De la période des empires à nos jours : Ces braves femmes qui rappellent le Mali

0

 

Femmes des empires, femmes de la colonisation, femmes contemporaines ; dans l’une ou l’autre catégorie, nos ancêtres, nos aïeules, nos grands-mères, nos mères, nos sœurs et nos filles sont légion qui ont fait et fondé ce que le pays a de plus noble dans ses valeurs sociales, sociétales, politiques et culturelles. L’histoire du Mali regorge de figures féminines emblématiques dont le rappel des origines et des œuvres nous incombe s’il ne s’impose à nous dans le cadre de la Journée dédiée aux femmes, célébrée le 8 mars dernier. De Sassouma Bérété à Ramatoulaye Dembélé, en passant par Tapama Jenepo, Ba Faro, Fanta Damba n°1 et 2, Sira Mori Diabaté, Tata Bambo Kouyaté, Aoua Kéita, Mme Gakou Fatou Niang, Kéita Rokiatou Ndiaye, le général Kani Diabaté, Mme Sy Kadiatou Sow, Tita Koné, Wandé Kouyaté, Lalla Sy, etc., elles sont des centaines, voire des milliers qui méritent que leurs noms figurent dans l’hommage que nous rendons aux femmes maliennes dans le présent dossier.

Aoua Kéïta : L’éternelle première de la classe

Née le 12 juillet 1912 à Bamako. Décédée le 7 mai 1980 à Bamako d’hypertension artérielle. Aoua Kéita est la fille de l’adjudant Karamoko Kéita, ancien combattant de la Première Guerre mondiale, originaire de Kouroussa (République de Guinée) et de Mariam Coulibaly, ménagère guinéenne. Aoua a connu deux mariages : elle épouse en premières noces Daouda Diawara, médecin africain, et en secondes noces Djimé Diallo, enseignant. La sage-femme de profession qui a effectué le pèlerinage à La Mecque en 1978 n’a malheureusement pas eu d’enfant.

Distinction particulière : figure politique la plus brillante des années d’indépendance. Première femme syndicaliste du Mali. Médaillée d’or de l’indépendance. Auteur du célèbre ouvrage, “Femme d’Afrique”, Grand prix littéraire d’Afrique noire, sa formation est impressionnante.

1923-1928 : Etudes primaires à l’Ecole de filles et au Foyer des métisses de Bamako avec admission au concours d’entrée à l’Ecole de médecine de Dakar. Place occupée à ce concours : 4e de l’Afrique occidentale française et 1re du Soudan. 1928-1931 : Formation de sage-femme à l’Ecole africaine de médecine et de pharmacie de Dakar avec obtention du diplôme en 1931. Janvier à avril 1943 : stage de ré-imprégnation en vue de l’examen éliminatoire au principalat : Aoua est reçue première sur six candidates. Elle suivit un stage de perfectionnement à Dakar. La vie professionnelle d’Aoua Kéita est inséparable de sa vie militante.  En effet, 1931-1943 à Gao. Elle y ouvre, en 1934, la maternité de cette ville. En 1935 déjà, après son mariage et sous l’impulsion de son mari, elle fait sa prise de conscience politique.

1943-1945 ; elle effectue un séjour professionnel à Tougan (actuel Burkina Faso).

Janvier 1946-juillet 1946 : Kayes. Pour la petite histoire, elle assistera à la naissance du président Alpha Oumar Konaré, le 2 février 1946. Pour la première fois, Aoua Kéita vote le 2 juin 1946. Elle renoncera à la citoyenneté française pour voter.

Juillet 1946 : Aoua Kéita reçoit un télégramme de la direction générale de la santé de Dakar la détachant de la fonction publique et faisant d’elle et de son mari des fonctionnaires hors cadre mis à la disposition du directeur de l’Office du Niger. Elle est donc affectée à Niono. Dès 1946, elle adhère à l’US-RDA et se lance, avec son mari, dans la bataille électorale.

1946-1949 : Niono. 1949, Aoua Kéita divorce d’avec son mari. 1949-1950 : elle exerce seule à Kokry. Janvier 1950-mai 1950 : Markala.

Mai 1950-1951 : Gao. Aoua Kéita est réaffectée dans cette ville disciplinaire où étaient envoyés les enfants turbulents de la colonie, car elle était déjà taxée de “grande communiste”. Elle était “un fonctionnaire indésirable”. Elle contribuera à faire de Gao une section pilote de l’US-RDA œuvrant dans ce sens avec Mahamane Alassane Haïdara, son ami, victime lui aussi de l’arbitraire colonial.

1951-1953 : Bignona, cercle de Ziguinchor (Casamance) où elle fut affectée une fois de plus par mesure de représailles.

1953 : Nara, où elle mena une activité syndicale intense. Elle y regroupa notamment les femmes dans une mutuelle dont l’objectif majeur était “l’assistance morale et matérielle à tous les membres et en toutes circonstances”.

Aoua Kéita ne s’est du reste pas attaquée tôt aux problèmes des femmes car il lui paraissait inopportun et prématuré pour une responsable politique opposée au pouvoir colonial de mener le combat contre une tradition multiséculaire, combat qui l’aurait à coup sûr rendue impopulaire.

1957 : Elle participe, à la tête de l’Inter syndicat des femmes travailleuses, au congrès constitutif de l’Union générale des travailleurs d’Afrique noire et au 2e congrès des travailleurs du Soudan à l’issue duquel elle est élue au bureau des Syndicats des travailleurs du Soudan.

Elle participe au 2e Congrès de l’US-RDA à Bamako, au 4e Congrès de la Fédération syndicale mondiale à Leipzig, en Autriche. Elle est invitée au 2e Congrès du Parti démocratique de Guinée et au 2e Congrès de l’Union démocratique de Haute-Volta.

1958 : A l’issue du 5e Congrès de l’US-RDA, elle est la seule femme élue au bureau politique de ce parti.

Après le référendum du 28 septembre 1958, elle est nommée membre du Comité constitutionnel de la République soudanaise, attachée de cabinet au ministère du Travail et des Affaires sociales. Portée sur la liste du parti, elle est élue aux élections législatives de 1959.

1960 : Elle représentera la Commission sociale des femmes, créée en 1960, au bureau politique. C’est donc après cette élection comme responsable nationale des femmes qu’Aoua Kéita va pouvoir exprimer son souci concernant la libération des femmes par rapport aux charges et coutumes ancestrales rétrogrades.

Juin 1960 : Elle fait sa première intervention sur la situation des femmes.

Février 1962 : Son combat amorce un tournant décisif après la codification de la loi sur le mariage et la tutelle.

1966 : Aoua Kéita part à la retraite, mais elle continuera à siéger au Bureau politique au compte de la Commission sociale des femmes jusqu’au 22 août 1967, date de la “Révolution active” de l’US-RDA qui la balaie, avec tant d’autres cadres du Parti. Elle restera Député jusqu’en 1968, date de la dissolution de l’Assemblée après le coup d’Etat militaire du 19 novembre 1968.

