La crise dans le nord du Mali perturbe la rentrée scolaire

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Les Ă©lèves de primaire et secondaire ont fait leur rentrĂ©e cette semaine au Mali. Si la situation est normale dans le sud du pays, dans les trois rĂ©gions occupĂ©es par les assaillants depuis fĂ©vrier dernier, les Ă©coles fonctionnent au ralenti. Beaucoup d’enseignants ont fui vers le sud. Une fracture scolaire qui fait le dĂ©sespoir des parents d’Ă©lèves au nord.

Ouellet a 14 ans. Elle vient de rentrer en 9ème année à Bamako et elle est ravie. « Je viens de Kidal au nord du Mali. J’ai vraiment hâte de commencer l’école et de retrouver mes amis. L’année dernière, je suis arrivée en milieu d’année scolaire et j’avais fait les deux derniers mois ici à Bamako. Même si mes amis de Kidal me manquent, ça ne me rend pas triste quand même », sourit la jeune fille.

Pour favoriser la scolarisation des enfants déplacés, des directives ont été données. « Notre directeur de centre d’animation pédagogique nous demande de recevoir les enfants qui viennent du nord même s’ils n’ont pas de papiers nécessaires, explique Abdoulaye Doumbia, directeur de l’école publique de Missira dans le quartier de Sougou Koura. Nous avons demandé aux parents également de nous narrer leurs conditions de vie ici et on va essayer de mettre tout en oeuvre pour améliorer toutes ces situations. Tous les enfants du nord qui viennent à nous seront scolarisés. »

Le problème est que tous ne viennent pas. L’année dernière, en fin d’année, l’école privée Espoir, dans le quartier d’Hippodrome, avait accueilli plusieurs enfants déplacés. « Ils ne sont pas revenus, compte tenu des moyens des parents. Ils attendent. L’année dernière, ils ne pouvaient pas payer. Comme c’était la fin de l’année, on était vraiment sensibles. Mais cette année ils n’ont pas pu se réinscrire », rapporte son directeur.

Manque d’argent pour payer une école privée ou tout simplement les fournitures scolaires, manque de perspectives aussi. Beaucoup de déplacés veulent croire à un retour rapide dans le nord et refusent de scolariser leurs enfants ailleurs que chez eux.

Les enseignants du nord partis

Ce n’est pas le cas de Lassina MaĂŻga, père de quatre enfants et qui habite dans le nord du pays. L’un d’entre eux est Ă  Gao et n’a pas fait sa rentrĂ©e scolaire. Les trois autres sont Ă  Bamako oĂą ils ont Ă©tĂ© intĂ©grĂ©s sans difficultĂ©s dans les classes, quitte Ă  se serrer sur les bancs. « Dès que je leur ai expliquĂ© le problème, ils m’ont accueilli Ă  bras ouverts », raconte-t-il.

A Gao, les islamistes n’ont pas formellement fermĂ© les Ă©coles mais ils ont exigĂ© que les garçons soient sĂ©parĂ©es des filles. Le problème est que la majoritĂ© des enseignants sont partis au sud dès le dĂ©but de la crise. Et les quelques professeurs encore sur place ne peuvent pas faire gand chose. Les parents d’Ă©lèves, eux, sont dĂ©semparĂ©s. « J’ai des grandes filles qui doivent passer dans les classes supĂ©rieures. Malheureusement, on ne leur a pas fait passer d’examen. On voudrait envoyer les enfants Ă  Bamako ou dans d’autres rĂ©gions du sud pour qu’ils Ă©tudient, mais nous n’avons pas les moyens », dĂ©plore un habitant de Tombouctou.

Cette fracture scolaire renforce le sentiment d’abandon des populations du nord. « Le gouvernement et les occupants devraient permettre aux Ă©lèves de s’inscrire, pour ne pas crĂ©er d’autres dangers pour la sociĂ©tĂ©. Parce que c’est la culture qui humanise l’homme. S’il n’y a pas de culture, s’il n’y a pas d’Ă©ducation, c’est foutu », rĂ©clame un autre habitant de Tombouctou.

Pour l’heure, dans les trois rĂ©gions du nord, seuls les postulants au bac reçoivent quelques cours de rattrapage. Mais personne ne sait s’ils pourront passer l’examen.

 

RFI / 29/09/2012

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