LE MANDÉ MANSA:QUAND UN PRINCE SE TROMPE DE TRÔNE

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Certaines griottes et cantatrices rappellent souvent à la jeune génération que ce sont les guerres qui ont détruit le Mandé et, parlant de Soundjata Keïta, Grand conquérant et fondateur de l’Empire du Mali, ils reprochent des guerres incessantes, inutiles et destructrices. Naturellement, les avis sont partagés sur la question, mais le débat est plus que d’actualité. L’histoire nous apprend, en tout état de cause, que les époques d’héroïsme sont toujours celles de la terreur. Aujourd’hui, il vient à l’esprit de certains de jouer les héros. Mais en ces temps modernes, il ne s’agit plus de l’Empire du Mandé, mais plutôt de la République du Mali. Et nul ne saurait gérer ce patrimoine commun avec ses seuls principes maninka, bambara, sénoufo, bobo, arabes, peuhls, touaregs, etc, sans risquer de mettre en péril l’équilibre de la Nation toute entière. Le «Mandé Mansa» a, semble-t-il oublié ce principe essentiel qui fonde la Nation malienne.
Celui qui veut régner sur le monde doit d’abord apprendre à régner sur lui-même. IBK, fort légitimement, veut régner sur le Mali. Un droit que ne lui dénie personne. Mais les « sujets » sur lesquels il veut régner ont tout aussi bien le droit de le juger. Les Maliens apprécient son sens de l’autorité mais déplorent tout autant son caractère impulsif. Certains de ses « amis » et courtisans mal inspirés l’ont trop longtemps galvanisé avec des formules tirées tout droit de l’épopée mandingue : IBK le « Prince du Mandé », le « Mandé Mansa », le « Kankelentigui », etc. Ces aphorismes que l’homme ne dédaigne point, ne sont pourtant pas de nature à arranger ses affaires politiques. Imaginons un seul instant qu’on attribue ces substantifs flatteurs à ATT : « Amadou, le prince du Royaume du Macina », le « digne fils de Mopti », etc, qu’en penseront alors ceux du Kaarta, du Wassolou, du Bélédougou, de l’Adrar, etc. Celui qui veut régner sur le Mali ne doit pas perdre de vue le concept de Nation qui le caractérise. L’on s’en souviendra toujours : c’est tout le peuple malien de Kayes à l’Adrar qui a, à la fois, célébré les belles victoires de l’Equipe Nationale de football lors de la CAN 2002 et profondément compati à l’unisson suite aux différents échecs. Personne n’était indifférent. Mais ceux-là qui ont une sainte horreur pour le football. Voilà bien un indice de l’Etat-Nation qu’est le Mali.
L’homme a du mal à régner sur lui même. Toute chose qui a pourtant fait la force des présidents et hommes d’Etat maliens qui ont marqué leur temps. Eux, savaient que la vraie grandeur consiste d’abord à être maître de soi-même. Malheureusement pour IBK, sa nature impulsive et impétueuse ne semble pas le prédestiner à régner sur ce pays. Il a plusieurs fois donné la preuve certes, de son grand amour et du grand patriotisme, mais aussi, de son impétuosité et de ses maladresses. Hier, il signait de ses propres mains une déclaration va-t-en-guerre à propos de la signature des accords d’Alger; plus tard, nonobstant toujours son statut et sa qualité de président de l’Assemblée Nationale du Mali, il voulut quitter la salle au même titre que les élus de son parti mis en minorité lors de la séance de validation desdits accords.
Monsieur veut la guerre, c’est désormais connu. Mais il évite soigneusement ce mot et évoque une simple opération de police qui aurait dû venir à bout de ce qu’il qualifie de «mutinerie». Cette personnalité de l’homme contraste profondément avec celle qu’il a présentée aux lendemains de la proclamation des résultats des élections présidentielles de 2002 au Stade du 26 mars. Il affirma ce jour et plusieurs fois de suite, avoir évité le chaos et les troubles sociaux dans le pays, en s’abstenant de lancer les enfants dans la rue à la recherche de sa « victoire volée ». L’opinion publique apprécia sa sagesse. Mais voilà aujourd’hui qu’il fait fi des risques de chaos et de ces mêmes troubles sociaux en incitant l’armée à mâter une « simple mutinerie ». Aurait-il abandonné ses préceptes de sagesse d’antan ou parce que les « mutins » d’aujourd’hui ne sont pas les militants de son groupe de partis « Espoir 2002 » d’hier ? L’homme a visiblement deux visages. Mais, à force de montrer simultanément les deux aux hommes et à lui même, il ne sait plus lequel est le vrai. Les autres non plus ne savent pas. Tantôt c’est l’homme d’Etat, tantôt c’est le politique qui parle. Ce conflit de personnalités à l’origine de son inconstance le fragilise énormement puisqu’il lui arrive de ne plus savoir où est-ce qu’il en est. Mais le peuple n’étant pas dupe, sait au moins faire la différence entre le politicien et l’homme d’Etat: le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération. Le cas de Ibrim s’explique mais ne se justifie pas. Il est désormais de ceux-là qui ont beaucoup à espérer dans l’immédiat et rien à perdre à court, moyen ou long terme. Grand-père disait qu’il n’était pas aisé, surtout de la part de celui qui a tou à gagner de combattre un homme qui n’a plus rien à perdre. Ibrim n’a plus rien à perdre.

B.S. Diarra

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