Semaine Ahmed Sékou Touré à Bamako : Le Rebelle et l’Africaniste célébré !

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A la fois rebelle et africaniste, feu Ahmed Sékou TOURE a doublement marqué l’Afrique coloniale et indépendante pour avoir dit «NON » en septembre 1958 à l’icône de la «France libre », à savoir le général Charles De GAULLE. Car il a ainsi ouvert la voie aux indépendances
des pays africains qui préféraient du même coup «la liberté dans l’indépendance à l’opulence dans l’esclavage ». Pour commémorer ce digne fils de l’Afrique débout et du monde humaniste, le club «Ahmed Sékou TOURE » du Mali organise une semaine d’activités, du 26 septembre au 3 octobre, qui sera dédiée à l’Homme du 28 Septembre 1958.

Me Mariam DIAWARA a relancé à Bamako le club «Ahmed Sékou TOURE » dont la création remonte à plus d’une décennie. Le bureau a été ainsi remembré pour le rendre fonctionnel et plus dynamique. Aussi, l’anniversaire du 28 septembre 1958 est-il une bonne occasion de marquer la nouvelle entrée en matière et mener des activités à la dimension de l’homme. Car c’est cette année-là que feu Ahmed Sékou TOURE a pris date avec l’histoire de l’Afrique et du monde en disant «NON » au général Charles De GAULLE qui organisait un référendum dans les colonies françaises pour leur demander l’indépendance ou la fédération dans le cadre de «l’Union française ». Le «OUI » l’a emporté partout en Afrique française, sauf en Guinée Conakry où le jeune leader Ahmed Sékou TOURE a dit «NON » au risque de s’attirer les foudres de la France qui n’était pas encore prête à lâcher prise en Afrique qu’elle considérait comme une chasse gardée sinon sa propriété «privée » contre le deal passé entre CHURCHILL et ROOSEVELT pour «libérer tout le monde » après la seconde guerre mondiale. C’était d’ailleurs l’objet et le sens de la fameuse conférence de Brazzaville en 1944 qui réunissait les gouverneurs coloniaux auxquels il était demandé de se préparer à la «décolonisation ». Le projet et le programme d’Ahmed Sékou TOURE étant résumés dans sa phrase restée célèbre : «La Guinée préfère la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage ». Que se serait-il passé si De GAULLE avait commencé le référendum par la Guinée Conakry ? Ce qui est sûr, c’est que le destin de l’Afrique n’allait pas prendre le chemin qu’il emprunte encore : l’indépendance factice et le sous-développement structurel.

Le programme concocté par le bureau de Me DIAWARA entend marquer le renouveau du club par des festivités commémoratives qui vont durer une semaine à Bamako. Le 26 et le 27 septembre prochain, ce sera l’accueil des hôtes étrangers qui viendront de la Guinée, du Sénégal, de la France et même des USA où réside Mohamed TOURE, fils de l’illustre disparu. Le lendemain 28, c’est un dîner gala qui sera organisé au Centre international de conférences de Bamako (CICB) et qui sera animé par le rossignole du Mandé, Salif KEITA, avec la participation du Bembeya Jazz de Guinée et d’autres artistes en herbe comme de renommée nationale et internationale. Le 29 septembre, de 9h à 12h, auront lieu au CICB des conférences/débats sur le thème suivant : «Le Mali et la Guinée, deux poumons dans un même corps, illustration dans l’histoire ». Lesdites conférences seront suivies d’exposition de photos et de documents sur l’homme : sa vie et ses œuvres. L’après-midi étant consacrée aux témoignages et à d’autres expositions «photos et documents ». Le 30 septembre, le second thème de la semaine qui sera débattu portera sur : «Le référendum de 1958 : impact et défis en Afrique et dans le monde ». L’exposition «photos et documents » va continuer jusqu’à midi. De 15h à 17h30, le troisième thème sera abordé sur : «Le combat de Sékou TOURE pour l’épanouissement de la femme et de la jeunesse ». Une nouvelle exposition «photos et documents » mettra fin à cette journée.

