De Janvier à Décembre 2011 : Que retenir de l’enseignement supérieur au Mali ?

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Une année s’achève avec ses souvenirs indésirables ou salutaires, une autre commence avec ses promesses et attentes. Cette réalité est commune à toute société désireuse d’aller vers le progrès. Donc le Mali ne saurait s’opposer vainement à cette règle et son système universitaire est tenu de se soumettre. Ainsi, l’année 2011 s’éloigne avec plusieurs faits marquants qui ont alimenté les chroniques des discussions durant les douze derniers mois. Dans ce dernier numéro de l’année 2011, la rédaction du journal vous propose une rétrospective sur les grands évènements ayant marqué l’enseignement supérieur.

Janvier : La Faculté des Sciences Juridiques et Politiques (FSJP) commencent les cours un mois (décembre 2010) après la proclamation des résultats de l’année 2009-2010. Pendant ce temps, les autres structures poursuivaient les corrections et pendant que les étudiants attendaient toujours la proclamation des résultats. Dans la même lancée, les étudiants de la FAST continuèrent avec leur année marathon de 2008/2009.

Février : En l’espace de 72 heures la Faculté des Lettres, Langues, Arts et Sciences Humaines (FLASH), la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion (FSEG) ainsi que le Centre d’Enseignement Supérieur de Bamako (CESB) proclament leurs résultats. Cette proclamation de résultats a provoqué des torrents de larmes chez certains étudiants et une liesse de ‘’consécration chevaleresque’’ chez d’autres. Les étudiants de ces différentes structures se divisent en deux blocs. Celui des ‘’échoués’’ et l’autre des ‘’admis’’. Les premiers refusent de reconnaître le verdict des corrections alors que les seconds préparent déjà leur entrée en classe supérieure. Les cours ont démarré à la FLASH avec une grève illimitée des syndicats d’enseignants entravant l’effectivité normale du processus. Les mecontents de la FSEG et du CESB revendiquent un résultat plus démocratique (entendez, la volonté des étudiants…).

Mars : La direction du CESB est incendiée par des étudiants mécontents qui avaient du mal à digérer leur échec. Plusieurs dommages furent causés faisant fondre du coup plusieurs millions de nos francs comme du beurre de karité sous un soleil de midi. La déception fut grande et les coupables ont été poursuivis. Le scénario similaire eut lieu à la FSEG où les étudiants ont passé plus de trois mois à brûler des pneus devant leur faculté.

L’AEEM tente un coup de force avec le les autorités du Centre National des Œuvres Universitaires. Cette situation était due à tous les problèmes liés à la bancarisation des bourses.

Avril/Mai : Les cours se déroulent partiellement à certains niveaux alors que la grève des enseignants se poursuivait. Le professeur Daouda Sakho est remplacé par le Pr samba Diallo au poste de Directeur du CESB. La grève prit fin le 10 mai et le Pr Samba Diallo tente de faire renaître sa structure affaiblie par l’incendie. Les cours ont repris à tous les niveaux, mais les étudiants de la Faculté des Sciences et Techniques étaient toujours victimes de l’expérimentation du système Licence-Master-Doctorat (LMD). Deux années 2008-2009 et 2009-2010 furent inefficaces pour stabiliser la situation. Les étudiants boycottent les cours pour revendiquer leurs allocations de bourses et trousseaux. Un tohu-bohu s’installe entre les différents acteurs de ladite faculté. Le ministère tente en vain de calmer les ardeurs, mais les étudiants ne fléchissent point.

Plusieurs secrétaires généraux se rebellent contre Hamadoun Traoré, Secrétaire Général de l’AEEM, demandant ainsi son départ. Après plusieurs tentatives de négociations, la tension monte au sein de l’association. Le dialogue et l’unité laissent la place aux machettes et armes à feu. Le campus se transforme en champ de bataille et pire en une jungle où finira par régner la loi du plus fort…Toujours en Avril et Mai, se déroula une marche des étudiants contre l’arrêt des cours.

