À Kountou, dans le Bélédougou : Un « Latourou Massa » tue sa femme avant de se suicider

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    « Noufa  Bolokélé », Tien Massa » de son état  a « vu » sa mort prochaine dans une géomancie appelée « Latourou  » ou « Tien » en langue bambara. Aussi, ce sexagénaire  jura qu’après sa disparation, aucun « bilakoro » ne profitera de sa femme. C’est donc par respect pour sa parole donnée qu’il  tua d’un  coup de fusil son épouse avant de se donner la mort quelques instants plus tard.

    Ces faits troublants, qui remontent à quatre jours seulement, se sont déroulés au Bèlèdougou, contrée de toutes les intrigues, berceau de l’ethnie bambara et milieu d’agriculture, d’élevage et surtout de chasse aux animaux sauvages. Bref, le Bèlèdougou est un endroit « perdu » dans la zone sahélienne, au Sud-est du pays. Mais le Bèlèdougou, c’est surtout un milieu de savoir mythique  et occulte par excellence. Un milieu multiculturel  aussi parce que situé à la croisée d’une mosaïque de peuples, de races et d’ethnies  aussi nombreuses que diverses. Ce sont là des facteurs assez valables pour expliquer la richesse en savoir et connaissances traditionnels, occultes et ésotériques de ce milieu sahélo-soudanais, et cela, depuis des millénaires.

    Depuis la création de la contrée, il n’y a pas  eu de village, si petit soit-il, qui n’ait pas abrité de grandes célébrités en matière de connaissance occulte ou mythique. Selon nos sources, l’initiation au « Tien » ou au « Latourou » est une coutume profondément ancrée dans les mœurs des Bambaras du Bèlèdougou. Bref, tout enfant de ce terroir qui a atteint l’âge adulte sait faire et interpréter la géomancie dite « Tien ». Cette pratique obéit à des incantations et même des rituels annuels pour se procurer de meilleurs augures.

    C’est dans ce contexte et au milieu de tout ce savoir qu’on l’obtient en famille au fur et à mesure qu’on gravit les échelons de la hiérarchie sociale ? C’est dans ce contexte que Noufa Bolokélé voit le jour. Au fil des années, il se fait une place respectable au sein de sa société grâce à sa connaissance et sa maîtrise de la géomancie (le «Tien »), au point de devenir une célébrité incontestable. Aussi, il guérit les malades, résout les problèmes des personnes, tue même ses ennemis et  détracteurs avec son « Latourou » (fétiche). Autant  notre chasseur guérisseur féticheur  et « Latourou Massa » était craint, autant il était sollicité. 

    Dans le Bèlèdougou, la rivalité et la concurrence le disputent à méchanceté et que pour assurer sa survie, il faut être très méchant et un tueur invétéré. Tuer un être humain à travers la géomancie (le « Tien ») était la méthode que notre géomancien utilisait fréquemment pour en finir avec ses ennemis et autres détracteurs. C’est ainsi que Noufa le charlatan s’était attiré autant d’amis qu’une multitude d’ennemis parmi lesquels de grands féticheurs et « Latourou Massa » comme lui. Eux non plus n’étaient prêts à laisser Noufa vivre en paix : bref, c’était la « chasse à l’homme » entre connaisseurs, la rivalité à outrance, la vengeance à « tombeau ouvert » entre grands du savoir mythique et du « Tien » en particulier.

    Un jour (mois de janvier),  Noufa  « sonde » les nouvelles du jour dans son « latourou » (géomancie) et s’aperçoit aussitôt que ses jours était comptés à travers les dispositions du « Tien ». Surpris et angoissé, il fait aussitôt appel à un autre « Latourou Massa » aussi fort que lui pour analyser les seize cases de son « tien » du jour. Alors, ce dernier déclare brutalement à Noufa que ses jours sont comptés, voire finis et qu’à cela, il n’y pas de sacrifice possible ! Notre connaisseur de « tien » (Noufa) comprend  alors que ses ennemis l’ont eu et qu’il n’a plus aucune solution pour leur échapper. Aussitôt il décide de tuer sa femme pour qu’après lui, « aucun bilakoro de rival ne s’empare d’elle ». Noufa Bolokélé charge alors son fusil, attend la nuit et vient tirer à bout portant sur sa femme, mettant ainsi brutalement fin à sa vie. Et obéissant à sa parole donnée, le « Latourou Massa » assassin se donne la mort avec le même fusil.

    D’après les Bambara et les Malinkés, « Mi foto, o dé kè to. Ni mi kèla, o dé foto yé ». C’est dire que la parole donnée est souvent assassine pour celui qui respecte sa parole.

    A.F.Coulibaly

     

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