Questions environnementales développement au Mali : Le CSCRP 2012 – 2017 «verdi» grâce à l’IPE

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La fin récente de la Quinzaine de l’Environnement vient à point nommé pour pouvoir porter un regard mieux éclairé sur la prise en compte des questions environnementales dans le CSCRP 2012 – 2017, en cours d’élaboration. C’est pourquoi, dans le cadre d’un partenariat avec l’Institut Panos Afrique de l’Ouest, relatif à la publication d’articles sur différents aspects du CSCRP, nous nous intéresserons aujourd’hui à un projet méconnu, l’Initiative Pauvreté Environnement (IPE), dont les résultats ont permis de «verdir» ce document.

L’objectif général du projet Initiative Pauvreté et Environnement (IPE) du Mali, qui a démarré en 2005 et est actuellement dans sa troisième phase, est de renforcer la contribution de la gestion durable de l’environnement et des ressources naturelles à la réduction de la pauvreté, à la croissance économique durable et à l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), clés de voûte du CSCRP (Cadre stratégique pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté). Afin de présenter à l’opinion le projet qu’il dirige et les résultats déjà acquis par celui-ci, Moussa Barry, Coordonnateur national de l’IPE, a animé une session d’information au CICB lors de la Quinzaine de l’Environnement 2011. Voici ce que nous avons tiré de cet exercice hautement instructif.

L’un des défis majeurs que notre pays doit relever pour l’élaboration et la mise en œuvre du CSCRP 2012 – 2017, c’est de réussir l’intégration de la dimension environnementale, transversale par essence, dans notre perspective de développement durable. Cette intégration contribuera à éviter que les objectifs de réduction de la pauvreté, d’amélioration du bien-être  et de développement économique ne soient remis en cause par l’utilisation non durable de nos ressources naturelles. Dans les faits, chacun des documents CSLP 2002 – 2007 et CSCRP  2007-2011  avait le mérite d’aborder les domaines de l’environnement, de l’énergie, de l’eau et des  aspects assimilés, comme l’habitat, l’assainissement, etc.. Mais ces composantes avaient fait beaucoup plus l‘objet d’une description que d’une approche analytique, définissant des stratégies propices au développement durable.

Le «verdissement» du CSCRP 2012 – 2017 s’explique donc aisément, pour qui sait que l’environnement a trois dimensions essentielles. Sa dimension écologique se rapporte aux milieux naturels et artificialisés. Ces milieux constituent des systèmes écologiques ou écosystèmes. Sa dimension socioculturelle regroupe l’ensemble des activités de l’homme liées à sa santé, à son éducation, à ses coutumes, à ses traditions, à son logement et son emploi. Quant à sa dimension économique, elle se rapporte à l’exploitation des ressources, vivantes et non vivantes, pour la satisfaction des besoins de l’homme

Dans les pays comme le nôtre, la problématique de l’environnement se présente souvent en termes de déséquilibre entre les ressources naturelles (ressources en sols cultivables, en eau de qualité, en végétation ligneuse, etc.) et les besoins accrus de la population, en croissance rapide, à la recherche d’une amélioration générale de ses conditions de vie. C’est pourquoi, lors des Assises Nationales de l’Environnement, en Juillet 2009, nos plus hautes autorités ont opté pour le verdissement de l’ensemble des Politiques, Plans  et Programmes de développement. Celui-ci se définit comme étant l’intégration des mesures environnementales (en termes d’orientations, d’objectifs et d’actions) dans toutes les composantes du document du Cadre Stratégique pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté 2012 – 2017, grâce à une démarche d’Evaluation Environnementale Stratégique (EES), arrimée au processus de planification lors de l’élaboration du document.

Concernant toujours le lien pauvreté – environnement, rappelons que la pauvreté se définit comme un manque de capacité des individus, ménages, ou collectivités locales à satisfaire leurs besoins fondamentaux en termes de revenu, d’éducation, de santé, de nutrition / alimentation, d’eau / assainissement, d’emploi / travail,  d’habitat, d’accès aux actifs productifs et aux marchés, etc.
Selon la Cellule technique du Cadre Stratégique de Lutte Contre la Pauvreté (CSLP), dirigée par M. Sékouba Diarra, et maître d’œuvre de l’élaboration, du suivi et de l’évaluation des CSCRP, en même temps qu’elle abrite le Secrétariat à l’Harmonisation de l’Aide,  il existe trois formes de pauvreté au Mali. Tout d’abord la pauvreté de conditions de vie, qui se traduit par une situation de manque dans les domaines de l’alimentation, l’éducation, la santé, le logement etc.. Vient ensuite la pauvreté monétaire ou de revenu soit  une insuffisance de ressources engendrant une consommation insuffisante. Enfin, la pauvreté de potentialité se caractérise par le manque de capital (accès à la terre, aux équipements, au crédit, à l’emploi, etc.). En règle générale, le diagnostic de la pauvreté au Mali porte essentiellement sur  la pauvreté des conditions de vie et la pauvreté monétaire.

L’IPE a mené de nombreuses études dont l’“Evaluation économique  de la gestion environnementale au Mali: coûts et bénéfices“. Cette recherche, première du genre menée dans notre pays, avait pour objectif général d’estimer la valeur monétaire de la dégradation environnementale, des mesures d’adaptation et d’atténuation des effets du changement climatique et les bénéfices de la gestion durable de l’environnement et des ressources naturelles dans le cadre de la croissance économique durable et de la réduction de la pauvreté au Mali. Ces chiffres sont édifiants. Chaque année, la perte de bien-être et de revenus avoisine 20 % du PIB national, soit plus de 680 milliards FCFA. Elle résulte des dommages environnementaux et de l’utilisation inefficace des ressources naturelles et des énergies. Toutes choses dont les plus pauvres sont souvent les premiers responsables. Mais l’étude a son happy end. En effet, elle a montré que le coût des mesures à prendre afin d’éviter ces pertes était estimé à seulement 10 % du PIB, donc plus faible que celui des coûts environnementaux subis par le Mali.

Dans le CSCRP 2007-2011, le troisième des quatorze axes prioritaires d’intervention retenus s’intitulait «La préservation et la gestion durable des ressources naturelles». Le verdissement a eu pour effet, dans le document préalable à la rédaction du CSCRP 2012 – 2017, l’intégration de la variable environnementale dans, je cite, les «principaux défis auxquels le Mali reste confronté : i) le défi de l’emploi des jeunes ; ii) les défis environnementaux majeurs (dégradation des sols et du couvert végétal, désertification, perte de la biodiversité, changement climatique, etc) ; iii) le défi de la croissance démographique rapide et son impact sur l’atteinte des OMD ; iv) le défi de la croissance économique accélérée et de la réduction des inégalités, particulièrement les inégalités de genre et  le défi statistique».

Le CSCRP souligne désormais le fait que «la pression sur les ressources encore disponibles s’accentue de manière inquiétante, alors que ce sont celles-ci qui permettent de satisfaire à l’heure actuelle les besoins alimentaires et énergétiques», et prône un soutien accru à la gestion durable des ressources naturelles et à la lutte contre la désertification et notre Gouvernement s’y est engagé résolument, comme en témoigne la création de l’AEDD (Agence pour l’environnement et le développement durable.
Ramata Diaouré

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