Enseignement supérieur : Vers une restriction des pouvoirs des Recteurs ?

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L’université de Bamako, qui est l’une des plus jeunes universités de l’Afrique occidentale, a ouvert ses portes en 1996. Pour résorber les difficultés récurrentes auxquelles l’enseignement supérieur était confronté à savoir les effectifs pléthoriques, le déficit d’enseignants, le chevauchement des années universitaires, le manque de support administratif et pédagogique…en juillet 2011, des reformes ont été entreprises pour aboutir à la création de plusieurs entités universitaires. Et cela par le biais de la scission de l’université de Bamako qui regroupait dans le temps toutes les facultés. Depuis lors, l’ancienne université de Bamako compte quatre universités dirigées par des recteurs.

Il convient de rappeler qu’au Mali, le recteur est nommé par décret pris en conseil des Ministres après appel à candidature. Son mandat est de cinq ans renouvelable une seule fois. Il est assisté d’un vice-recteur, d’un Secrétaire Général et des services administratifs et techniques propres. Le recteur a autorité sur l’ensemble des personnels en fonction à l’université. Il exerce à leur égard le pouvoir hiérarchique ainsi que les pouvoirs disciplinaires et de nomination. En cas de faute grave commise dans l’exercice de ses fonctions, le Recteur peut être démis de ses fonctions par le ministre chargé de l’enseignement supérieur.

Cependant il nous revient que, dans le but de réduire les pouvoirs des recteurs de nos différentes universités, le département de tutelle est en phase de modifier les projets de décrets portant modification de certaines dispositions des décrets fixant l’organisation et les modalités de fonctionnement des universités du Mali. En effet, le département souhaiterait désormais avoir un contrôle sur les services les plus stratégiques des rectorats. Il s’agirait notamment des services financiers et ceux en charge du patrimoine. Sans occulter la possibilité pour le ministre de tutelle de révoquer un recteur pour des raisons autres que celles prévues dans le cadre de la faute lourde. ‘’Soit pour incompétence ou pour incompatibilité d’humeur par exemple’’. Il s’agira plus ou moins d’ouvrir une boite de pandore qui était jusque là fermée et qui limitait, au grand bonheur des recteurs, le champ d’action du ministre de tutelle.

À en croire un acteur bien éclairé du secteur de l’enseignement supérieur de notre pays, si jamais lesdites modifications des projets de décrets sont validées en conseil des Ministres, les recteurs ne seront désormais que de simples figurants obligés de se pliier à toutes les exigences du Ministre de tutelle. Selon ce dernier, cela va sans doute entrainer des disfonctionnements qui vont rétrogradés notre système d’enseignement supérieur en arrière. Visiblement très en colère, ce dernier estime que le Ministre Tall est en train de vouloir mettre en application des stratégies pour remplir les caisses de son parti. « En Côte d’Ivoire, au Niger et dans plusieurs autres pays, le Recteur à un rang de Ministre. Je pense que le Mali doit en faire autant afin que nos universités puissent produire les résultats escomptés », a-t-il insisté. En guise de conclusion, notre interlocuteur dira que le Ministre Tall veut faire de nos universités des vaches laitières qu’il pourra traire à sa guise.

Selon une autre source bien informée, la modification de ces décrets trouve une explication plus ou moins rationnelle dans l’inefficacité de certains recteurs et leur incapacité à faire face aux défis de leurs structures respectives. Des autorités qui se retrouvent ainsi intouchables malgré leurs insuffisances. D’où la nécessite de réadapter les textes en fonction d’une culture de résultats. Toujours selon notre interlocuteur, cette révision pourrait également s’expliquer par les cas d’abus constatés chez certains recteurs, sciemment ou involontairement, dans le cadre de la gestion de certains dossiers.

Entre la restriction des pouvoirs de certains (les recteurs), logique d’un point de vue, et l’extension des pouvoirs du ministre de tutelle sur des entités universitaires se voulant de plus en plus autonomes avec les risques d’instrumentalisation…devrait se trouver la quintessence de ce débat qui nous réserve de multiples rebondissements dans les semaines à venir.

KANTAO Drissa

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