Mars 1970 : Aoua Kéita suit son deuxième mari, Djimé Diallo, à Brazzaville où ce dernier exerçait comme expert de l’Unesco à l’Ecole normale supérieure. A Brazzaville, Aoua Kéita fut sollicitée par Marien Ngouabi pour organiser les femmes congolaises, mais dans un cadre informel. Elle est rentrée de Brazzaville en 1979.

Le nom de Aoua Kéita est attaché aussi à l’ouvrage qu’elle a écrit sur elle-même, “Femme d’Afrique : La vie d’Aoua Kéita racontée par elle-même”, Présence Africaine en 1975 et qui lui conféra le Grand prix littéraire d’Afrique noire.

Distinction honorifique : Médaille d’or de l’indépendance :

21 septembre 1966.

 

Ba Faro : La déesse du Niger chez les Bamanan de Ségou

Baro, représentée sous les traits d’une belle femme aux cheveux longs, est le Dieu magistral des Bamanan de Ségou. Son règne succède à celui de Penba, le Dieu du désordre, perturbateur de l’ordre de Ngala, le Créateur des choses. Ngala ou Daaba la sacrifia pour réparer les dégâts causés par l’action de Penba, essentiellement ouvrière. Faro est l’ordonnateur des choses ; elle a un pouvoir de classement. Elle est le maître du verbe. C’est elle qui enseigna aux premiers hommes, avec lesquels elle descendit sur la terre, les principales activités créatrices (agriculture, pêche, forge, etc.) Le tracé du Niger épouse ses formes, mais certains endroits, appelés Faronti, logés dans les profondeurs fluviales, passent pour être ses lieux de résidence. Faro assure la prospérité du pays compris entre le Mandé et Ségou et on lui voue un culte.

Ce pays est arrosé par le fleuve Niger, qu’on appelle volontiers la mère nourricière (Ba Jeliba) ; c’est pourquoi on appelle aussi Faro denba nyuma (la bonne mère).

Sassouma Bérété : La mère du frère rival de Soundiata

Femme soninké, épouse préférée de Fataku Magan Kenyi Konaté, roi d’un royaume du Mali (fin XIIe siècle début XIIIe siècle). Coépouse de Sogolon Kondé ; mère de Dankaran Toumani, frère rival de  Sunjata et prince héritier du royaume. L’imaginaire collectif fait de Sassouma Bérété l’incarnation même de la méchante marâtre. Par sa méchanceté, elle contraignit Soundiata et sa mère à l’exil. Après le départ de ces derniers, Soumangourou Kanté, le roi du Sosso, instaura un régime de terreur au Manden, alors dirigé par Dankara Toumani. Pour sauver sa tête, le prince malinké offrit en mariage à Soumangourou Kanté sa sœur Nana Triban. Mais rien n’y fit. Soumangourou dévasta le Manden et Dankara Toumani ne dut son salut qu’à la fuite.  Il ne s’arrêta que loin, très loin de sa capitale Dakadyalan (dans le Kri, Haut Niger), dans une localité dont le nom est lié à sa mésaventure, Kissidougou (village du salut) en actuelle République de Guinée.

Rokiatou Ndiaye : Première Malienne professeur d’enseignement supérieur

Née le 26 février 1938 à Bamako, de Baba Ndiaye, Commis des PTT, et de Sané Diallo, ménagère, elle est l’épouse de Jean Djigui Kéita, métis, malinké de Kita, ingénieur agronome, qui fut directeur des eaux et forêts et cumulativement directeur de l’agriculture, conseiller technique du ministre de la Production. Celui dont le Centre forestier de Tabacoro porte le nom fut officier forestier principal pour l’Afrique à la FAO, avec résidence à Accra (République de Ghana).

Rokiatou Ndiaye est Professeur de géographie. Elle a l’honneur d’avoir trois distinctions particulières : première femme docteur en géographie ; première femme malienne à avoir enseigné dans un établissement d’enseignement supérieur (Ecole normale supérieure) et première femme malienne à avoir publié un ouvrage important, et la première femme malienne directeur de cabinet d’un président de la République (Alpha Oumar Konaré).

Rokiatou N’Diaye

1945-1950 : études primaires à l’Ecole de filles de Kayes (on notera qu’elle a sauté une classe à l’école primaire en raison de ses performances intellectuelles). Môme : Bourse et certificat d’études primaires.

1950-1958 : études secondaires. 1950-1954 : Collège de jeunes filles-Bamako avec obtention du diplôme de Brevet élémentaire. 1954-1956 : Ecole normale de filles de Rufisque (Sénégal) avec obtention en 1956 de la première partie du baccalauréat, série lettres modernes. 1956-1957 : Lycée Terrasson de Fougères de Bamako avec obtention du baccalauréat 2e partie, série sciences expérimentales.

1957-1958 : Université de Dakar : tronc commun de lettres avec obtention du Certificat d’études littéraires générales. 1958-1960 : Géographie générale régionale, Histoire moderne contemporaine. 1960-1962 : Centre de géographie appliquée de l’Université de Strasbourg, où elle obtient la licence ainsi que d’autres certificats de spécialisation qui permettaient de préparer le doctorat de 3e cycle.

En 1962, le gouvernement malien fait appel à Rokiatou Ndiaye pour venir participer à Bamako, en tant qu’experte, à la première mission des Nations unies pour l’exploitation du bassin du fleuve Sénégal, dans le cadre d’une équipe pluridisciplinaire.

1963, elle commence à préparer son doctorat de géographie (3e cycle) mais sa bourse terminée, elle rentre au Mali en 1964. La même année, elle assure, pendant quelques semaines, des cours sur la géographie des Iles Britanniques.

1964-1966 : Elle travaille comme chargée de mission à la direction de l’hydraulique et de l’énergie pour l’aménagement des bassins fluviaux du Sénégal et du Niger, ce qui lui permet de continuer à accumuler la documentation sur son sujet de thèse.

1966 : Face à la pénurie des cadres, on lui fait appel comme chargée de cours de géographie à l’Ecole nationale d’administration (ENA), à l’Ecole normale supérieure, en même temps qu’elle continue à travailler à l’hydraulique. Elle garde cette position jusqu’en 1970.

Début 1970 : Pour contrebalancer l’influence des professeurs français soupçonnés de saboter l’enseignement malien, elle est nommée au poste de directeur adjoint de l’EN Sup. Mais elle garde les contacts à l’hydraulique : elle est membre de la Commission nationale pour l’aménagement du bassin du Sénégal, ce qui lui permet de compléter sa thèse.

Juin 1971 : Elle soutient à Strasbourg sa thèse (doctorat de 3e cycle) sur Kayes et sa région. Elle est restée directrice adjointe de l’EN Sup jusqu’en 1977. Cumulativement, elle était chef du DER d’histoire et de géographie.

