La fortune au bout du plateau

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    La fortune se trouve, souvent, au bout d’une idée géniale. Mais que dire de celui qui la trouve, rien qu’en mettant son idée… en jeu, au sens propre ? C’est pourtant le coup qu’a réussi un pauvre paumé,… sans s’y attendre d’ailleurs…

    Nous sommes aux USA, en 1930, au cours de l’hiver le plus rigoureux que le pays ait jamais connu. Les américains souffrent d’une terrible dépression, qui est en train de dévaster le pays : la crise de 1929.  Après la faillite de la Bourse et de nombreuses banques, des millions de personnes se retrouvent au chômage, contraintes, pour nourrir leur famille, de compter sur la générosité publique, ou de mendier quelques dollars. Charles Darrow est l’un de ces malheureux.

    Une idée en jeu

    Cet ingénieur de 40 ans habite Germantown, en Pennsylvanie. Il a perdu son emploi, et sa femme, ouvrière dans le textile, ne touche qu’un maigre salaire. Pour faire vivre la famille, le ménage doit impérativement trouver une autre ressource. C’est alors que l’ingénieur trouve une idée géniale. En ces temps difficiles, l’Amérique ne rêve que d’une chose : la prospérité. Et Darrow va lui offrir tout cela,… sur un plateau, au sens propre du terme. Il invente et commercialise un jeu de société qu’il baptise Monopoly. Un jeu dans lequel on peut acheter ou hypothéquer des maisons et des hôtels, devenir milliardaire, bâtir un empire immobilier ! C’est le rêve américain retrouvé… Le premier prototype du jeu de Darrow est rudimentaire : un plateau fabriqué à l’aide d’une simple toile de jute colorée avec de la peinture distribuée, gratuitement, par un magasin de la ville. Quant aux maisons et hôtels, ils sont grotesquement taillés dans du bois, fourni par un chantier en construction. Dans cette toute première version de son Monopoly, Darrow utilise les noms de rue d’Atlantic City, la ville côtière où il avait l’habitude d’emmener sa famille en vacances. Le public va très vite s’intéresser à ce jeu dans lequel on peut devenir riche. Du moins virtuellement. En 1935, l’année du lancement, Darrow produit, chez un imprimeur de fortune, six exemplaires de son drôle de jeu. C’est le début d’une ascension fulgurante. Alors l’ingénieur réussit à convaincre la société Parker, spécialisée dans la fabrication des jeux de société. Dès la fin de l’année, l’entreprise produit 20.000 exemplaires du Monopoly,… par semaine !

    La fortune au bout du plateau

    Et depuis, le succès ne s’est jamais démenti. Les éditions se sont succédées sur le plateau de jeu. Et les noms des rues des plus grandes villes du monde ont remplacé ceux d’Atlantic City : New York, Londres, Paris, Moscou, Rio de Janeiro, Delhi… Grâce au succès planétaire de son Monopoly, Charles Darrow est devenu milliardaire. Pour un homme, qui voulait redonner une sensation de prospérité à ses compatriotes, frappés par la crise, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a réussi ! Mais si le Monopoly a rendu riches des millions de gens, il en a ruiné des millions d’autres et en a envoyé autant en prison. Et ses milliards de faux billets courent à travers le monde. Ce qui n’empêche pas que, depuis sa création, 250 millions d’exemplaires soient vendus.

    Chaque année, 500.000 exemplaires sont vendus en France, où 82% des foyers en possèdent au moins un ! Le jeu y est aussi répandu que les postes de télévision ! Le Monopoly a été traduit en 26 langues à travers le monde. Le seul pays qui l’a refusé sur son sol, c’est Cuba : Fidel Castro trouve que ce jeu faisait « la promotion du système capitaliste ». Qu’importe, il reste l’un des jeux les plus fascinants. Et tenez, le fabricant actuel du jeu –une société américaine- se targue de fabriquer plus de billets de banque pour son jeu que… la banque américaine n’imprime de dollars ! Et tenez encore : le Monopoly le plus cher, jamais fabriqué, est incrusté… de diamants et de pierres précieuses. Son coût : un million de dollars !

     

    Le Viator

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