Contrôle physique des fonctionnaires : Le parcours du combattant

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Contrôle physique des fonctionnaires : Le parcours du combattantLes agents mettent un temps fou pour passer le contrôle. Et une fois cette étape franchie, c’est une nouvelle épreuve qui commence pour le paiement du salaire. L’opération en principe banale se transforme en cauchemar pour nombre de fonctionnaires

 

L’opération de contrôle physique déclenchée par le gouvernement pour dénicher les fonctionnaires fictifs bat son plein. Mais disons-le tout de suite : l’opération connaît beaucoup de ratées. Certains parlent même de désordre général. La situation est particulièrement explosive au niveau de l’enseignement. Des enseignants ont même battu le pavé hier pour se faire entendre.

Nous sommes hier au CAP de Faladié en Commune VI du District de Bamako. La tension est à son comble. Les  centaines d’enseignants venues se faire contrôler physiquement sont au bord de la crise des nerfs. «  Nous sommes fatigués, épuisés, nous ne savons plus à quel saint nous vouer »,  peut-on entendre au milieu des cris de désespoir. « Je suis là depuis 5 heures du matin. Je fais le rang depuis le 25 novembre. C’est seulement hier (Ndlr, mardi) que j’ai pu faire mon contrôle. Et quand je suis finalement rentrée à 20 heures passées en famille à la Cité des 1008 logements, mon mari était énervé, mais il a fait contre mauvaise fortune bon cœur.  Il s’est résigné à accepter  la situation. Et voilà j’étais obligée de venir aujourd’hui encore car je n’ai pas encore perçu mon salaire.  J’ai quitté  la maison à 5 heures du matin sans voir mon petit garçon de 4 ans qui dormait à cette heure », a témoigné Mme Koné Mariétou Sidibé, enseignante à l’école des aveugles de Faladié  qui relève du Centre d’animation pédagogique (CAP) de Faladié.

Amadou A. Yattara, directeur du CAP de Wabaria à Gao, est lui arrivé mardi dans la capitale.  Il doit faire son contrôle à Bamako car son salaire n’a pas encore été viré à Gao. Dès son arrivée dans la capitale, il a filé directement au CAP de Faladié en vue de subir le contrôle physique. « A mon arrivée avec mon sac de voyage, j’ai trouvé que le portail d’entrée de la cour du CAP était fermée.  L’accès à la cour était impossible à cause du monde. J’ai regagné le domicile de mon logeur à Lafiabougou. L’opération n’est pas du tout fluide. Les gens passent au compte-goutte. Et quand bien même on arrive à se faire contrôler, on ne sait pas quand est-ce qu’on aura son argent », a confié le directeur du CAP de Gao, d’un ton résigné, lui qui a déboursé 20 000 Fcfa pour le transport Gao-Bamako et devra dépenser le même montant pour le retour.

EVANOUIE PAR LE SOLEIL. Mme Dembélé Aïssata Sidibé, relevant du CAP de Banankabougou et enseignante à l’école des 1008 logements, n’a pas assez de mots durs contre les agents chargés du contrôle. « Depuis le 25 novembre, les cours sont arrêtés parce que nous passons toute la journée ici pour chercher à se faire contrôler et être payé en retour. Et depuis la semaine dernière, les enseignants courent derrière le contrôle qui ne se fait pas. Hier (Ndlr, mardi), quand je suis arrivée j’ai trouvé le portail du CAP fermé. Je suis restée sous le soleil de plomb et finalement, j’ai eu des vertiges et je suis tombée. C’est après cet incident, que des collègues m’ont prises pour m’amener à l’intérieur et m’adosser au mur du CAP. Je cours depuis samedi où j’ai été contrôlée, derrière mon salaire. Les fiches sont mélangées et les agents n’arrivent pas à s’en sortir. C’est extrêmement grave et énervant que l’Etat n’arrive pas à  bien organiser une opération de ce genre »,  dénonce Mme Dembélé Aïssata Sidibé.

Et la dame de poursuivre : «  Je suis arrivée à 3 heures du matin au CAP et je me suis retrouvée à la 100è place. Certains collègues ont même passé la nuit ici. J’ai  effectué avec eux la prière de l’aube. Toute la journée, nous sommes là entassés comme des animaux. Il n’y a pas à manger. Nous nous nourrissons d’arachide grillée ».

Son collègue Youssouf Sangaré, directeur du groupe scolaire de Niamakoro est tout aussi perplexe. « Depuis le vendredi dernier, je cours derrière le contrôle que je n’arrive toujours pas à effectuer à cause  de la grande pagaille. Les gens se bousculent et il faut donner  des coups de coude pour accéder à la salle des contrôleurs. Je suis âgé, je suis un directeur d’école, je ne peux pas me permettre de me retrouver dans cette situation de bousculades.  Avec d’autres collègues âgés, nous avons décidé  de patienter et  d’attendre un moment plus favorable. Aujourd’hui (hier), je me suis inscrit à la 109è place. Le plus dur pour moi est que la situation commence à devenir intenable en famille, où on commence à manquer d’un peu de tout»,  assure  le directeur du groupe scolaire de Niamakoro.

