Barouéli : Les malfrats attaquent au matin

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    Barouéli : Les malfrats attaquent au matinLa soudaineté de l’événement et sa conclusion tragique ont littéralement traumatisé les populations locales 

     

    Il se trouvera toujours de brillants cerveaux pour sortir les théories les inattendues sur des phénomènes que le commun des mortels analysent de manière beaucoup plus prosaïque. Ainsi certains sociologues définissent l’insécurité comme une « anomie » (c’est-à-dire un état de désorganisation de la société due à la disparition totale ou partielle des valeurs communes à ses membres). Pour ces savantes intelligences, cette anomie participe à la fois à la déstabilisation  et au fonctionnement de la société. Déchiffré en termes simples, ce raisonnement présente l’insécurité comme un phénomène tout à la fois nocif et incontournable. Nos lecteurs apprécieront. Pour notre part, nous ne sommes pas allés chercher aussi loin les racines de la montée de l’insécurité dans notre pays.

     

    Le Mali n’a jamais atteint le degré de dangerosité qui caractérise certains de nos voisins et il y a deux décennies, il faisait figure d’oasis miraculeuse dans une sous-région traversée de conflits divers, une sous-région dans laquelle la délinquance prenait des formes de plus en plus sophistiquées et de plus en plus violentes. Cette époque est désormais révolue. Sans avoir vraiment rejoint les pays les plus dangereux de l’Ouest africain, nous voyons aujourd’hui se multiplier les phénomènes négatifs dont certains étaient encore inconnus naguère. Les raisons ? Incontestablement, la sécurité dans notre pays a été fortement dégradée par les événements de l’année 2012, marquée par l’occupation des trois régions du Nord du Mali par les différents groupes armés et par le coup d’état militaire. Une présence moindre de l’Etat et une certaine désorganisation dans nos forces de sécurité ont certainement incité les malfrats à se montrer plus audacieux.

     

    À LA GRANDE CONSTERNATION. En outre, la porosité des nos frontières s’est accentuée du fait de la crise. Cela a facilité l’introduction d’armes de tous calibres qui se sont retrouvées entre les mains de groupes des malfrats. Ces derniers ont étendu leur champ d’action et écument désormais des localités du pays qui autrefois vivaient paisiblement. Les bandits qui avaient une prédilection pour les grandes villes ne se privent plus de venir semer la terreur dans des localités plus reculées. Comme en témoigne notre histoire du jour.

     

    Le cercle de Barouéli, situé dans la région de Ségou, s’est depuis longtemps résigné à la perte de son existence tranquille et bon gré mal gré, il vit au rythme du phénomène d’insécurité résiduelle qui le frappe comme il a atteint de nombreuses du territoire national. Cette insécurité a pris des formes auxquelles les populations semblaient même s’être habituées au quotidien, faute d’avoir trouvé le moyen de les éradiquer.

     

    Les paisibles habitants se sont ainsi résignés à voir leur quotidien émaillé d’enlèvements de bétails, de vols de motos, de braquages ou de cambriolages opérés le plus souvent dans les boutiques. Mais à la surprise générale des populations et à la grande consternation de celles-ci, la localité de Barouéli commence à connaître depuis un certain temps la montée en puissance d’une autre forme de banditisme ignorée jusqu’ici. L’exemple le plus frappant est survenu récemment avec l’attaque à main armée menée par des malfrats non identifiés.

     

    Ce fait remonte précisément au dimanche 26 avril dernier et il s’est produit aux environs de 4 heures du matin. Si l’on s’en tient seulement aux faits, ils sont tout à fait inquiétants. L’attaque des bandits a semé la perplexité et la crainte chez de nombreux habitants par la manière dont les malfrats ont opéré. L’incident est d’autant plus traumatisant que les malfrats, auteurs de l’attaque, n’ont pas pu être identifiés jusqu’à ce jour. La pensée qu’ils puissent roder dans les parages dans l’attente d’une occasion propice pour tenter un autre coup a engendré une psychose généralisée chez les populations de Barouéli. Actuellement, celles-ci ne dorment plus que d’un seul œil et la légendaire quiétude de la localité est aujourd’hui sérieusement mise à l’épreuve.

     

    L’ATMOSPHÈRE ÉTAIT DES PLUS LOURDES. Le jour de l’agression, les habitants du secteur de la ville où se trouve la BNDA (Banque nationale de développement agricole) locale ont été très désagréablement surpris d’entendre très tôt le matin des crépitements  d’armes à feu. Ces échanges de tirs se déroulaient bien avant même que le soleil ne commence à pointer à l’horizon. Comme c’est le cas généralement en pareille situation, tout le monde était resté prudemment cloitré chez soi et n’est sorti aux nouvelles qu’après le lever du jour.  La surprise  fut extrême pour les premiers curieux quand ils surent ce qui s’était passé.

