Fait divers : Le crépuscule des faussaires

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    Un véritable réseau des fabricants de faux de diplômes, de lettres d’attribution, de permis d’occuper et d’entêtes des documents administratifs et de faux cachets de l’administration a été découvert à Bamako.

    Les gendarmes sont très alertes, par ces temps qui courent, pour démasquer des faussaires de diplômes et d’autres documents administratifs. Il y a trois semaines le commandant de la brigade des recherches du camp I de gendarmerie de Bamako a réussi un coup fumant. Il a mis la main sur l’un des plus grands réseaux de faussaires de diplômes de la capitale. Le délinquant a été présenté à la télévision nationale. Il était en possession de tout un arsenal de scanners, de photocopieuses, de cachets (faux) et de papiers. Les feuilles prouvaient qu’il s’était entrainé à imiter la signature des différents responsables autorisés à signer les différents diplômes et attestations. Peu de temps après cette formidable prouesse de la gendarmerie nationale, la brigade territoriale de Kalabancoro a mis la main sur un autre faussaire. Ce chef lieu de commune très proche de la capitale dispose d’une une école privée créée il y a deux ans. Le promoteur, un cadre de la haute administration de l’Etat, a tout mis en œuvre pour que son centre de formation occupe une place de choix dans l’enseignement professionnel et technique de notre pays. Dès la création de l’établissement, qui est à sa deuxième année, le propriétaire a recruté du personnel hautement qualifié. Il a donné la liberté à ses employés de gérer l’établissement à leur convenance. Le personnel inclut un certain Mohamed Cissé. Cet enseignant de 31 ans a été recruté et promu au poste de directeur des études. L’école allait bien. Les élèves et leurs parents ne se plaignaient pas de la formation suivie. Le promoteur très rigoureux dans tout ce qu’il fait a tenu, selon ceux qui l’ont approché, à appliquer la même rigueur à tout le centre. Il aurait instruit à ses employés de voir au-delà de l’argent la formation des enfants et surtout leur éducation correcte. « Je sais que tous les promoteurs des écoles privées privilégient plus les recettes que la bonne formation et l’éducation des enfants destinés à devenir des hommes et des agents de ce pays. J’ai créé cette école pour contribuer sur ce front (éducation, formation) au développement de mon pays » aurait-il dit à ses employés à l’ouverture du centre en 2010.

    PORTE DEFONCEE. La première promotion obtiendra son diplôme à la fin de l’année en cours. Au début du mois de décembre, le directeur des études, Mohamed Cissé avait commencé à ne plus occuper son poste de façon régulière. Les élèves comme les enseignants ne comprenaient plus ce relâchement. Toutes les fois qu’il a été interpellé par la direction administrative, il trouvait un argument valable pour se justifier. Au milieu du mois de janvier, il avait encore disparu. Des recherches ont été entreprises pour le localiser. Mais elles demeurèrent vaines. Les autres membres de l’administration avaient besoin de certaines données qui étaient en sa possession. Ils ont alors fait appel à un huissier et à un gendarme pour défoncer la porte du bureau. Nous étions le 23 janvier. Ce jour très tôt le matin, l’auxiliaire de justice et le gendarme accompagnés d’un menuisier métallique se présentèrent devant la porte de la direction des études du centre. L’ouvrier commença son travail et en quelques minutes il parvint à défoncer la porte. L’huissier et le gendarme entrèrent pour procéder au recensement des objets trouvés dans le bureau. Très vite, ils tombèrent sur des documents de grande importance, mais suspects. Dans les tiroirs étaient rangés quatre cachets (faux) des autorités du cercle de Kati. Le premier porte la mention « région de Koulikoro, cercle de Kati, le Préfet de Kati ». Le deuxième cachet concerne le « Cercle de Kati, section régie, régisseur des domaines ». Deux autres cachets de l’administration scolaire étaient rangés dans les affaires de Mohamed Cissé. Ce sont des copies des cachets du doyen de l’université de Bamako et du ministre de l’Education nationale. Les gendarmes et l’huissier n’étaient pas encore au bout de leur découverte. Dans un tiroir du directeur des études, il avait été découvert plusieurs entêtes de lettres d’attribution de parcelles et des permis d’occuper. Des copies vierges mais signées du diplôme d’Etudes universitaires générales (DEUG) et qui attendaient de trouver preneurs. Des piles d’attestations vierges du Bac et des diplômes de l’établissement qu’il dirigeait étaient prêtes à être vendus. Après cette découverte, le major Sékouba Koné, commandant adjoint de la brigade territoriale de Kalabancoro envoya ses hommes aux trousses du faussaire qui sera vite interpellé. Interrogé sur la provenance des cachets et des copies déjà remplies des diplômes, des lettres d’attribution et des permis d’occuper, l’enseignant affirma qu’il les avait fabriqués avec la complicité de deux élus de la commune V. Ces deux élus seront convoqués à la gendarmerie. Mais ils nièrent de façon catégorique leur implication dans l’affaire. Pourtant, le faussaire jure par tous les dieux que ces deux édiles sont ses mentors et qu’ils avaient pris part à toute cette affaire. Le criminel déclare même que les cachets lui ont été fournis par l’un de ces complices, dont nous taisons le nom pour l’instant, avant de les rencontrer. Nous avons essuyé deux échecs dans nos tentatives d’entrer en contact avec eux.

    AFFAIRE GRAVISSIME. Dans les jours à venir nous reviendrons sur cette affaire gravissime. Personne ne peut comprendre qu’au moment où tout le monde se plaint du faible niveau des enfants et encore plus de la mauvaise qualification de certains cadres de notre administration, des responsables d’écoles privées s’impliquent dans des réseaux de faussaires. A peine ce dossier terminé et envoyé devant le procureur de la république près le tribunal de première instance de Kati, le commissariat de police du 1er arrondissement a été saisi d’une plainte par la chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM). En effet, le 19 janvier 12, le commissaire principal Mahomed Ali Aweissoun reçut la visite du coordinateur de la CCIM en la personne de Boubacar Coulibaly. Il venait porter plainte contre une imprimerie de Ouolofobougou et un certain Baladji Touré encore en cavale. Le motif de la plainte ? Des agents de la chambre sont tombés par hasard sur l’imprimeur Issiaka Souleymane Doumbia qui fabriquait des entêtes des documents de la CCIM. Interrogé sur place par ceux qui l’ont surpris, le propriétaire de Imprim Star a répondu qu’il faisait le travail pour le compte de Baladji Touré. Conduit au commissariat l’homme a fait la même déclaration. Il tentera de faire croire aux policiers qu’il était juste un homme d’affaires à qui on a demandé un travail. Mais lorsque le commissaire lui a demandé de montrer le bon de commande, il prétendit qu’il ne savait pas que le travail qu’il effectuait avait besoin d’un document de ce genre. Il a prétendu que le client qui lui avait confié le marché est bien connu dans le milieu des imprimeries où il est considéré comme un démarcheur. Le commissaire principal Mohamed Ali Aweissoun ne s’embarrassait pas beaucoup sur le cas. Il déféra l’imprimeur devant le parquet de la commune III où il a été mis sous mandat de dépôt. Son commanditaire, Baladji Touré reste encore introuvable. Mais les limiers promettent qu’il sera sous les verrous dans les jours à venir. La CCIM déclare avoir perdu beaucoup d’argent dans cette combine. Et elle continue encore à perdre de l’argent par la faute de ce genre de faussaires et de leurs complices.

    Gamer A. Dicko

     

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