Affaire troublante de jets de cailloux à Yirimadio : Le marabout, son voisin et les invisibles lanceurs de projectiles

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    Depuis un mois, le quartier de Yirimadio contigu √† la ville de Bamako est le th√©√Ętre de faits insolites qui opposent le marabout Mohamed √† ses voisins en particulier Dr Cissouma. De gros cailloux chutent sur la maison abrit√©e par le marabout qui pointe le doigt sur le fils du Dr Cissouma comme auteur de ces actes. Cependant, toutes les enqu√™tes polici√®res et judiciaires prouvent que le jeune homme est innocent, et en notre pr√©sence un gros caillou est descendu dans la maison 10 centim√®tres de nos pieds. Sans compter les nombreux fracas que nous entendions sur le toit. A un moment o√Ļ le jeune homme en question est en ville, loin du quartier. Tout comme le Procureur en personne, accompagn√© d’agents de s√©curit√©, apr√®s avoir vid√© la maison du voisin pour s’y installer et plac√© des gardes sur les toits, a constat√© que les cailloux tombent en l’absence de toute pr√©sence humaine. Mais le marabout persiste et signe : ” le diable ne rate pas sa cible, or les cailloux tombent sans atteindre de cibles humaines, il y a une conspiration venant maintenant de toutes parts contre moi “. Pourtant, m√™me le coran du marabout a √©t√© mouill√© dans l’eau qui a envahi sa maison par quelqu’un d’invisible, alors que ladite maison n’a qu’une seule porte d’entr√©e et de sortie, la femme du marabout √©tait √† la maison. Lisez les versions du marabout, de Cissouma et de leurs t√©moins respectifs.

    Dr CISSOUMA :

    Un jour, Monsieur Ciss√© a commenc√© √† jeter des cailloux chez moi et quand je lui ai demand√© pourquoi, il dit que c’est moi qui lui jette¬† des cailloux, ou je pousse mes enfants √† le faire. Je lui ai dit que nous ne lui jetons pas de caillou et qu’en tant que chefs de famille nous devons √©viter des palabres et essayer de voir l’origine des jets de cailloux. Il est rest√© persuad√© du contraire malgr√© mes explications. Le surlendemain, c’√©tait un samedi, c’est son enfant qui escalade le mur de mes toilettes alors que mon √©pouse s’y trouvait pour nous accuser d’avoir jet√© des cailloux.¬† Madame et les enfants sont sortis √©nerv√©s et ils ont fait beaucoup de bruits et sa femme a insult√© grossi√®rement la mienne. Th√©ophile Kon√©, un de nos voisins,¬† √©tait l√† et les a fait revenir √† la maison. Par la suite je suis arriv√© de la ville et on m’a expliqu√© ce qui s’est pass√©. Je suis parti les voir, il y avait le grand fr√®re du marabout et d’autres personnes. J’ai dit √† sa femme d’√©viter la bagarre avec son √©tat de grossesse, elle doit accoucher dans deux mois. Elle me dit non, je ne suis pas son m√©decin et je ne l’ai pas mise enceinte, c’est un fait de Dieu. Je lui ai demand√© de se calmer, elle dit non, de sortir de sa maison. Je lui ai dit qu’elle peut me parler ainsi mais pas son mari, car lors de son premier accouchement elle a fait une fausse couche, je l’ai amen√©e √† l’h√īpital du Point G pour prendre soin d’elle durant 15 jours, c’est moi qui ai pay√© les frais de recyclage. Et si tout de suite elle pique une crise de douleur et que je ne lui porte pas assistance on dira que je ne suis pas un bon m√©decin. Elle dit s’en foutre. Je suis retourn√© sur mes pas. Quelques instants apr√®s, son mari est venu me tendre une convocation. On est parti au Commissariat, l’inspecteur a dit que ce sont des enfants mineurs qui sont battus, le mien a 11 ans, sa fille en a 10, de venir g√©rer cela entre nous, eux ils ne se m√™lent pas des probl√®mes de voisinage. L’inspecteur lui a dit qu’il est marabout, qu’il doit chercher la provenance des jets de cailloux, car lui et son p√®re √©taient dans une maison √† Gao, des cailloux tombaient, ils ont finalement abandonn√© la concession.