1977-1978 : Elle est directrice générale de l’EN Sup. La participation de Rokiatou Ndiaye à l’aménagement du bassin du fleuve Sénégal n’a pas été interrompue. Elle faisait des missions ponctuelles à l’OERS (Organisation des Etats riverains du fleuve Sénégal) transformée en OMVS (Organisation de mise en valeur du fleuve Sénégal). Elle a fait partie de la délégation malienne à de nombreuses réunions de cet organisme, et a participé de ce fait à l’initiation des grandes orientations de l’aménagement futur du bassin du fleuve Sénégal. Elle a été la responsable de l’étude géoéconomique de l’ensemble du bassin du fleuve Sénégal (de St Louis au Mali). 1977 : Elle s’occupe de l’étude socio-économique pour la réinstallation des populations déplacées par la retenue du barrage de Manantali.

1978 : Elle est nommée membre du conseil d’administration de l’Institut du Sahel au titre de la République du Mali (seule femme membre du conseil de cette organisation où étaient représentés neuf pays africains).

Septembre 1978 : Rokiatou Ndiaye suit son mari à Accra où ce dernier a un poste au Bureau régional de la FAO pour l’Afrique. Sa carrière prend un autre tournant. Elle devient experte consultante. En cette qualité, elle travaille sur un projet du Pnud pour l’étude socio-économique et sur la réinstallation des populations déplacées à cause des travaux du barrage de Sélingué (1978-1979).

Elle a fait aussi une étude pour la CEAO (les indicateurs socio-économiques de l’intégration des femmes au développement : le cas du Mali).

Elle a également travaillé avec l’Opération de développement intégré du Kaarta qui était financée par l’agence canadienne, Acdi, autour des systèmes de production.

En 1979, Rokiatou Ndiaye a bénéficié d’une bourse du CRDI (Canada) pour une étude des communautés humaines dans le Sahel occidental.

En 1989, elle effectua un voyage d’études à l’Université Laval à Québec où elle visita le Centre Sahel.

Activités associatives

Rokia Ndiaye a mené une vie associative assez riche. Elle a été membre de l’Association des élèves de Kayes qui menait des activités culturelles : sorties, loisirs, réflexions sur les problèmes de l’époque comme la loi cadre. Son engagement politique lui valut quelques difficultés avec la police au moment du référendum de 1958. A l’Université de Dakar, elle a été : membre du Parti africain de l’indépendance (PAI) ; secrétaire à l’organisation du bureau de l’Union générale des étudiants d’Afrique occidentale (Ugeao).

Pour la petite histoire, quand la France a fait des essais nucléaires dans le Sahara, elle a prononcé un discours pour condamner ce geste, ce qui lui a valu quelques ennuis avec ses professeurs. En France, elle a été militante de la Féanf et membre du bureau de la section de Strasbourg. Elle a participé au Festival de la jeunesse et des étudiants organisé par l’Union internationale des étudiants en Autriche (Vienne) en 1958.

Rokia Ndiaye est aussi auteur d’un important ouvrage de trois tomes (sa thèse de doctorat) intitulé “Kayes et le Haut Sénégal“, Editions imprimeries du Mali – 1972. Elle a occupé, en juin 1992, le poste de directeur de cabinet du président de la République (Alpha Oumar Konaré), poste détenu, pour la première fois, par une femme.

Wandé Kouyaté : La vedette de l’Ensemble Instrumental

La fille de Bandiougou Kouyaté, virtuose du ngoni et de Ba Tounkara, cantatrice célèbre, est née vers 1951 à Koulikoro. Epouse en premières noces de Gesseré Mama et en secondes noces de Mamaye Kouyaté, griot bamanan, beau-fils du célèbre conteur-généalogiste Jeli Baba Cissoko. La distinction particulière de cette mère de cinq enfants, c’est qu’elle est une cantatrice précoce. Elle a intégré l’Ensemble instrumental national dès l’âge de 12 ans. Wandé a le plus grand répertoire et le plus grand nombre d’enregistrements à la radio. Elle peut interpréter aussi dans maintes langues nationales du Mali (bozo, peul, soninké, bamanan, etc.).

Wandé Kouyate

Formation et carrière professionnelle : Wandé Kouyaté a fait carrière dans l’Ensemble instrumental (de 1963 à 1980). Dans le cadre de cette formation, elle a notamment chanté au Festival des arts nègres à Dakar en 1966, au Festival panafricain en Alger en 1969, au Festival de Lagos en 1977. Wandé a participé à toutes les tournées de l’Ensemble. Mais sa première grande sortie fut celle qui la conduisit au Festival de Royan à Paris en 1976, toujours au sein de l’Ensemble, et où elle chanta son morceau fétiche Nagana. C’est cette chanson qui l’a lancée. Comme autres titres de Wandé on peut citer “Bara Muso” (la femme favorite), “Ne fa lu ko ko ne to den wolo” (mes pères ont dit que je n’engendrerai pas d’enfants).

Wandé a réalisé plusieurs cassettes. On notera comme grande caractéristique de l’artiste ses longs séjours à l’extérieur auprès de ses clients, séjours pouvant prendre souvent près de cinq ans. Les bienfaiteurs de Wandé au Mali sont Fama Bathily,  feu Béïdi Traoré.

 

Fanta Damba n°2 : Maracas d’or

Fanta Damba

Née vers 1937 à Ségou, elle est la fille de Diéliko Sissoko, griot joueur de ngoni attaché à une lignée Diarra de Ségou, et d’Astan Dembélé, griotte appartenant à une famille lettrée en arabe d’ethnie Dafing, mais elle ne chantait pas. Epouse de Baïdi Diabaté, originaire de Sinzanni, dont la famille était liée à Amadou Sékou Tall, fils et successeur d’El hadji Omar Tall, prophète foutaka. Mère de cinq enfants, cette croyante bamanan, a fait cinq fois le pèlerinage à La Mecque.

L’artiste cantatrice est, avec Koni Coumaré, la première malienne à avoir produit un disque (en duo avec Dionkouta Kouyaté, fille de Kiatou diéli) ; disque produit par la Fiesta (1953) ; 2e disque produit par le ministère de l’Information en 1972 ; 3e disque en 1974, par Jules Salah (avec “Flani”, “la Misère”, “Youssouf Sylla”, “El hadji Oumar”, entre autres titres) ; et 4e disque : 1982, par Sidi Mohamed Sacko (avec “Jajiri”, entre autres titres).

A produit ensuite deux cassettes en 1989-1990, avec entre autres titres, “Mamadou Simaga”, “Nafi Simaga”, “Malamine Tounkara”, “El Hadji Sékou Séméga”).

