA dans notre pays), la modernisation de Bamako-Sénou risque, selon les syndicalistes, de produire l’effet contraire. Le nouvel acquéreur ne serait autre qu’une société canadienne du nom de SNC Lavalin.

« Si le principe de toute liquidation veut que la société à privatiser soit en difficulté, tel n’est pas le cas de l’Aéroport international de Bamako-Sénou », se défend le Collectif des femmes pour qui, depuis une dizaine d’années, « cette plateforme se présente comme étant le meilleur site  aéroportuaire de notre pays » et Bamako-Sénou sert de soutien financier aux autres aéroports du Mali. Pourquoi donc privatiser une structure qui, jusqu’à présent, fait des bénéfices et qui s’est régulièrement acquittée de ses obligations fiscales ? s’interrogent les syndicalistes. Qui concluent : « Ceux-là mêmes qui s’agitent pour céder Bamako Sénou n’ont-ils pas intérêt à cette privatisation sauvage ? »

En attendant la finalisation du projet de privatisation, les travailleurs savourent encore leur « trophée » : la tête de Mme Thiam.

Issa Fakaba Sissoko

NB - L'auteur de cet article est seul responsable de son contenu.