Douentza : Un conflit foncier vire au drame

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     Deux villages voisins, Béni et wakarah, s’affrontent à cause d’un champ. Bilan : un mort et deux blessés. C’était  le 3 octobre dernier dans la commune rurale de Diaweli, cercle de Douentza, région de Mopti.

     

    Le village de Beni est situé dans le cercle de Douentza, dans la commune rurale de Diaweli. Wakara est un village situé dans le cercle de Bandiagara, précisément, dans la commune rurale de Muetoumou. Entre ces deux villages, des champs font l’objet d’un conflit, qui ne finit pas de finir.

    Selon les témoignages, c’est un conflit vieux qui oppose ces deux villages. Chacun  prétend que les champs lui appartiennent. Mais c’est en 1986 que les autorités administratives et judiciaires ont essayé de trancher, pour la première fois, ce différend.

     

    En 1986, les autorités administratives de Bandiagara et de Douentza organisent des rencontres entre les deux villages. Rencontres au cours desquelles, un compromis a été trouvé. Un procès-verbal, en date du 22 mai 1986 attribue les champs litigieux au village de Wakarah pour servir de terres de culture. En outre ce procès-verbal exige l’abandon de tout nouveau champ jusqu’à nouvel ordre. Aussi, il est indiqué dans ce PV que « les chefs de village de Beni et Wakarah ne sont pas autorisés à attribuer des parcelles». Dans un autre PV,  établi au cours d’une rencontre, en date du 23 mars 2006, il ressort que les délégations des deux villages ont convenu de respecter la lettre et l’esprit du procès-verbal du 22 mai 1986 selon lequel, «le village de Beni cède, à celui de Wakarah les terres litigieuses qui ne peuvent faire l’objet de retrait même en cas mise en jachère… ».

    Malgré tout, les habitants de Beni ne tiennent pas leur promesse. Ils continuent d’occuper les champs.  Pour mettre fin à cette occupation, jugée illegale, les habitants de wakarah saisissent, le 27 juillet 2006, sur conseils de Me Demba Traoré, le tribunal de paix à compétence étendue de Bandiagara. L’affaire est jugée, en référé, par le juge de paix à compétence étendue de Bandiagara.. L’ordonnance de référé No- 02 du 27 Juillet 2006 est formelle : «attendu que les attributions de terres, faites par le chef de village de Beni ne sont  conformes ni à la lettre ni à l’esprit du procès-verbal de la rencontre du 22 mai 1986 confirmé par celui du 23 mars 2006. Il convient en conséquence, vu l’urgence, de faire droit à l’action en cessation de troubles des demandeurs (les habitants de Wakarah), ordonner le déguerpissement des habitants de Béni… sous astreinte de 50 000 CFA par semaine de retard. La décision est exécutoire sur minute, avant enregistrement ». Malgré ces injonctions judiciaires, les populations de Béni refusent de vider les lieux. A la surprise générale, ils cultivent, en 2010, les champs censés appartenir au village de Wakarah. Sans qu’aucune autorité administrative n’en pipe mot. En colère, les habitants de Wakarah, profitent du silence des autorités, pour occuper en 2011, les champs. Et y cultivent du mil. Les habitants de Beni, sont venus, à leur tour, semer du dah,  des arachides, et du  haricot dans ces mêmes champs. Ceux de Wakarah attendent que les semis sortent de terre pour les arracher. Suite à cette destruction, quatre jeunes de Wakarah seront arrêtés et emprisonnés. La tension monte entre deux villages jusqu’au 2 octobre dernier, date à laquelle, un émissaire informe les habitants de Wakarah que ceux de Béni sont en train de faire la récolte sur les champs.

     

    Armés de fusils et de gourdins, les habitants de Wakarah descendent sur les lieux. Informées, les autorités de Douentza envoient un détachement de la gendarmerie sur place. Débordés, les gendarmes n’ont pu maîtriser la situation. Comme dans un film western, les deux villages s’affrontent à coups de fusil et gourdins. Bilan: 1mort et deux blessés du côté de Beni. Certains habitants du village Wakarah avaient été arrêtés avant d’être libérées.

    Aux dernières nouvelles, le ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales, le General Kafougouna Koné, a été saisi de l’affaire. Une enquête est en cours pour situer les responsivités. Au même moment, un  témoin nous révèle qu’un autre affrontement se prépare. Selon lui, ce conflit est une question d’honneur, c’est pourquoi aucun village ne veut se laisser faire.

     

    Il est temps que les autorités prennent leurs responsabilités pour trancher, définitivement, ce conflit qui n’a que trop duré.

    Abou Berthé     

     

     

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