Des femmes sont assises à même le sol et d’autres sur des nattes. Elles pestent toutes contre la lenteur du contrôle.  Certaines attendent d’être contrôlées tandis que d’autres sont venues chercher  leur salaire. Au moment même où notre équipe s’apprête à quitter les lieux, deux dames ont débarqué du quartier Banconi sur l’autre rive et ont étalé un pagne et quelques récipients qui contiennent de la tisane et quelques friandises. Elles  comptent passer la journée sur place pour avoir leur paie.

La situation du  directeur du CAP lui-même n’est pas enviable. La cour de son service est envahie et squattée tous les jours depuis la semaine dernière et les agents n’arrivent plus à travailler dans la sérénité. Tous les enseignants fonctionnaires des établissements secondaire, général, technique et professionnel de la rive droite notamment sont dirigés sur son service.

« Je dois moi-même me rendre à Dioïla le mois prochain pour subir mon contrôle physique et toucher mon salaire. En attendant, j’ai reçu chez moi et hébergé des parents fonctionnaires venus des régions. Actuellement mon stock de vivres est dans une situation très critique. Quand je vois comment ça se passe sous mes yeux, je suis inquiet»,  confie le directeur du CAP de Faladié.

 

MARCHE DE PROTESTATION.  Pendant que nous  recueillons les témoignages d’agents en colère, nous apprenons que d’autres groupes d’enseignants ont initié une marche de protestation en direction du département de tutelle (le ministère de l’Education nationale).  Allons donc voir de ce côté. Sur place,  nous constatons qu’effectivement des enseignants mécontents ont voulu se faire entendre  par les responsables du département.

Finalement, un petit groupe de protestataires composé notamment d’Adama Konaté, Bakary Traoré, Mamadi Diabaté, Diakalia Sogodogo et Alima Dembélé a pu rencontrer le secrétaire général du ministère de l’Education nationale, à qui ils ont exposé la situation.

Selon le commissaire principal 1er Arrondissement, Abdoulaye Coulibaly qui a déployé en relation avec la direction régionale de la police du District, un impressionnant dispositif de sécurité aux alentours du ministère, le secrétaire général du département a reconnu la mauvaise organisation du contrôle et a promis aux manifestants que toutes les dispositions appropriées seront prises pour alléger leur souffrance.

Au sortir de cette rencontre, les  enseignants ont également écouté sur le pavé du département, le chef de cabinet du ministère du Travail, de la Fonction publique et des Relations avec les institutions, Amadou Maïga venu les apaiser. Il leur a promis de les recevoir séance tenante et de les écouter en vue de transmettre à qui de droit les doléances.

Le commissariat du 1er Arrondissement qui avait interpelé sans violence un manifestant l’a relâché immédiatement après une brève déposition. Sur ces gestes d’apaisements, les manifestants ont décidé de retourner au Lycée Askia Mohamed pour poursuivre le contrôle physique. Par mesure de précaution, le commissaire principal Abdoulaye Coulibaly a jugé utile de déployer une légère équipe sur le site afin de sécuriser le contrôle.

La situation de l’enseignement n’est pas un cas isolé. Plusieurs agents d’autres départements subissent les mêmes désagréments pour le contrôle physique. La tension monte régulièrement sur les sites de contrôle et les esprits s’échauffent rapidement. En effet, comment maîtriser ses nerfs, quand il faut patienter plus d’une semaine pour se faire contrôler et courir la semaine suivante pour  obtenir le paiement de son salaire ? La situation des femmes mariées est très délicate. En effet, même si la raison est connue de tous, les maris voient d’un mauvais œil, leur femme rester dehors jusqu’à des heures impossibles.

Il y a d’autres cas incompréhensibles. Comme ceux (nombreux) qui ont été contrôlés  en octobre et dont le virement bancaire n’a toujours pas été effectué pour le salaire du mois de novembre. Nous reviendrons sur d’autres aspects des agréments subis par les fonctionnaires à cause d’une opération qui à notre connaissance n’a pas été improvisée.
M. COULIBALY

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4 COMMENTAIRES

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  2. C’EST DE L’IDIOTIE!!!! SI LE DEPARTEMENT DE L’EDUCATION NE FAIT PAS CONFIANCE AUX DIRECTEURS POUR LUI DONNER LE NOMBRE EXACT DU PERSONNEL DANS LEURS ETABLISSEMENTS RESPECTIFS, IL DOIT LES LIMOGER!!!!! POURQUOI CONTINUER A’ AVOIR A’ LA TETE DES ETABLISSEMENTS SCOLAIRES DES PERSONNES A’ QUI ON NE FAIT PAS CONFIANCE???? ON DOIT SE CONTENTER DES CHIFFRES DONNE’S PAR LES DIRECTEURS. IL Y A DES METHODES POUR CONTROLER LESDITS CHIFFRES!!!!
    LA METHODE UTILISE’E ACTUELLEMENT EST HUMILIANTE ELLE DOIT ETRE ABANDONNE’E!!!!

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