Le Président Alpha dans ‘’La Bataille du Souvenir’’ : « Le martyre du fils de Daba Keîta et de Fatoumata Camara (Modibo Keïta) est celui de tout notre peuple »

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Dimanche, le recueil de 63 pages rassemblant l’essentiel des discours de l’ancien Président Alpha a été lancé par Cauris livres, sous la direction de Dramé Kadiatou Konaré, à la pyramide du souvenir.

Bamako-17/05/2016- D’aucuns ont eu le soin, vu le temps du lancement du recueil, de titrer : ‘’le choc des livres’’, faisant certainement allusion à un autre livre qui, à peine sur le marché, réveille la colère de ceux qui avaient bravé pour mettre fin  à toutes ces péripéties qu’il raconte de façon tronquée et fausse, selon l’avis des démocrates. Or, à scruter les quelques 63 pages du recueil intitulé ‘’LA BATAILLE DU SOUVENIR’’ dont l’auteur n’est autre que l’ancien Président Alpha Oumar Konaré, on est bien dans un monde beaucoup plus civilisé, dégouté de l’arbitraire et respectueux du sacerdoce, voire de la vie humaine. Un monde où les souvenirs des grands hommes ayant combattu pour que de la démocratie les libertés tendent à voir le jour dans un pays qui, après avoir été lancé sur la voie d’une économie socialiste, connaitra, mais vaincra aussi la seule dictature sanguinaire de son existence en tant que République du Mali.

Toutefois, il faut rappeler que ‘’La Bataille du Souvenir’’, est une œuvre de 63 pages, de l’ancien Président Konaré, qui dans un souci de transmission d’une génération à une autre, a souhaité rassembler l’essentiel de ses discours, afin qu’ils servent de repères et de guide aux actions menées aujourd’hui. Il a fini d’être édité depuis le 2ième trimestre 2014 par Cauris livres.

Mme-Drame-Kadiatou-KONARE,  CAURIS
Mme-Drame-Kadiatou-KONARE, CAURIS LIVRES

En effet, peut-on lire sur la préface du livre, ‘’de la fin des années 1960 à la veille de la décennie 2010, ces paroles sont l’écho d’un demi-siècle de construction du Mali et de l’Afrique moderne, avec ses espoirs et ses difficultés, ses ombres mais aussi ses lumières’’.

Et si encore, ces ombres et lumières du continent sont d’une stupéfiante actualité, laisse entendre l’auteur, il ajoutera qu’elles le sont parfois plus encore dans le contexte où elles ont été prononcées.

En clair, ce recueil dont les discours débordent d’énergie positive, n’est pas pour nier les problèmes, il les prend à bras-le-corps en s’appuyant sur les atouts du pays et de l’Afrique, et en premier lieu les hommes. Ce qui fera dire à Dramé Kadiatou Konaré, que ce recueil est surtout un cri, non pas de désespoir, mais d’espérance et d’amour inconditionnel d’un homme pour sa terre et son peuple. Il se singularise comme un hommage rendu à tous ceux qui ont voué leur vie à bâtir un monde meilleur en Afrique.

Dans ses souvenirs, le premier président du Mali démocratique, historien, et chef d’Etat, rend d’abord hommage à Père Etienne Balenghien, un prêtre français qui a choisi vers la fin de sa mission au Mali de travailler bénévolement pour la coopérative Jaman. Des souvenirs qui remontent en juin 1988.

A l’instar du père, Etienne, Alpha rendu également hommage à ses amis et compagnie comme Abdoulaye Barry et Charles Danioko…Et bien d’autres à découvrir.

Dans la même œuvre, il évoquera avec émotion, ses instants de vie avec Ibrahima Ly, cet enseignant militant et leader progressif, emprisonné pendant plusieurs années pour des raisons politiques, décédé à Paris après sa libération à la suite de mauvaises conditions de détention. Voilà comment le Président Alpha évoque ses souvenirs avec Ly :

‘’J’ai revu Ibrahima pour la dernière fois en octobre dernier (nous sommes en 1989), dans la banlieue parisienne, à Saint-Denis un dimanche après-midi. Ce dimanche d’octobre, Ibrahima lui-même m’ouvrit la porte. Nous nous étreignîmes fortement, lui avec le même sourire, la même discrète timidité. Son physique trichait avec lui : la même fraîcheur de corps, un corps poli, de belle taille, qui accentuait la séduction de l’homme. Ibrahima avait cependant le pas lourd,  la nuque était un peu raide, il se laissa aller dans le divan. Il se tourna vers mois, rayonnant, mais davantage du bonheur de me voir que du fait d’un réconfort physique. Depuis des semaines, à Paris, il était cloué au lit. La veille, il n’aurait pas pu me recevoir ainsi tant il se sentait mal… En ces instants de conversation, nous étions sans âge. Nous avions le même âge. Nous étions de la même génération, la génération du sacrifice, de la semence qui portera, après que les premiers labours auront été retournés. Cependant la souffrance était en lui. Il l’avait domptée ; elle lui était familière. Je l’ai su parce qu’Ibrahima me l’a dit : « Alpha, tu ne peux savoir comme j’ai souffert ; je n’aurais jamais cru qu’un homme pouvait souffrir autant… »- Pour qu’Ibrahima me parle ainsi… le revenant des bagnes, le torodo… « Mon Dieu, seule la foi en toi, la volonté d’être ton image, la volonté d’être avec les autres ‘’esclaves’’, comme eux, pour eux aider à transcender les souffrances » m’a-t-il murmuré. Nous parlions pour mieux percer le mystère de la vie, l’homme en quête de l’homme, l’homme en quête de Dieu. Durs moments où il ne fallait se fixer sur la mort, où il fallait tout noyer dans la vie,…’’ [ndlr].

