Carnet de route – Kayes by night : Ces mineurs accros à l’alcool et au sexe

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    A Kayes, des gamins dont la tranche d’âge se situe entre 12 et 18 ans ne cachent plus leur goût prononcé pour ‘’l’eau de feu’’. Un tour dans les bars et autres lieux de plaisir suffit pour se rendre compte de la grande déviance des jeunes soi-disant branchés de la Cité des rails.

    Il y a plusieurs mois que je n’avais pas foulé des pieds le sol de la capitale de la 1ère région administrative de notre pays. Les 12, 13 et 14 janvier, à l’occasion d’une mission avec une équipe de Transrail, je me suis permis une virée nocturne, abandonnant pour un temps mon compagnon, Djibril Diallo. Je me suis permis de faire le tour de quelques bars et maquis. Par curiosité. Tenez bien, je ne citerai aucun nom. Premier point de chute, je tombe sur un vieil oiseau de nuit, un vrai, qui fréquente le maquis depuis les années 70. Le cas de ce père et grand-père assis au milieu de ses petits-fils, en train de s’enivrer, m’a fait réfléchir. Quand il s’est confié à moi, j’ai tout de suite compris la douleur qui l’a conduit à emprunter ce chemin dont il dit lui-même que c’est celui des malchanceux. Par pudeur, je n’ouvrirai pas ici la parenthèse douloureuse de la vie de ce grand-père dont la place est plutôt à la mosquée.
    Tout le long de mon entretien avec cet homme que j’appelais poliment « Mon père », j’observais de façon très discrète les différents mouvements autour de nous. Quelle ne fut ma surprise de voir entrer dans le maquis des jeunes dont je situe la tranche d’âge entre 12 et 18 ans. Pourquoi faire ? En bien ils prendront place et commanderont, à mon grand étonnement, des bouteilles de bière.

    L’ambiance est chaude et bon enfant, pendant ces moments de retrouvailles entre ces gamins déjà sous la dépendance de l’alcool et du tabac. Un  jeunes engage la conversation avec moi : « Quand j’aurai fini de me saouler la gueule, j’ira à la chasse d’une chair fraîche. Vous savez grand frère, mon sport favori reste l’exercice de jambes en l’air… » Désarçonné par des propos aussi crus, je me contentai de dire : « Allahou Akbar ! » (Dieu est grand !) Mais, mon jeune interlocuteur, imperturbable, me dit de laisser Dieu en dehors de cette histoire et que lui ne compte pas vivre comme « le vieux clochard » avec lequel je m’entretenais.

    Tout à coup, une belle de nuit, vêtue d’une minijupe et d’un body qui laissaient apparaître un corps admirable. De l’entrée de cette intruse, notre conversation s’arrêta brusquement. Je ne pouvais m’empêcher de regarder avec dépit et rage cette jeune dame qui n’a pas hésité un seul instant à accepter l’offre de mon interlocuteur qui pourrait avoir l’âge de son troisième petit frère.
    Moi qui croyais naïvement que cette forme de libertinage n’honorait pas la femme malienne, je tombais des nues. Au finish, résigné, j’ai fini par admettre que cette femme, comme bien d’autres autour de nous, ne font que leur travail. D’ailleurs, ne les appelle-t-on pas professionnelles de sexe. Ces vendeuses de plaisirs ne voient que leurs sous. C’est peut-être leur seul moyen de se prendre en charge. Comme le dit l’adage « Ventre affamé n’a point d’oreille.»

    Cette nuit-là, je me suis beaucoup promener à travers la ville jusqu’à très tard dans la nuit. Le froid glacial qui s’abattait sur la ville ne m’a pas fait cadeau. Après avoir observé diverses scènes de débauche, d’alcoolisme et de tabagisme, pratiquée par des couches très fragiles de notre société, je me suis laissé aller dans des réflexions profondes sur cette génération de jeunes qui sautent trop tôt dans le cercle de tous les vices, mains et pieds liés. Et je me suis demandé ce que sera l’avenir du pays si les enfants qui sont appelés à prendre la relève se conduisent ainsi.

    Alors, je me suis dit que les parents doivent reprendre les rênes de l’éducation de leurs enfants et que les autorités en charge des mœurs à Kayes doivent aussi jouer leur partition et empêchant, par exemple, la vente d’alcool à des mineurs, dans les débits de boisson. Je suis revenu de Kayes satisfait de ma mission mais triste à causes des horreurs morales dont j’ai été témoin.

    Ousmane

     

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