Fanta Damba n°2 a commencé à chanter à l’âge de dix ans. Elle est l’une des plus grandes cantatrices du Mali, elle est connue pour sa très grande dignité. Elle chante les preux mandingues, les airs bamanan, foutanké, mais aussi ceux appelant à la sagesse et à la modestie. Elle chante volontiers aussi ses Jatigi, ses hôtes nobles. On peut retenir, parmi ses titres célèbres, “Douga”, “Tara”. Fanta Damba est membre fondateur de l’Ensemble instrumental national, dont elle ne fait plus partie. Elle effectuait, en compagnie de Mogontafé Sacko et d’autres artistes, des tournées africaines pour chanter les grandes épopées (Soundiata, Da Monzon etc.). Chanter lui a procuré la gloire, l’argent. Elle a eu une grande popularité et une maison. Distinction honorifique : Maracas d’or (Ste Bernod 1980).

Tapama Jenepo : Le sacrifice suprême  pour la prospérité des siens

Née Kayantao, héroïne de Djenné, son histoire est liée à la fondation de cette ville. Nous sommes au XIIIe siècle. Les habitants de Djenné-Djenno quittent leur ville pour un site nouveau, celui de Djenné, mais lorsqu’on commence à bâtir la nouvelle ville, les constructions s’effondrent à plusieurs reprises. On se tourne alors vers les devins et les génies de la place qui font connaitre qu’une vierge Bozo doit être incorporée au mur d’enceinte pour obtenir la prospérité de la nouvelle installation. L’élue est Tapama, fille du bozo Madi Kayantao.

Elle est emmurée vivante. Ce serait près de la porte de Kanafa que se trouverait, dans le rempart, le corps de Tapama. Ce lieu est aujourd’hui un endroit de culte. Les Djennéens veillent à ce que rien de fâcheux ne survienne à cet endroit, dans la crainte que cette négligence n’entraine quelque calamité sur la ville. Tapama Kayantao prit le nom de Jenepo après son sacrifice.

Tita Koné : La perle des Soninkés de l’extérieur

Née vers 1933 à Mourdiah. Fille de Tiémoko Koné, griot de clan Bouramanishiw, généalogiste et joueur de Ngoni et de Danté Diabaté, cantatrice. Son ancêtre Samba Dian Diabaté était avec l’ancêtre de Faliké quand ce dernier fondait Mourdiah. Il venait de Ségou. Epouse, en secondes noces, de Badjedi Dramé, Surakajeli, griot des Maures. En fait, les Surakajeli servaient les princes Cissé de Wagadou, les Diawara du Kingui, auxquels les Maures les ont ravis, parce que, disent-ils, ces derniers les choyaient. Ils  jouent plusieurs airs : soninké,  bamanan, peul, maure. L’artiste cantatrice est mère de quatre enfants. Distinction particulière : Tita Koné fait partie des cantatrices célèbres de la fin des années 1970. Elle a un impact considérable auprès des Soninkés de la diaspora. Tita Koné a hérité son talent. Elle chantait dès son jeune âge. Elle a été révélée au président Modibo Kéita, quand ce dernier a rendu une visite à Nara au début de son règne. Tita a alors chanté le morceau désormais célèbre, “Abidjan Jula”, dédié aux commerçants maliens de Côte d’Ivoire. “Abidjan Jula”, chantée en soninké, a piqué au vif l’orgueil des jeunes Soninké rapatriés. La chanson les exhortait au courage, à l’esprit d’entreprise.

Autres titres célèbres de Tita : “Njaro”, “Tara”, “Tita Koné”, “Faliké Diarra”. La chanson a rapporté à Tita. Elle s’est construit une maison à Kati. Elle est la perle recherchée des Soninké expatriés.

Fanta Damba n°1 : La cantatrice des épopées mandingue et bamanan

Née vers 1923 à Ségala (Niamina). Décédée à Bamako en 1987. Fille de Boi Sissoko et de Kankou Damba, tous deux griots bamanans talentueux. Elle est l’épouse de Diéli Mori Diabaté, joueur de ngoni, avec qui elle a eu trois enfants.

FANTA DAMBA N°1

Cette illettrée fait partie des griottes cantatrices les plus célèbres du Mali. Son étoile, née dans les années 1940, n’a pas pâli jusqu’à sa mort aux yeux d’un certain public. Fanta Damba n°1 est membre fondateur de l’ensemble instrumental national du Mali en 1959, dont elle restera membre jusqu’à sa retraite. Fanta Damba n°1 a fait sa formation sous la direction de Bazoumana Sissoko, le vieux “Lion du Mali”.

Elle est spécialisée dans les chansons épiques du royaume bamanan de Ségou. Elle a été chanteuse du RDA. Par ses chants, elle a contribué à la réhabilitation de l’identité culturelle malienne. Parmi ses morceaux les plus célèbres, on retiendra “Douga”, “Tara”, “Da Monzon”, “Bakaridjan”, “Sarafa”, “M’Baoudi”, “Njaro”, “Débé”, “Armée Mali”. Elle chante dans “L’Epopée mandingue” et “L’Epopée bamanan”, disques produits par le ministère de la Jeunesse, des Sports, des Arts et de la Culture en 1976. Fanta Damba n°1 a tiré grand profit de son métier. Elle a construit trois maisons ; a eu de l’or, de l’argent et beaucoup de notoriété. Parmi ses admirateurs nobles réputés, on retiendra les noms de Sitafa Mariko (Koulikoro), qui est à l’origine de son installation à Bamako, Sidi Diabi, Diété Traoré, Madou Fadiala, etc. Etoile d’argent du Mérite national avec effigie abeille en 1972, on notera que Fanta Damba a été, paradoxalement, décorée de la même médaille le 20 septembre 1991.

Tara Bouaré : L’autodidacte de la chanson

Artiste née vers 1935 à Molodo Bamanan (Niono), décédée le 3 juin 1974 à Niono. Fille de Zama Bouaré, cultivateur, et de Safi Tangara, ménagère. Ethnie : Bamanan. Epouse d’Ousmane Kéita, cultivateur, ex-planton à l’Information. Mère de deux enfants. Distinction particulière : Tara a surtout chanté des airs appelant au travail et à la modestie. L’artiste doit sa célébrité à une chanson intitulée “Sanu Negeni”  qui disait qu’un seul roi ne pouvait pas régner éternellement. Le morceau avait été interdit par le régime de Moussa Traoré. Après le coup d’Etat de 1968, il revint en crevant les antennes de la Radio. Pour les Maliens, cette vérité pourtant banale, chantée par Tara Bouaré, se justifiait par la chute de Modibo Kéita. Et depuis, Tara Bouaré est devenue une vedette de référence. Autres chansons s’inscrivant dans la même mouvance : “Kèlè cew bana” (il n’y a plus de braves), “Maasi kunko tan tè” (toute personne a des problèmes). Tara Bouaré n’a pas de maître. Elle a débuté dans le groupe des jeunes de son village et se produisait dans l’ensemble folklorique de ce village. Elle participait à de nombreuses rencontres officielles (réceptions, anniversaires). Une salle de cinéma porte le nom de Tara Bouaré à Niono.