    Quelques jours apr√®s, il est parti √† la police de Faladi√© qui a d√©p√™ch√© des agents pour une enqu√™te. Quand ils √©taient l√†, les cailloux sont tomb√©s en vrac. Ils ont compris que ce n’√©tait pas nous. Ensuite il est parti √† la gendarmerie. Eux ils sont venus, m√™me constat. Trois jours apr√®s il a fait venir des agents dont un de ses petits-fils. Ceux-ci ont fait le m√™me constat.

    Ensuite il a accus√© d’autres personnes dont la femme d’un enseignant‚Ķ

    Ensuite il m’a convoqu√© au tribunal de la commune VI. Mamadou Lamine Tour√© a commenc√© par crier sur moi : ” o√Ļ est ton enfant, je vais le d√©ferrer ; il a voulu enfin envoyer l’enfant dans le violon pour des raisons d’enqu√™te, le Chef de peloton s’est oppos√©, et a propos√© d’amener l’enfant dormir chez lui puisqu’il n’y a pas d’abord de preuve contre lui

    Ensuite ils se sont transport√©s sur les lieux ce vendredi 24 juin 2016. Le Procureur s’est install√© chez moi, un garde est mont√© sur mon toit pour surveiller ce qui se passe √† mon niveau, un autre est mont√© sur un autre toit pour surveiller ce qui se passe chez le marabout. Et soudain les cailloux ont commenc√© √† tomber, vrahoun, banw, ‚Ķ

    Le Procureur et les gardes ont √©chang√© et conclu que personne n’est √† l’origine des cailloux, qu’il se pourrait que le marabout ait tent√© d’utiliser un nom de Dieu et s’en est mal pris. Le Procureur a dit que je suis accus√© √† tort, il a d√©cid√© de lib√©rer mon enfant que je suis parti r√©cup√©rer.

    THEOPHILE KONE :

    Je t√©moigne en fonction de ce que j’ai vu et non ce que je n’ai pas vu. Cela me fait 16 ans ici, la maison du marabout et celle de Cissouma ont √©t√© construites en ma pr√©sence. Je connais bien les deux hommes. Ils √©taient toujours en bon terme, ils mangeaient ensemble, leurs √©pouses √©taient toujours ensemble, elles partaient ensemble au march√© et aux bapt√™mes. C’est cette affaire de cailloux qui les oppose maintenant.

    Mais avant Cissouma, Ciss√© a accus√© d’autres personnes, d’abord Monsieur Daou. Ce dernier m’a demand√© d’intervenir aupr√®s de Ciss√© afin qu’il comprenne que lui n’en est pour rien dans cette affaire de cailloux. Je suis parti chez Ciss√© et en ce moment il n’y avait personne chez Daou, les enfants √©taient tous partis √† l’√©cole, les cailloux ont commenc√© encore √† tomber. J’ai dit √† Ciss√©, voil√†, les cailloux ne viennent pas de chez Daou.

    Ensuite Ciss√© a montr√© du doigt la femme d’un enseignant qui dit qu’elle n’a jamais soulev√© de caillou depuis qu’elle est l√†. De la m√™me mani√®re, il a √©t√© oblig√© d’abandonn√© ce piste.

    Et un jour, Ciss√© d√©clare qu’un fils du Dr Cissouma a vers√© de l’eau sur le coran chez lui et qui inonde toute la maison. La femme dit que c’est Youssouf qui en est l’auteur. J’ai demand√© si elle l’a vu pourquoi elle ne l’a pas suivi jusqu’√† domicile pour clarifier les choses. Elle dit qu’elle l’a vu mais qu’entre voisins elle n’a pas daign√© agir ainsi. J’ai dit non, ce probl√®me n’est plus une affaire de voisinage, alors moi je vais v√©rifier. Je suis sorti et aussit√īt j’ai vu le petit venir de l’√©cole, son sac d’√©colier au dos. Je lui ai fait part du grief port√© contre lui et aussit√īt il a expliqu√© que depuis 7h il est sorti avec son p√®re pour aller √† l’√©cole et c’est maintenant qu’il revient, il ne peut pas √™tre l’auteur de ce qui s’est pass√© apr√®s lui. Il a jur√© au nom de Dieu que ce n’est pas lui, il √©tudie jusqu’au quartier Hippodrome et il ne peut pas commettre un tel acte alors qu’il √©tait jusque l√†-bas. Je suis parti trouver le fr√®re de Ciss√© dans la maison et lui ai expliqu√© comment le petit n’est pas fautif.

