Mahamoudou Tapha, directeur du Centre des Concours de la Fonction Publique, à propos des rumeurs de fraude : «Nous subissons des pressions… »

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L’Etat malien a décidé le recrutement de 757 agents devant servir dans la fonction publique. À cet effet, des milliers de jeunes diplômés (plusieurs catégories confondues) ont pris part aux différentes épreuves, organisées sous l’égide du Centre national des concours de la fonction publique. Au terme de cette phase, qui a pris fin la semaine dernière, de folles rumeurs circulent à Bamako sur la moralité de ce concours de recrutement à la fonction publique. Alors que certains parlent de magouille ; d’autres évoquent l’ingérence de responsables politiques (proches du pouvoir) qui voudraient caser de jeunes militants… Qu’en est-il de la véracité de ces rumeurs ? Y a-t-il des pressions politiques sur les responsables chargés de l’organisation du concours? Comment le concours est-il organisé ? Le directeur du Centre national des concours de la fonction publique s’est confié à notre reporter.

L’idée est ancrée dans la tête de bon nombre de Maliens : il faut mettre la main à la poche pour espérer passer au concours de la fonction publique. Ainsi, chaque recrutement direct apporte son lot de spéculations, sur fond de rumeurs aussi insistantes que difficilement vérifiables. Cette année encore, une magouille à grande échelle (impliquant des personnalités politiques) serait organisée autour du recrutement. Le centre national des concours de la fonction publique, dirigé par Mahamoudou Tapha, est accusé d’être au centre de cette magouille qui entoure le processus. En effet, selon les rumeurs, des partis politiques (appartenant à la majorité présidentielle) auraient transmis des listes de candidats à faire « passer coûte que coûte ». S’y ajoute les pressions de personnalités (haut placés) qui tenteraient par tous les moyens d’influencer le directeur du Centre. Mais ce dernier balai ces rumeurs d’un revers de la main: « je n’ai reçu aucune liste venant d’un parti politique. Par contre, nous subissons de fortes pressions de part de personnes qui pensent qu’il est possible de tricher pour être admis ou faire passer un fils, un neveu, ou encore une connaissance. Ces gens-là font toutes sortes de propositions (argent, des parcelles…). On a beau expliquer qu’il est impossible de tricher, toujours est-il qu’ils pensent le contraire. Depuis l’annonce du concours, il ne se passe pas un jour sans que quelqu’un (souvent des parents à moi-même) ne vienne me proposer quelque chose. Aussi, toutes nos connaissances nous appelle pour dire qu’un tel ou u tel a fait le concours. Il y a des candidats qui viennent se confier même à des plantons qui travaillent ici. Mais, ce qu’ils ne savent pas c’est que personne, même le ministre en charge de la fonction publique, n’a la main sur l’ensemble du processus. Le concours est organisé de telle sorte qu’il est pratiquement impossible de tricher… ».

Que dire du processus ? A en croire Tapha, c’est un travail à chaîne, fait par de groupes indépendants les uns des autres. En effet, après les épreuves, les copies arrivent au secrétariat du Centre où elles sont pliées et collées. Autrement dit, l’identité des candidats est masquée. Ainsi, les correcteurs ne voient pas les noms des candidats. Après correction, explique Tapha, la première tâche du secrétariat consiste à découvrir les identités des candidats. Cela se fait en présence, notamment des observateurs délégués par des associations de jeunes diplômés sans emploi. « À partir du moment où tout le monde voit tout, personne ne peut modifier quoi que ce soit ; même s’il arrive que certains essayent », affirme notre interlocuteur. La phase suivante ? Des petits groupes de trois personnes portent (manuellement) les notes sur les PV. Une fois que ces équipes terminent, les copies sont remises à une seconde équipe (aussi constituée de petits groupes de 3) qui saisit les notes dans l’ordinateur.  À la fin de cette étape, une confrontation est faite entre les relevés manuels et ceux contenus dans la machine, afin de détecter toute incohérence. Le cas échéant, « nous revenons aux copies pour vérification », a précisé le directeur. C’est dire  combien l’opération est effectuée dans une grande transparence et avec beaucoup de précautions. Cependant, Tapha reconnait : « il y a toujours des brebis galeuses ou des tentatives de falsification des notes ; mais je vous assure que tous ceux qui se sont essayés à cette pratique ont été pris ». Aussi a-t-il rappelé que les sujets sont proposés par les départements ministériels qui fournissent également les correcteurs.

Pour Mahamoudou Tapha, les rumeurs qui circulent sont sans fondement. « Si les auteurs de ces rumeurs avaient des preuves, on aurait vu autre chose… »

I B Dembélé

 

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