Sira Mori Diébagaté (Diabaté) : L’Etoile du Mandé

Née vers 1933 à Keyla. Décédée brutalement le 14 octobre 1989 de crise d’hypertension artérielle à Kangaba. Fille de Fama Diébagaté, griot généalogiste, joueur de ngoni, descendant des griots rattachés à la cour des Masa Kandasi (descendants de Sunjata établis à Kangaba à partir du XVIIe siècle). Et de Binta Diébagaté griotte, coiffeuse.

SIRAMORY DIABATE

Epouse de Nankoma Kouyaté, griot et joueur de balafon, mère de onze enfants, cette cantatrice généalogiste fait partie des griottes cantatrices les plus célèbres du Mali. Elle était l’étoile du Mandé, une étoile qui n’a jamais pâli.

Formation et carrière :  Sira Mori appartient à une lignée de grands traditionalistes parmi lesquels on peut citer Keyla Balaba, grand maître des traditions mandingues, ayant notamment initié Kèlè Monzon Diabaté de Kita.

A sept ans déjà, Sira Mori chantait. Elle a parcouru tout le pays manding (Guinée et Mali), et toutes les régions du Mali. Ses chansons portent sur l’histoire des grandes familles du Mandé et sur la morale. Ses chansons tubes sont : “Sanugwé ginba”, éloge à un chef de canton de Kangaba qui a régné durant 28 ans, “Sara”, chanson dédiée aux femmes qui ont travaillé et qui honorent la parole donnée, “Kaninba, qui appelle l’homme à ne jamais oublier ses origines quel que soit l’état de grandeur dans lequel il se trouve, “Wula bara janyan”, chanson de détresse, relatant l’histoire d’un enfant unique recruté par l’armée coloniale et dont la mère n’avait jamais accepté la mobilisation. Le jour même de son retour au pays natal, cet enfant, devenu sergent, décéda. Sira Mori chanta la tragédie en empruntant les paroles de la mère en détresse “Na nyuman”, chanson satirique en vogue au moment du décès de Sira Mori. C’est l’histoire d’une femme qui trahit son mari pour un marchand de colas, hôte de la famille. Le marchand fut ruiné plus tard et Nanyuman, appelée pour assister aux cérémonies de circoncision de son fils, demanda qu’on lui tapât sur les fesses avec une chaussure pour laver sa honte et lui permettre de réintégrer le domicile conjugal.

On notera que Sira Mori était bon parent, distribuant tout ce qu’elle acquérait. Elle cultivait son champ de mil et d’arachide, était très versée dans la pharmacopée, ce qui fit d’elle une vraie pédiatre. Sa voix était naturellement enrôlée, mais c’était là un des secrets de son succès. Distinctions honorifiques – Première en tête des vedettes de la chanson dans le journal L’Essor en 1993. – Diplôme d’honneur au 26e Festival de la musique traditionnelle. – Etoile d’argent du Mérite national avec effigie abeille : (20 septembre 1991).

Penda Ndiaye dite Pinpin : La plus grande basketteuse du Mali

Née le 10 Septembre 1953 à Bamako, elle est la fille d’Amadou Ndiaye, un ouvrier d’art et de Marguerite Bertrand Torson, une infirmière. Sa particularité ? Penda Ndiaye dite Pinpin est considérée comme la plus grande basketteuse de tous les temps au Mali. Cependant, médecin de profession, elle a très tôt divorcé sans avoir eu d’enfant.

Carrière professionnelle

1980-1981 : Médecin chargé des consultations pédiatriques puis des consultations de planification familiale à la PMI centrale de Bamako.

Septembre 1984-juillet 1986 : Médecin à la Division santé familiale à Bamako, chargé de l’administration et des activités suivantes : supervision des activités de SMI/PF ; formation des agents socio-sanitaires en santé familiale et statistiques sanitaires ; analyse des données statistiques des centres de SMI/PF.

Août 1986-février 1987 : Médecin-chef de la Division santé familiale. Chef du Projet MLI/85/P03 : Développement d’un programme de SMI/PF Bamako.

Mars 1987-mars 1988 : Consultante chargée des formations cliniques au Bureau régional d’Intrah à Abidjan, Côte d’Ivoire.

Mars 1988-septembre 1989 : Coordonnatrice de projets régionaux au Bureau régional d’Intrah à Abidjan, Côte d’Ivoire. Chargée des activités suivantes : développement de curriculum et d’instruments d’évaluation pour les formations en planification familiale ; développement de projets de formation du personnel socio-sanitaire ; formation clinique des agents socio-sanitaires (médecins, assistants médicaux, sages-femmes, infirmières, personnel social) ; séminaire de sensibilisation des décideurs et formation des formateurs ; développement de politiques et standards des services de SMI/PF.

1989 : Consultante pour le compte d’Intrah.

Avril-mai 1990 : Consultation pour l’USAID/Dakar. Evaluation du Projet santé familiale et population-Sénégal.

Juin 1990 : Consultation pour le Fnuap : Evaluation du projet “Bien-être familial” – Sénégal.

Juillet 1990 : Programmation à court terme des activités des projets USAID-Fnuap-Banque mondiale.

Août 1990 : Consultant USAID/Fnuap pour le développement d’un Projet planification familiale (PF) de 5 ans.

Septembre-novembre 1991 : Recyclage en planification familiale des formateurs cliniques et développement de curriculum de formation.

Octobre 1991 : Consultante pour Jhpiego : Formation des enseignants de l’école de santé publique et du service social – Tchad.

Avril 1992 : Consultante Jhpiego : Formation en PF pour les étudiants en médecine – ESSS – Université de Ouagadougou du Burkina Faso.

Mai 1992 à ce jour : Chargé de Programme au Population Council/Dakar. Programme : “Introduction de méthodes contraceptives – Norplant – Dispositif intra-utérin Copper T380 A”.

Carrière sportive : la rencontre de Pinpin avec le basket est le fruit d’un hasard. En fait, rien ne la destinait à embrasser une carrière sportive. C’est à l’âge de 15 ans, alors qu’elle était à sa neuvième année à l’Ecole fondamentale de Missira, qu’avec d’autres camarades et sur les insistances de leur professeur de mathématiques qu’elles ont formé la première équipe féminine de basket de l’école pour participer aux compétitions interscolaires. Mais elle dût user de mille et une ruses, avec la complicité de son grand frère, pour assister régulièrement aux entraînements car son père avait des conceptions très traditionnelles quant à l’éducation de ses enfants et n’aurait jamais accepté de la laisser sortir. Le pot aux roses ne fut découvert que bien plus tard quand, sélectionnée en équipe nationale, il a fallu requérir sa permission pour aller en regroupement. Plus connue sous le sobriquet de Pinpin, sa carrière sportive s’est déroulée ainsi qu’il suit : Du fait de sa grande taille, elle a toujours occupé le poste de pivot d’abord au sein de l’équipe scolaire de Missira, la première fois en 1969. Par la suite, elle a signé une licence avec le Djoliba AC de 1970 à 1977. Durant les deux premières années de cette période, elle a continué à jouer dans l’équipe scolaire du lycée Notre Dame du Niger où elle était capitaine. Elle pense avoir vécu les plus beaux moments de sa vie sportive pendant cette période. A chaque victoire remportée par l’équipe, les cadettes leur offraient leur dessert ou leur épargnaient la vaisselle : en les remplaçant.