Dans un autre discours de ce même recueil, prononcé le 16 mai 1995, AOK salue la mémoire du Premier président du Mali, mort en détention en 196 sous le régime de Moussa Traoré.

« Le martyre du fils de Daba Keîta et de Fatoumata Camara (Modibo Keïta) est celui de tout notre peuple », tranche l’auteur, selon lequel, dix-huit ans (nous sommes en 1995) après sa mort, l’itinéraire politique de Modibo Keïta reste une source d’inspiration. Sans hésiter, « La bataille du souvenir », si riche, est vraiment à lire.

Issiaka M Tamboura (maliweb.net)

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5 COMMENTAIRES

  1. Les “démocrates” ne nous rendent aucun service en nous publiant les discours du Président Keita. Ce qu’on attend d’eux, ils le savent très bien, c’est leur propre bilan. Qu’ils nous parlent de cela ou qu’ils se taisent à jamais.
    Je suis de ceux là qui ont été simplement sacrifiés par ce régime. C’est pourquoi je veux une explication de leur part. En 1993, j’ai connu ma première année blanche, ensuite la deuxième en 2000- 2001 à la FLAHS. Qu’est ce que cette Faculté était le lit du désordre à l’époque! Vous parlez ou vous vous taisez à jamais!

  2. Je commencerais par m’incliner devant la mémoire du premier Président du Mali. Pour autant on ne doit pas passer sous silence toutes les zones d’ombre du règne de Modibo. La jeune génération doit savoir que Modibo, n’a jamais été élu Président du Mali. La jeune génération doit savoir que Modibo a fait assassiner Fily Dabo , Hamadoun Dicko, Maraka Kassoum Touré et plein d’autres anonymes. Leur seul tord fut de n’avoir pas eu les mêmes opinions que lui. Modibo a fait disparaitre le village de Sakoïba de la carte du Mali.Combien de malien furent déporter au bagne de Taoudéni sous le régime dictatorial de Modibo. En tout vérité et en toute modestie, les familles des “VICTIMES” du régime de Modibo, doivent savoir ce qui s’est réellement passé. Vous aimez Modibo, c’est humain, mais dite aussi qu’il fut un grand sanguinaire, qui n’a jamais pardonné aux autres d’avoir une opinion contraire.

    • Gagaran, merci pour les familles des victimes du feu président Modibo kÉITA. Votre analyse est juste et mérite une méditation pour chaque malien. Le grand défaut du malien, c’est d’avoir une mémoire courte et sélective. Toute l’histoire récente du Mali a été truquée de manière délibérée. Rétablissons la vérité pour les nouvelles générations et pour ne pas tuer une deuxième fois les victimes du régime du feu président. Comment expliquer nos enfants, petits-enfants que le peuple malien a fêté la chute du feu président Modibo KÉITA pendant 1 an sans interruption sous forme de motions de soutien à Moussa TRAORÉ et à ses camarade?

      • MERCI CHERS COMPATRIOTES D’AVOIR REAGI POSITIVEMENT A CES TANTATIVES DE REECRITURE DE L’HISTOIRE DU MALI RECENT.LES HISTORIENS DOIVENT ETRE HONNETES ET DIRE TOUTE LA VERITE AUX GENERATIONS MONTANTES SINON LE MARASME MALIEN PERDURERA POUR L’ETERNITE.
        POURQUOI LES TEMOINS DE L’HISTOIRE TAISENT-ILS LA VERITE AU MALI ?
        -QU’ILS NOUS DONNENT LEURS VERSIONS DES CAUSES DE L’ECLATEMENT DE LA FEDERATION DU MALI .”LE FAUX ORGUEIL DE MODIBO KEITA ”
        Sakoiba .la révolte du wassoulou à cause de l’arbitraire sur le village de Morifina le 14 février 1963 ; la milice importée de je ne sais où ;la dissolution de l’Assemblée Nationale ;du Bureau politique Nationale de L’US-RDA.
        MODIBO KEITA N’A JAMAIS ETE ELU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU MALI .
        Nous veillons .

    • Gangaran, vous n’avez pas bien compris, le jeune Etat souverain du Mali qui vient de naître, n’étais pas aimé de toutes et de tous; pour exister, le jeune Etats avait besoin d’être protégé contre les prédateurs redoutables de toute sorte, vous semblez oublié les menaces et les méthodes de cette époque comme: la division, la désunion, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, mettre en mal le sentiment de vivre ensemble qui est une condition d’existence de l’Etat, alors
      Il fallait protéger un modèle de vie commune, ne ramener pas les choses de l’époque pour un jeune Etat à l’aire que nous vivons aujourd’hui, le Mali n’a pas eu, le Mali n’aura jamais un Président comme Modibo KEITA.
      Son arrestation qu’il pouvait même éviter a été suivi de la fermeture d’année en année de toutes les unités industrielles que l’Homme avait crée.
      Quand il venait à apprendre qu’il y a une mutinerie à Bamako, l’une des phrases qu’il a eu à prononcer: le Mali sera ce que les maliens voudrons en faire.

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