     

    On les informa que des bandits s’étaient attaqués quelques heures plus tôt à l’agence BNDA de la localité et ils avaient mené leur assaut, armes à la main. Cette nouvelle était déjà en elle-même grave pour les habitants. Mais elle deviendra encore plus déstabilisante lorsqu’ils apprendront que l’attaque s’était soldée par la mort du jeune garde de l’agence. D’après nos informations reçues sur place, le porteur d’uniforme était le seul élément en charge d’assurer la sécurité de l’agence BNDA. A Barouéli ce jour là, l’atmosphère était des plus lourdes. A aucun moment, les habitants n’auraient même imaginé qu’un homme puisse perdre la vie dans une attaque de bandits. Pour beaucoup, cette tragique nouvelle symbolisait un changement d’époque et signifiait que la vie ne serait plus jamais la même dans la zone.

     

    Les faits. Comme nous le disions plus haut, ce dimanche matin là,  les habitants du secteur de la BNDA de Barouéli étaient pour la plupart d’entre eux encore plongés dans un profond sommeil quand tout se déclencha. A peine pouvait-on trouver dans la rue quelques rares lève-tôt  qui se dirigeaient vers la mosquée. Alors que la ville était plongée dans son calme matinal ordinaire, l’impensable s’est produit. D’après nos sources, plusieurs individus, armés, jusque là non identifiés et dont le nombre n’a pu être connu avec certitude ont fait leur entrée dans la ville. Ils se sont immédiatement dirigés vers le siège de la BNDA locale. L’agent de sécurité de garde ce jour là se rendit très vite compte de l’arrivée des intrus. Le jeune homme était lui aussi armé, mais il était seul à assurer la sécurité de l’établissement. De toute évidence, il aurait intimé, l’ordre aux assaillants de ne pas s’approcher

     

    LE COURAGE DU JEUNE GARDE Comme les bandits ne faisaient pas mine d’obtempérer, le garde aurait fait des tirs de sommation en réitérant l’injonction de reculer. Mais malheureusement pour lui, les assaillants étaient beaucoup trop nombreux. Profitant du surnombre qui les favorisait, ils ont superbement ignoré la sommation. Bien au contraire, ils ont immédiatement riposté en tirant des coups de feu en direction de l’agent de sécurité. Celui-ci n’avait plus d’autre choix que de se défendre. Des échanges de tirs nourris entre lui et les assaillants ont éclaté et auraient duré plusieurs minutes.

     

    Malheureusement pour le garde, le duel a tourné en faveur des assaillants. Le jeune homme, dont nos interlocuteurs n’ont pas souhaité divulguer l’identité, aurait reçu une balle dans une partie vitale de son corps. Gravement blessé, l’agent de sécurité a été immédiatement secouru et évacué vers Ségou pour y recevoir des soins. Mais il rendra l’âme quelques heures après son transfert à l’hôpital. Entretemps, les assaillants avaient choisi de prendre la fuite. Le courage du jeune garde les a donc empêché d’avoir accès à l’intérieur du bâtiment de la banque.

     

     

    La manière dont les événements se sont déroulés laisse complètement déroutées les populations de Barouéli. Celles-ci ont interpelé les responsables des agences bancaires locales pour que celles-ci augmentent le nombre d’agents en charge de la sécurité de leurs  agences locales. Les habitants ont également déploré la lenteur avec laquelle les gendarmes sont arrivés sur les lieux du drame, pourtant proches de la brigade territoriale.

     

     

    La nouvelle forme de banditisme qui commence à voir le jour ici interpelle surtout des forces de sécurité. Celles-ci doivent redoubler de vigilance en collaboration avec les populations, les premières victimes du banditisme, pour bloquer le phénomène avant qu’il atteigne des dimensions qui feraient perdre le sommeil à la ville de Barouéli. La première décision à rendre d’urgence, de l’avis de beaucoup, serait l’intensification des patrouilles pour sécuriser les personnes et leurs biens. Ce qui est sûr, c’est que plus vite viendra une réaction vigoureuse des forces de sécurité, plus sûrement le signal dissuasif sera compris des malfrats.  

                                                                        

    Joseph COULIBALY

    AMAP/Barouéli

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    1 commentaire

    1. “Les habitants ont également déploré la lenteur avec laquelle les gendarmes sont arrivés sur les lieux du drame, pourtant proches de la brigade territoriale.”

      C’est toujours comme ça. Les gendarmes disparaissent toujours au premier coup de feu. Ils se fondent parmi la population et se déguisent souvent en femme pour échapper au combat avec les envahisseurs. On se demande à quoi sert ce corps. Si l’attaque est en dehors de la localité et qu’on leur demande d’aller secourir les gens, ils arguent le manque de carburant ou la panne du véhicule.
      Personnellement, je propose la dissolution pure et simple de la gendarmerie et laisser la gestion de sécurité à la garde nationale épaulée de la police.

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