Juin/juillet : Des rumeurs faisant état de fermeture des facultés naissent. Les travaux dirigés ont pris fin à la FSJP qui préparait ses évaluations de fin d’année. Le Pr Salif Berthé, Doyen de la FLASH est nommé Recteur de l’UB en lieu et place du Pr Amadou Diallo.

Le 14 juillet lors du conseil des ministres, le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique présente une communication relative au rapport sur l’enseignement supérieur au Mali au Conseil des Ministres. Ainsi, il a été décidé de mettre les structures de l’UB en congé afin d’assainir le climat pollué par plusieurs facteurs. Le 31 juillet la décision est mise en application et les sites universitaires se désertent pour cause d’arrêt des activités  académiques. Mais bien avant, le département en charge a multiplié les rencontres avec l’AEEM, la société civile et les enseignants. Le 19 juillet un compromis relatif à la relecture du statut des enseignants  fut trouvé entre le MESRS et les syndicats. Entre temps, le Colonel Major Mamadou Idrissa Coulibaly remplace Abdoul Haïdara à la Direction du Centre National des Œuvres Universitaires (CENOU). ‘’L’homme au kaki’’ se lance dans une redynamisation de sa structure en insufflant un nouvel dynamisme empreinte de discipline militaire alors que la bancarisation des bourses auprès de l’Ecobank peine à retrouver ses marques.

Août/Septembre : L’association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) se décharge de la gestion de l’espace universitaire en le rétrocédant au CENOU. Après plusieurs ateliers organisés par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (MESRS), quatre universités virent le jour à Bamako et une autre, régionale cette fois-ci, à Ségou avec nomination des recteurs. Les universités de Bamako et leurs Recteurs respectifs sont les suivants :

L’Université des Sciences, des Techniques et des Technologies (USTTB), Recteur : Professeur Adama Diaman KEITA.

L’Université des Sciences sociales et de Gestion (USSGB), Recteur : Professeur Bani TOURE,

L’Université des Lettres et des Sciences humaines (ULSHB), Recteur : Professeur Madame GUINDO Djénéba TRAORE.

L’Université des Sciences juridiques et politiques (USJPB), Recteur : Professeur Salif BERTHE.

L’Université régionale de Ségou, Recteur : Professeur Abdoulaye Traoré.

Les résultats de la FSJP sont proclamés, épargnant ainsi les étudiants d’une année vierge non validée comme ce fut le cas dans les autres structures. Avec ces nouvelles avancées, après la scission, des présages de la reprise en octobre ou novembre au plus tard ont commencé à faire jour. Mais  l’espérance fut déçue car aucune décision officielle n’a fait l’objet d’une rentrée.

Octobre/ Novembre/ Décembre : Après la nomination des Recteurs, les ateliers de formation permettant une bonne rentrée universitaire réussie se sont multipliés jusqu’à nos jours. Les rencontres entre le MESRS et les acteurs de l’école se tiennent toutes les semaines. Un comité interministériel présidé par Madame le Premier Ministre (himself) qui se réunit toutes les quinzaines est en place. Les résultats escomptés avec ces nouvelles mesures, la rénovation des campus, la construction d’un bloc pédagogique sont autant de facteurs qui promettent un cadre enviable pour la reprise qui se profile à l’aube de 2012.

Le dépotoir d’ordures de fait crée par les autorités de la commune V du district de Bamako a été déguerpi. Le Centre National des Œuvres Universitaires multiplient les actions en vue de l’amélioration des conditions de vie et d’étude des étudiants. Les inscriptions au titre de l’année 2011/2012 pour les nouveaux bacheliers sont lancées.

Janvier-Décembre 2011 : que de chemins parcourus pour notre système d’enseignement supérieur. Autant le constant qui résulte de cette rétrospective est déplorant, autant il est porteur d’espoirs. Cependant, cet espoir tant prôné par tous se trouve t-il en 2012 ? Seul le temps nous en dira plus.  En attendant, nous tenterons de nous consoler avec les mauvais souvenirs et les lueurs d’espoirs de l’année en cours de finition.

 

YAYA S. GUINDO

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