POLLUTION DES EAUX DU FLEUVE NIGER: Une grave menace pour la santé des populations riveraines

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La mauvaise gestion des déchets solides et liquides, qu’ils soient d’origine domestique ou industrielle, entraîne la pollution des ressources en eau. Bamako génère chaque jour 74 874 m3 de déchets. Une menace grave pour les ressources en eau du District et donc pour la santé des populations.
Le District de Bamako dispose d’un réseau d’égouts dont la longueur totale est de 27 558 m qui dessert environ 1,5 % de la population. Les coefficients de l’état de dégradation de ce réseau montre que plus de 67 % de son parcours est à reconstruire. L’étude du schéma directeur et d’un programme de drainage des eaux pluviales et des eaux usées du District de Bamako doit être mise en œuvre rapidement pour permettre de définir un projet de réseau d’égouts afin de satisfaire de façon durable les besoins d’évacuation des eaux usées du District.
     Présentement, force est de reconnaître que le système d’évacuation et de traitement des eaux usées du District de Bamako est dans un état catastrophique. Les réseaux d’égouts sont à faible diamètre, ils sont bouchés, les eaux usées ne sont pas traitées.
Le District de Bamako dispose de huit réseaux d’égouts classiques séparés et de trois réseaux d’égouts à faible diamètre. Concernant les réseaux d’égouts classiques, le réseau C du centre ville dessert plusieurs bâtiments administratifs tels que le Lycée de Jeune Fille, le Grand Hôtel, l’IOTA, le ministère de l’Equipement et quelques particuliers comme l’immeuble Sahel vert, la galerie Djigué, l’immeuble Tombouctou, l’immeuble Tounkara.
Il est à noter qu’aucune habitation n’est raccordée à ce réseau. Des fosses septiques assurent le pré- traitement de l’effluent avant le rejet dans l’égout. L’effluent est acheminé au fleuve sans autre traitement. L’ouvrage a une longueur totale de 4000 m avec un diamètre des conduites de 200 à 500 m et un nombre de regards estimé à 83 dont 44 non retrouvés. Les différents travaux d’aménagement de la voirie, l’assainissement, l’adduction d’eau, les télécommunications dans la dernière décennie ont sérieusement affecté le réseau. Son entretien se limite essentiellement à celui des fosses septiques situées en amont du réseau.
Les réseaux A et B desservent le quartier de Badalabougou. Le réseau A évacue les effluents du Nord du quartier et le B évacue les effluents du Sud. La longueur totale du réseau A est estimée à 2515 m avec un nombre de regards estimé à 102 dont 20 sont en mauvais état et 34 non retrouvés. La longueur totale du réseau B est de 2820 m avec un nombre de regards estimé à 119 dont 22 en mauvais état.
Ces deux réseaux sont aujourd’hui bouchés et fonctionnement partiellement. Les eaux usées de ces réseaux se déversent dans le fleuve Niger sans aucun traitement. Le réseau de la SEMA-GEXCO a été réalisé en 1976. Le tronçon principal est bouché avec une conduite secondaire non fonctionnelle. Certaines conduites ont été enlevées lors de la construction du nouveau pont. Les eaux usées se déversent directement dans les caniveaux. La station de pompage prévue pour le refoulement de l’effluent jusqu’au réseau A de Badalabougou n’a jamais vu le jour. Les eaux usées acheminées par les caniveaux sont déversées dans le fleuve sans aucun traitement. Le réseau de la Base aérienne dessert les bâtiments de l’ancienne base aérienne, le Génie militaire et le centre des handicapés physiques. A ce niveau, les conduites d’amenées d’eau et les regards son bouchés. Seul le tronçon Est est fonctionnel. Certaines toilettes communes de ces établissements sont en très mauvais état, les effluents issus de celles-ci se déversent soit dans les caniveaux ou dans le collecteur après les fosses septiques. L’effluent de ce réseau aboutit au fleuve au niveau du palais des congrès.
Le réseau de l’ancien aéroport de Hamdallaye dessert quelques bâtiments de l’ancien aéroport de Bamako. Les eaux usées sont collectées, après pré traitement dans les fosses septiques, et finalement rejetées dans un collecteur non maçonné qui débouche dans le fleuve. Le réseau de Koulouba comprend deux tronçons. Il s’agit de l’égout E et l’égout F. Les eaux usées du palais de Koulouba sont traitées dans cinq bassins de décantation suivis d’un lit filtrant situé au village de Sofabougou.
L’étude de l’état des lieux a révélé que les effluents n’arrivent plus aux bassins de décantation, la conduite a été percée par les villageois afin de récupérer les eaux pour la confection des briques en banco. Au niveau des décanteurs, deux regards ont également été ouverts par les villageois afin de puiser l’eau pour arroser les plantes et les jardins.
S’agissant du réseau du Point G, le système d’évacuation des eaux usées de l’Hôpital comprend quatre réseaux d’égouts distincts. Ces réseaux reçoivent les effluents des différents bâtiments, après traitement dans les fosses septiques. A ce niveau le réseau fonctionne bien dans l’ensemble.
Le réseau de la cité du Niger est constitué de plusieurs conduites secondaires qui débouchent dans le fleuve. Les maisons raccordées à ce réseau possèdent des fosses septiques. Ce réseau fonctionne normalement, mais les effluents sont jetés dans le fleuve sans aucun autre traitement.
Par rapport au réseau d’égouts à faible diamètre, rappelons que la ville de Bamako bénéficie d’un réseau de mini-égout long de 35, 5 km. Il concerne les quartiers de Bankoni-Flabougou sur 12 km, Baco-Djicoroni sur 25 km et Hippodrome sur 0,5 km. Les eaux usées industrielles dont la production est estimée à plus de 3 000 m3 par jour, sont déversées dans le fleuve Niger à Bamako. Ces eaux sont surtout chargées en métraux lourds, sulfate, phénols, chlorures, nitrates et en matières organiques.
La quantité des eaux usées artisanales générée par les teinturières est de 1000 m3 par jour. La totalité de ces eaux sont rejetées dans les caniveaux, les marigots, sur le sol et aux abords des concessions sans aucun traitement.Ces eaux usées polluent le fleuve compromettant dangereusement la santé des populations en augmentant les isques pour une utilisation domestique, agricole, industrielle entre autres.
Abdoul Karim KONE
Envoyé Spécial

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