1971 : Première sélection en équipe nationale pour le championnat de zone qui mettait en lice la Guinée, la Gambie, la Mauritanie, le Sénégal et le Mali. Les Maliennes ont remporté le tournoi à Dakar sur l’équipe du Sénégal.

1974 : Consacrée 3e meilleure marqueuse du Championnat d’Afrique à Tunis.

1975 : Consacrée meilleure joueuse du Championnat d’Afrique à Dakar.

1976-1977 : Capitaine de l’équipe nationale du Mali.

1978 : Mariage et fin de sa carrière sportive car son mari (qui ne voulait pas qu’elle joue) et les études de médecine l’avaient éloignée du terrain de basket.

Au plan des activités en dehors du basket, Penda Ndiaye dite Pinpin a été directrice technique de la Fédération Malienne  de basket  en 1986.

Elle a également fait partie de l’Association des anciennes internationales avant de quitter le Mali pour un poste dans une organisation internationale.

Distinction honorifique : Chevalier de l’Ordre national du Mali (20 septembre 1991).

 

Fatou Niang : Première Malienne professeur d’anglais à l’EN Sup

Née le 19 mai 1938 à Koulikoro. Fille d’Ibrahima Niang, agent de commerce, originaire de Saint-Louis (Sénégal) et de Nana Fofana, ménagère, fille de Labass Fofana, chef des Somono de Koulikoro. Celle qui est de l’ethnie Wolof est divorcée d’avec Bambi Gakou, inspecteur de l’enseignement fondamental à la retraite. Mère de six enfants, la professeur d’anglais a fait le pèlerinage à La Mecque. Distinction particulière : Mme Gakou Fatou Niang fut ministre de l’Information, des Postes et Télécommunications sous Moussa Traoré. Son parcours scolaire l’a menée un peu partout à travers le monde.

1946-1951 : Etudes primaires à l’Ecole primaire de Koulikoro.

1951-1959 : Etudes secondaires au Collège de filles de Bamako (actuel lycée Bah Aminata Diallo) et au lycée Terrasson de Fougères (actuel lycée Askia Mohamed). Elle y obtient respectivement le Brevet d’études du 1er cycle (BEPC) et le baccalauréat sciences expérimentales.

1960-1967 : Etudes supérieures à l’Université de Dakar (Sénégal) ; l’Université de la Sorbonne Paris (France). Elle décroche une licence-es-lettres (spécialité anglais).

Ensuite, elle va au Volsh Institute of Advance Technology-Cardiff (Grande-Bretagne) où elle enlève le “Diploma for teaching English as a second language”.

Date d’entrée à la fonction publique malienne : septembre 1967.

Ministre de l’Information et des Télécommunications du Mali d’août 1980 à juin 1988. On notera que l’introduction de la télévision au Mali date de son mandat (le 22 septembre 1983).

Conseiller technique à la présidence de la République, vice-présidente du Conseil économique et social, présidente de la commission industrie mine et énergie du bureau du Conseil économique et social (jusqu’au 26 mars 1991).

Elle a été aussi professeur d’anglais à l’Ecole normale supérieure (1967-1969), première femme malienne à avoir enseigné cette discipline dans cet établissement. Inspectrice générale d’anglais (1973-1980), elle a aussi produit des manuels scolaires en anglais pour l’enseignement fondamental (en coproduction).

Distinction honorifique : Chevalier de l’Ordre national du Mali (1981).

Aminata Dramane Traoré : L’alter-mondialisme dans les veines

Aminata Dramane Traoré
Aminata Dramane Traoré

Née en 1947 à Bamako (Mali), Aminata Dramane Traoré est titulaire d’un doctorat de 3e cycle en psychologie sociale et d’un diplôme de psychopathologie. Elle est une véritable référence pour l’élite  africaine qui aspire à un modèle  de développement autre que ceux dictés par les pays occidentaux. La femme politique et écrivaine malienne est célèbre pour son franc-parler et sa lutte contre le néocolonialisme. Co-auteure de l’essai “La Gloire des imposteurs-Lettres sur le Mali et l’Afrique” avec Boubacar Diop,  sorti en  2014, elle dénonce l’intervention française au Mali. Ministre du Tourisme de 1997 à 2000, Aminata Dramane Traoré a démissionné de ses fonctions pour ne plus être tenue par un devoir de réserve. Militante altermondialiste (en 2006 elle a été responsable de l’organisation du troisième Forum social mondial, volet Bamako), elle fustige les mesures drastiques et inadaptées que les institutions de Bretton Woods imposent aux Etats africains. Elle est convaincue de l’inefficacité des plans et programmes des banquiers internationaux et des grandes puissances du Nord car, selon elle,  ces mesures accentuent la pauvreté de l’Afrique et le déplacement massif des jeunes vers l’Occident. Elle appelle l’élite africaine à une prise de conscience pour sortir le continent des jougs du libéralisme.

Mme Diakité Fatoumata Ndiaye : La mémoire vivante des gouvernements depuis 1991

Fatoumata N’diaye
Fatoumata N’diaye

Née à Bamako en avril 1954, Fatoumata Ndiaye est la mémoire vivante des différents gouvernements du Mali depuis plus d’une décennie. Après l’Université des sciences sociales de Toulouse, où elle obtint en 1976 une maîtrise en droit civil, Mme Diakité décroche un DEA dans la même spécialité, obtenu à l’Université de Paris I, Panthéon Sorbonne. L’administrateur civil intègre la fonction publique en 1983. Elle en gravit tous les échelons et occupa plusieurs portefeuilles ministériels pendant une décennie, entre 1991 et 2000. En avril 2002, elle est nommée Médiateur de la République.

D’octobre 2003 à novembre 2005, elle est vice-présidente de l’Association des ombudsmans et médiateurs de la Francophonie, avant d’en prendre les rênes de novembre 2005 à décembre 2007. Après une mission bien remplie, elle est renvoyée au poste stratégique de secrétaire générale du gouvernement, où elle restera jusqu’à sa retraite le 31 décembre 2016. Pour orienter les mémoires, c’est elle qui rédigeait et signait les communiqués du conseil des ministres jusqu’à sa retraite le 31 janvier 2016. Mais, elle n’aura point de repos ou de répit, parce que depuis, elle a été nommée ambassadeur du Mali en Tunisie.

