L’UNTM : QUELLE VOIE ?

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En vérité, il est étonnant que les deux centrales syndicales du Mali ne s’entendent pas, au point qu’on n’a pas vu d’invités de la CSTM (Centrale Syndicale des Travailleurs du Mali) au 11e Congrès de l’UNTM (Union Nationale des Travailleurs du Mali) qui vient de se tenir du 1er au 4 août 2006. Après la chute du communisme, le syndicalisme, qu’il l’avoue ou pas, a perdu une partie de son âme, surtout au Mali où il a longtemps été d’obédience communiste. Il semble que la centrale historique n’ait pas pu se résoudre à accepter dans les faits le pluralisme syndical, suivant en cela l’exemple de l’AEEM. Ces deux organisations démocratiques qui ont été pourtant en première ligne lors de la lutte contre le régime de parti unique de la Deuxième République, continuent à être récalcitrantes à toute idée d’ouverture pluraliste. Il est certain que l’UNTM continuera à s’opposer aux privatisations ou à ne les accepter qu’à son corps défendant. Elle milite également pour le maintien d’une fonction publique forte, pour donner du travail aux jeunes, car telle est la ligne qu’elle a toujours défendue, affrontant les institutions financières internationales libérales que sont le Banque Mondiale et le Fonds monétaire international. Ce faisant, comme l’AEEM, elle ne recule pas devant les grands moyens.
On savait déjà sa fermeté envers toute tentative de scission, mais si l’on en croit “Le Messager” du 9 août, des irrégularités graves avaient été commises pour faire réélire le bureau du secrétaire général sortant. Dans ces conditions, la lutte contre le pouvoir peut continuer dans de meilleures conditions pour le groupe de Siaka. Le gouvernement démocratique d’ATT ne déroge nullement en disant ses quatre vérités à la centrale historique qui se croit encore à l’ère anté-démocratique. Certes, il la finance presqu’entièrement, mais l’absence du Chef de l’Etat et du Premier ministre aux cérémonies d’ouverture et de fermeture du 11e Congrès équivaut à un retrait de sa caution morale. L’UNTM en est consciente, qui, toujours au chapitre des grands moyens, a laissé planer un flou sur sa position quant à l’Accord d’Alger. Siaka Diakité aurait dit au général Kafougouna, avant le congrès, qu’il devait consulter sa base pour dégager la position officielle de celle-ci. Dans les résolutions du congrès, il est fait allusion à la nécessité de sauvegarder l’intégrité du territoire national, ce qui laisse percer quelque mécontentement, sans aller aussi loin que la CSTM qui a condamné purement et simplement ledit Accord. La deuxième centrale syndicale attend-elle des dividendes de cette prise de position tranchée, elle qui a été quelque peu négligée par le gouvernement au profit d’une UNTM qui ne veut pourtant pas la sentir? La CSTM, d’habitude plus modérée dans ses revendications, se frotte sûrement les mains après le 11e congrès de l’UNTM qui cherche sa voie.

I. KOITA

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