    Ensuite Ciss√© dit que le fil √©lectrique de Cissouma se trouve sur son mur, de l’enlever. J’ai dit que moi-m√™me je vais le faire parce le fil l√† est commun √† nous tous qui sommes sur la m√™me ligne. J’ai creus√© un trou, plant√© une barre qui soul√®ve le fil plus haut. Le fr√®re de Ciss√© dit que je suis un bon voisin par cet acte emp√™chant que des voisins s’affrontent.

    Ahmed El Moctar CISSE :

    Soyez les bienvenus, c’est Dieu qui vous a appel√©. Cette situation a commenc√© par des jets de cauris et autres dans ma concession. Ensuite, par des querelles contre ma femme enceinte et mes enfants. Ma fille fut frapp√©e par le gar√ßon de Cissouma. De ces cauris, s’en suivront les cailloux. Et tout le monde sait que c’est lui et ses enfants qui jettent les cailloux. C’est presque toute la journ√©e que pleuvent les cailloux sur mon toit et sous le manguier. Finalement, nous sommes cloitr√©s sous la v√©randa. Dos au mur, j’√©tais oblig√© d’aller √† la police. D√©√ßu de leur attitude apr√®s deux fois, je suis all√© √† la gendarmerie. Et rien ne s’y passe. Entretemps, ils ont bless√© mon enfant √† la t√™te. Il y a des t√©moins oculaires. Apr√®s celles-ci, police et gendarmerie, je me suis rendu au tribunal. Le procureur avec sa d√©l√©gation sont venus pour le constat. Il n’a pu rien dire que c’est le fait des diables sinon ils ont tout fait. Le procureur m’indique qu’il n’a rien comme preuve. Je lui ai dit que sa pr√©sence a √©t√© prot√©g√©e par mes soins. Parce que j’ai envoy√© des gens √† boucler tous les coins. Donc, personne n’a pu envoyer un caillou. Donc, Monsieur le procureur ne doit pas directement conclure qu’il n’y a personne qui jette de caillou.

    J’affirme que tout est parti d’un jet de cauris et de poudre noire chez moi avant le 21 mai 2016. Auparavant, il n’y avait jamais eu de probl√®me entre nous, ni moi ni ma femme encore mes enfants. Nous cohabitons depuis 2006. Avant cette date, son gardien avait creus√© un trou pour l’√©vacuation d’eau de chez lui √† travers ma maison. Puisque sa case avait √©t√© remplie d’eau. A son d√©m√©nagement, j’ai ferm√© le trou. Ils √©taient oblig√©s de chercher d’autre issue pour √©vacuer leur eau qui me d√©rangeait. Sinon, sa femme et la mienne faisaient tout ensemble. Et lui et moi, on se saluait mutuellement. Je conclu que ce n’est point de diable ou quoi que ce soit, c’est lui et les siens. Puisque ces cailloux cessent au-del√† de 22h sinon de 07h jusqu’√† 22h ma cour est d√©serte, les cailloux pleuvent. Je m’en remets √† Dieu.

    Barry témoin du marabout :

    Je soutiens que je ne suis qu’un vendeur de cartes de recharge. Mais je suis r√©gulier chez le marabout. Tout commence par des cauris et des poudres noires. Un jour le voisin est venu dire que le jour o√Ļ il apercevra quelque chose il va y mettre fin. Ensuite, il dira qu’un marabout doit pouvoir circonscrire √† des choses de ce genre. Pour moi, ce n’est pas un diable. Il y a eu des vitres et des motos bris√©es ici. Nous sommes aujourd’hui sid√©r√©s et cloitr√©s dans cette maison. Pire personne de la mosqu√©e n’a intervenu. Je pense que les autorit√©s doivent circonscrire √† de telles choses. Il y a toutes sortes de cailloux, des petits aux grands. C’est Dieu qui va en juger. Le vieux souffre aujourd’hui, il faut l’aider.

    Boubacar DABO

    Mamadou DABO

     

     

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