Diakité Fatoumata Ndiaye est membre très active et coordinatrice de plusieurs associations de femmes au Mali et en Afrique. Elle est officier de l’Ordre national du Mali.

Lalla Sy : Ministre et mère de ministre

Née le 2 mars 1946 à Koulikoro, elle est la fille d’Ousmane Sy, rédacteur d’administration, commandant de cercle, un petit fils d’Amadou Coumba, interprète d’Archinard, et de Ramatoulaye Dia, ménagère peule du Macina. Lalla est l’épouse de l’honorable Mahamadou Habib Diallo, député élu dans la circonscription électorale de Sikasso, un architecte-urbaniste, ancien directeur de l’urbanisme et de la construction. Elle est mère de six enfants dont l’actuel ministre de la Culture, Mme Ndiaye Ramatoulaye Diallo dite Rama. Tout comme celle-ci, Lalla Sy aussi fut ministre de l’Emploi et de la Fonction publique sous Moussa Traoré (la 4e femme malienne à occuper ce portefeuille).

Sa formation scolaire

1952-1958 : Etudes primaires à l’Ecole régionale de Koulikoro.

1958-1965 : Etudes secondaires au Collège/lycée de Jeunes filles de Bamako et au lycée Askia Mohamed, avec à la clé, les baccalauréats 1re et 2e parties, série sciences biologiques.

Lalla Sy commence après l’obtention du bac, des études de médecine en Belgique, qu’elle abandonne ensuite pour la psychopédagogie à l’Université catholique de Louvain (Belgique). 1970-1975 : Etudes en psycho-clinique et en sciences de l’éducation, sanctionnées par les diplômes suivants : licence (1974). Agrégation d’enseignement en psychologie (1975). Licence spéciale en criminologie (1975).

Mme Diallo Lalla Sy rentre au Mali en 1976 où elle commence à enseigner aussitôt la psychopédagogie à l’Ecole normale supérieure de Bamako.

1980 : elle retourne en Belgique soutenir sa thèse de doctorat d’Etat (1980) sur le thème : “Sciences de l’éducation : les causes d’inadaptation scolaire en République du Mali”.

Carrière professionnelle

1976-1987 : Professeur de psychopédagogie à l’Ecole normale supérieure de Bamako. Elle a encadré une série de mémoires sur la psychopathologie et la pédagogie ainsi que les stagiaires de cette école dans les établissements d’enseignement normal (Ipeg et écoles normales).

1981-1987 : Inspectrice générale de psychopédagogie. Cette fonction l’a amenée à faire des tournées dans toutes les localités du Mali dotées d’établissements d’enseignement normal (sauf Gao qui n’en avait pas).

1987-juin 1988 : directrice des enseignements supérieurs et de la recherche scientifique.

Juin 1988, Mme Diallo Lalla Sy est ministre de l’Emploi et de la Fonction publique. Après la chute de Moussa Traoré, le 26 mars 1991, Lalla Sy, comme tous les autres dignitaires du régime, a été incarcérée pour complicité d’assassinat, de coups et blessures volontaires. Elle a toutefois été reconnue non coupable de ces griefs et acquittée à l’issue du procès crimes de sang (12 février 1993). Mise en liberté provisoire sous caution (7 millions de F CFA) le 25 juin 1993, elle a répondu encore du grief “crimes économiques”. Et acquittée. Elle est la promotrice du célèbre groupe scolaire Ecovie.

Manassa Danioko : Fermeté et sens de la droiture

Magistrat de classe exceptionnelle et doyen de corps, Mme Manassa Danioko est une icône de l’histoire de la justice malienne, née le 19 janvier 1945 à Kadiolo. Après son baccalauréat au lycée Terrasson de Fougères en 1966, elle décrocha une maîtrise en droit. Mme Manassa Danioko, pendant ses 27 ans de carrière dans la magistrature, a occupé divers postes. Elle fut ainsi tour à tour juge d’instruction du Tribunal de 1re instance de Ségou (1970-1971), substitut du procureur de la République près le Tribunal de 1re instance de Ségou, Kayes et Sikasso entre 1972 et 1978, avocat général près la Cour d’appel de Bamako (1979-1981).

Manassa Danioko

Mme Manassa Danioko devient conseiller à la Cour spéciale de sûreté de l’État (1983-1988), président du Tribunal de 1re instance de Bamako (1985-1988). Elle a été suspendue, puis radiée du corps suite à une ordonnance de référé en 1988 du général Moussa Traoré pour sa fermeté et son sens de la droiture.

Trois ans plus tard, elle reprend fonction à la Dnaj (direction nationale de l’administration judiciaire) suite à un arrêt de la Cour suprême annulant le décret de radiation.

De 1991 à 1995, Mme Manassa Danioko a été procureur général près la Cour d’appel de Bamako, mais le public retiendra certainement une dame tenace lors du procès des dignitaires du régime dictatorial de GMT (Général Moussa Traoré), le retentissant procès dit de crimes de sang. Ironie du sort, ce fut le procès de l’homme qui l’avait radié de la magistrature.

Procureur général près la Cour suprême du Mali en 1995, elle a effectué deux mandats au Conseil supérieur de la magistrature (1979-1988).

Elle est l’auteure de la “Note technique sur le statut de la magistrature” à la demande du président de la République, président du Conseil supérieur de la magistrature.

Mme Manassa Danioko était, de 1995 et 2002, ambassadrice du Mali auprès du Canada, Cuba, le Mexique, le Nicaragua et le Venezuela, avec résidence à Ottawa (Canada). Elle est initiatrice du Programme décennal de développement de la justice.

Elle siège aujourd’hui à la Cour constitutionnelle en tant que présidente de l’institution après en avoir été conseillère.

 

Kani Diabaté : Elle ouvre la gendarmerie et  la garde nationale aux femmes

Née le 1er août 1952 à Kayes, Kani Diabaté est la première femme malienne promue générale (de brigade) dans l’armée. Avec feue Fanta Konipo (également promue général de brigade), Mme Coulibaly Kani Diabaté fait partie de la première promotion des femmes militaires.

Mme Coulibaly, Général Kani Diabaté

Aucunement prédestinée à l’uniforme, elle opte pourtant pour l’armée sur un conseil avisé du mari de l’une de ses amies. Pour son bonheur, puisqu’elle y gravit allègrement les échelons de son intégration en 1974 à nos jours.

Après son bac obtenu au lycée des Jeunes filles de Bamako en en série sciences biologiques, elle est admise au concours d`entrée en médecine militaire en 1973. Parallèlement à ses cours à l`Ecole nationale de médecine et de pharmacie, elle suit, pendant les vacances, la formation militaire au camp. De 1978 à 1980, elle a été médecin-chef adjoint à la garnison de Bamako, l`actuel bataillon Para. C’est là où elle a travaillé avec un certain Amadou Toumani Touré. Entre 1980 et 1983, elle suit une spécialisation en stomatologie à l`Université Pierre et Marie Curie à Paris VI. A son retour, elle est, deux ans durant, chef de clinique au Centre dentaire infantile de Bamako avant d’être chef de clinique au Centre national d`odontostomatologie de Bamako.En 1985, Kani entame une année spéciale à l’Ecole militaire interarmes de Koulikoro : elle en sort major de la promotion.

