Université : La reprise des cours entachée de problèmes

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1 245 professeurs font le travail de 2 000 professeurs nécessaires  pour les cinq universités du Mali. 4 000 places disponibles (y compris Kabala qui sera prêt en Avril prochain) pour 100 000 étudiants. 600 étudiants surnommés « Maliens de l’extérieur » parce que durant chaque cours,  ils se tiennent effectivement à  l’extérieur des amphithéâtres…Voilà quelques maux (parmi tant d’autres) qui caractérisent  notre université après la scission  et une ouverture en catastrophe ce 16 janvier 2012.

L’Enseignement supérieur n’en finit plus avec ses problèmes.  Visiblement, ni la fermeture, ni la scission, encore moins la reprise tardive des cours, n’ont servi à résorber les différents problèmes dont souffre  notre Enseignement. La suspension des cours n’a donc absolument servi à rien : il faut le dire tout net. La preuve : ce sont les mêmes difficultés récurrentes qui apparaissent à tout bout de champ.

D’ailleurs, cette fermeture n’a servi qu’à mettre davantage l’Enseignement supérieur en retard car c’est par cet arrêt des cours, chaque classe restera stagnante au cours de son année scolaire. D’où la présence inéluctable de deux premières années au sein de chaque faculté. Heureusement que les soutenances n’avaient pas été arrêtées, ce qui a permis aux classes de quatrième année d’évacuer les terminalistes puisque là, les examens s’étaient tenus, en tout cas à  la FSEG.

100 000  étudiants environ pour la seule Université de Bamako, cela paraît exorbitant. C’est cet effectif jugé pléthorique qui a suffi pour justifier la scission de ladite Université en quatre,  en plus de celle de Ségou. Évidemment, avec quatre Universités,  on pense avoir divisé les problèmes de l’Enseignement supérieur  au quart.

Un autre phénomène paradoxal au sein de notre Université, c’est que la moitié de son effectif est exclusivement composée de juristes, soit 470 000 étudiants à la seule FSJP. Mais que fera-t-on de tous ces juristes au Mali ? Pourquoi ne pas orienter les titulaires du DEF vers des filières scientifiques et techniques dont le besoin est permanent ?

Signalons que le budget de 16 milliards de FCFA n’est pas insuffisant pour le fonctionnement régulier d’un Université de 100 000 étudiants, à savoir que cet effectif n’est pas trop pour une population malienne de 14 millions d’habitants. Revenons à cette carence malheureusement récurrente de professeurs au sein de notre Université. Imaginez un seul instant que pour un travail prévu pour 2 000 enseignants, c’est seulement la moitié qui s’en occupe. D’où une surcharge d’environ  30 heures par semaine pour des maîtres de conférence, qui doivent dispenser  6 heures de cours par semaine dans les conditions normales. Quant aux assistants, au lieu de 12 heures normales de cours par semaine, ils font plus de 40 heures (BIT).

Naturellement, un tel volume de travail ne laisse à aucun enseignant du Supérieur le temps de la recherche qui fait pourtant partie  de sa fonction normale de chercheur. Où se situe donc la faute ? Le manque crucial d’enseignants. Ce qui est  fâcheux en plus, c’est que le Mali ne confie pas aux docteurs maliens sur place l’encadrement, le suivi et la formation des professeurs détenteurs de DEA pour la soutenance de leur Doctorat. Dans ce domaine, tout est focalisé sur l’extérieur (les pays étrangers) qui ne le font pas gratuit, mais font plutôt payer très cher.

D’autre part, par manque de docteurs sur le marché de l’emploi, l’État est obligé de recruter des détenteurs de DEA pour les former ensuite à des coûts exorbitants qui s’élèvent à environ 5 milliards de nos francs . Parallèlement, il faut noter l’insuffisance notoire d’infrastructures pour abriter l’administration et les étudiants et la rareté des amphithéâtres dans toutes les quatre universités. Aussi, les autorités scolaires sont à pied œuvre pour trouver des locaux  tenant lieu d’amphithéâtres  en location à travers la ville de Bamako. Les salles du VOX, de Babemba et le Palais de la Culture (à défaut des lycées actuellement occupés), les sites universitaires, les campus de Badalabougou  et de la FAST ne suffisent que pour 2 000 places environ,  et celui de Kabala le sera pour 2 000  aussi. Ce qui, au total,  offre

des hébergements  dérisoires pour un effectif aussi pléthorique que celui de nos quatre  universités.

La scission et la fermeture n’ayant pas suffi pour amortir  les problèmes aussi nombreux que multiples de notre université, il faut cependant reconnaître que le trou qu’on a voulu combler a plutôt été agrandi et approfondi. Aussi faut-il encore inventer, cette fois-ci de concert avec les professeurs qui sont tous les jours confrontés à  des réalités et des solutions importées de l’extérieur.                                        

A.F.Coulibaly

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