Le mois d’octobre débutera avec le quatrième thème : «Les trois livres de Sidiki KOBELE : combat, complots, Safoulay, etc. ». Dans la même matinée du 1er octobre, l’exposition de photos et de documents reprendra ses droits. Dans l’après-midi, il sera procédé à une projection de film sur le parcours de l’homme que les uns et les autres pourront ainsi (re)découvrir. Les images reviennent de nouveau avec l’exposition «photos et documents ». Le lendemain 2 octobre, de 9h à 18h, les hôtes auront droit à des visites de sites à Bamako. Quant à la soirée, elle sera dédiée aux manifestations folkloriques. Le 3 octobre, ce sera le concert de clôture avec Salif KEITA qui sera accompagné par d’autres artistes. Le lendemain 4 octobre, les hôtes étrangers prendront congé des Maliens et pourront retourner dans leur foyer respectif.

Par Seydina Oumar DIARRA-SOD 

Qui était l’homme ?

Feu Ahmed Sékou Touré est né le 9 janvier 1922 et il a rendu l’âme le 26 mars 1984 à Cleveland, dans l’Etat d’Ohio, aux États-Unis, en subissant une opération de chirurgie cardiaque. Mais c’est au Maroc qu’il a été enterré, le cercueil vide ayant été transféré et mis sous terre en Guinée Conakry dont Ahmed Sékou TOURE était le premier président de la République en poste depuis l’indépendance de la France en 1958 jusqu’en 1984. L’homme a cependant dû batailler fort pour se hisser au sommet de la société guinéenne, car il avait été bloqué dans son ascension par les critères racistes de la fonction publique coloniale qui l’ont empêché d’accéder à un poste à la mesure de ses capacités dont une vivacité d’esprit hors norme. Aussi, est-il resté au bas de l’échelle professionnelle en tant que modeste responsable des postes. En contournant ces difficultés, il s’est investi dans le syndicalisme en devenant un des meneurs de la jeune génération guinéenne et panafricaniste. Il participe ainsi à la fondation du Rassemblement démocratique africain (RDA) sous la bannière duquel il se fait élire à la mairie de Conakry en 1956. Il devient peu après vice-président du conseil de gouvernement local.

La métropole française était en pleine effervescence politique discussion sur la décolonisation qui s’annonce. Lors de la visite qu’a effectuée le général de GAULLE à Conakry pour défendre son accord «d’union » entre la France et ses colonies promises à l’indépendance, le premier citoyen de la «France libre » s’est fait huer par la foule déjà acquise à la cause de la liberté «ici et maintenant ». Cette manœuvre de Sékou lui a valu par la suite «la haine indéfectible » de De GAULLE. En toute logique, les Guinéens ont voté «NON » au référendum du 28 Septembre pour choisir «l’indépendance » qu’ils allaient obtenir le 2 Octobre 1958 avec Sékou Touré à la tête du pays. Cette manière d’avoir accédé à la souveraineté nationale et internationale a longtemps nourri les frictions entre la France et la Guinée qui étaient fréquentes pendant tout au long du règne d’Ahmed Sékou TOURE : aux tentatives de renversement de Sékou téléguidées par la cellule africaine de l’Élysée qu’animait Jacques FOCCART, répondaient les provocations de Conakry. Craignant par conséquent une intervention militaire pure et simple de l’ancien colonisateur, Sékou ROURE a choisi le camp socialiste entre le maoïsme pour obtenir les aides chinoises et le soviétisme pour s’attirer les faveurs de l’ex URSS.

Les analystes et les observateurs sont unanimes sur un fait : Ahmed Sékou TOURE était loin un communiste convaincu «idéologiquement parlant », mais ce sont les circonstances qui l’ont sans doute jeté dans ce camp par «instinct de survie politique ». La preuve, c’est sa religiosité incontestable dont témoignent ses nombreux ouvrages sur le sujet.

Par SOD  

             

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