De 1989 à 1993, elle est au département de chirurgie maxillo-faciale de l’hôpital militaire d’Ain Naja et Mustapha d’Alger. En juin 1993, elle obtient son diplôme de chirurgie maxillo-dentaire. De 1995 à 1998, elle est déléguée ministérielle du Commissariat à la promotion des femmes auprès du ministère des Forces armées et des Anciens combattants avant d’assumer les fonctions de chargée de mission au même département. En 2000, elle est nommée Haut fonctionnaire de défense auprès du ministère de la Promotion de la femme, de l’Enfant et de la Famille. Elle a sensibilisé le personnel féminin de l’armée et les femmes des camps sur les questions relatives au VIH/Sida et à la santé de la reproduction.

De 2001 à 2003, elle pilote le projet intitulé “Sensibilisation des forces armées et de sécurité à la thématique du genre dans les opérations de maintien de la paix”.

En 2004, elle réalise une étude sur la “Prise en compte du genre dans les opérations de maintien de la paix dans l’espace Cédéao”, en collaboration avec Mme Aïché Diarra et Mme Traoré Adiza, consultantes internationales expertes en genre.

Pour une plus grande ouverture des forces armées aux femmes, Kani Diabaté a été d’un apport inestimable. C’est elle qui a défendu le dossier de l’entrée des jeunes filles au Prytanée militaire de Kati. Aussi, son expertise a été déterminante dans l’intégration des femmes au niveau des corps de la gendarmerie et de la garde nationale.

Selon elle, les générations actuelles de femmes doivent jouer leur rôle dans le développement sécuritaire de l’Afrique, plus particulièrement du Mali en cultivant un esprit de paix et de dialogue, de la famille jusqu’au niveau de prise des grandes décisions. Général Kani est polyglotte : elle parle couramment Bambara, Khassonké, Français et Anglais.

 

Ramatoulaye Dembélé : Tuée à la fleur de l’âge par les sbires de GMT

Née le 4 octobre 1969 à Bamako, elle est décédée le 30 mars 1991 à Paris après avoir été fauchée par une grenade offensive lors des folles journées de mars 1991, plus précisément le vendredi noir, 22 mars. A titre de rappel, Ramatoulaye est la fille de notre ancienne consœur de l’ORTM Aïssata Cissé et  de Karim Dembélé, cet officier de l’armée – ancien membre du CMLN – arrêté (le 28 février 1978) et emprisonné par Moussa Traoré, avec Tiécoro Bagayogo et Kissima Doukara. Ramatoulaye Dembélé était encore étudiante au moment de son décès.

Formation scolaire

1975-1981 : Etudes fondamentales à l’Ecole Sainte Thérèse de Bamako.

1981-1984 : Collège Notre Dame du Niger avec obtention du DEF.

1984-1989 : Etudes secondaires au lycée Askia Mohamed avec obtention du baccalauréat 1ère et 2e parties, série SBT.

1989-1991 : Etudes supérieures tragiquement interrompues à l’Ecole des hautes études pratiques (EHEP). Elle était à sa dernière année.

Voici le film de la tragédie Ramatoulaye, comme beaucoup de ses camarades qui étaient militantes de l’AEEM. Le vendredi 22 mars, le quartier Sema de Badalabougou était transformé en mouroir. Les sbires de Moussa Traoré tiraient sur les gens jusqu’à l’intérieur des concessions. Spontanément, un mouvement de femmes s’organisa, pour partir au secours des enfants. Quelques figures jouèrent le rôle de mobilisatrices en vue d’une marche, orientée vers la RTM. Aïssata Cissé, la mère de Ramatoulaye, faisait partie des marcheuses. Elle était accompagnée de tous ses enfants, filles adoptives et bonnes comprises. La marche des femmes et des enfants de Badalabougou fut une véritable odyssée, dans un contexte particulièrement répressif entre les balles, les grenades offensives, les lance-flammes. Le service de l’hydraulique était un point particulièrement chaud. C’est là que Ramatoulaye reçut des grenades offensives. Tout le corps de Ramatoulaye fut atteint. On la transporta avec peine sur une moto à l’hôpital Gabriel Touré. Une semaine après, soit le vendredi 29, elle fut évacuée sur la France, à l’hôpital Cochin à Paris où elle devait décéder le lendemain même, samedi 30 mars 1991. Elle est enterrée au cimetière de Niaréla/Carré des martyrs.

Oumou Touré : La cause de la  femme dans les veines

Elle est la présidente de la Coordination des associations et ONG féminines du Mali (Cafo). Cela veut tout dire. Et pour se faire une idée de son rôle et de sa place dans la lutte pour la défense de la cause de femme malienne, il suffit de revisiter l’histoire de cette organisation.

Oumou Traoré
Oumou Traoré

La Cafo est une organisation non gouvernementale. Elle a été créée le 20 octobre 1991 par 4 associations féminines maliennes (Cofem, APDF, Cadef et la branche féminine de l’UNTM). Et le récépissé obtenu le 24 mars 1992 sous le n°0244/MAT-DNAT. En 2002, son premier congrès a ouvert la structure aux associations féminines sur toute l’étendue du territoire national. Les assises de ce congrès ont été ouvertes au Palais des congrès de Bamako par la première Dame d’alors, Mme Touré Lobbo Traoré.

Ce congrès a réuni les représentantes des organisations féminines de tous les cercles. Les femmes à tous les niveaux se font entendre à travers cette Coordination respectée et très sollicitée. Elle est effectivement représentée dans toutes les régions et tous les cercles du Mali et comptait, dès 2004, deux mille cent soixante-deux (2162) associations et ONG membres dont 440 à Bamako, 455 dans les huit capitales régionales et 1267 au niveau des cercles. Le dernier répertoire élaboré lors du congrès extraordinaire de juin 2007 a recensé 2297 organisations féminines membres.

La Cafo a obtenu le statut d’observateur au niveau du Conseil économique et social (Ecosoc) des Nations unies en 2007 et de l’Union africaine en 2008. Ce qui veut dire que cette organisation est dynamique non seulement au niveau national, continental, mais aussi au niveau international. La Cafo est reconnue parmi les organisations de la société civile africaine recensées au niveau du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme à Genève. La Cafo rêve d’une société de paix et d’équité favorable à la participation effective des femmes au processus de développement durable. Sa mission consiste à valoriser le statut de la femme par le regroupement, la coordination des actions des membres et l’influence des politiques. Depuis le 11 avril 2017,  elle est ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille.

La Rédaction

PARTAGER

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here