Assises politiques maliennes : le jeu fourbe d`Alger

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Crise Malienne : Le Président du Burkina Faso, Blaise Compaoré s`entretient avec une délégation de la Dine Ansar
Vendredii 16 Novembre 2012. Ouagadougou.

Alger s’immisce dans les affaires politiques maliennes en dĂ©tournant Ă  son profit les objecifs des assises de la coalition de Bamako en vue d’installer un Haut comitĂ© d’Etat Ă  prĂ©rogatives constitutionnelles qui conforte l’intervention armĂ©e au Nord du pays. Le pouvoir de Bouteflika veut en faire une tribune de sa “solution politique nĂ©gociĂ©e” avec “toutes les parties concernĂ©es” a annoncĂ© dimanche Mourad Medelci .

A quel jeu fourbe se prĂŞte Alger dans le traitement de la crise malienne? Le ministre des Affaires Ă©trangères, Mourad Medelci, vient d’annoncer dimanche une rencontre avec “toutes les parties concernĂ©es entre Maliens” au Mali que celles-ci “soient au nord ou au sud, rebelles ou au pouvoir” relevant que “si une des parties concernĂ©es demandait Ă  discuter avec l’AlgĂ©rie pour impulser la solution politique et le dialogue, l’AlgĂ©rie est ouverte au dialogue avec les frères maliens depuis 20 ans”. Que signifie ce revirement spectaculaire pour un dialogue de “foire d’empoigne” au moment oĂą Alger semblait donner des signes favorables Ă  l’intervention armĂ©e, mĂŞme si l’option du dialogue restait de mise. Mourad Medelci en annonçant cette rencontre au Mali veut-il parler des assises sur les concertations nationales maliennes prĂ©vues initialement au Mali du 26 au 28 dĂ©cembre 2012 et reportĂ©es dĂ©but dĂ©cembre du 10 au 12. Ces assises, qui portent sur la crise politique de Bamako, devraient se prononcer sur le maintien ou non des institutions constitutionnelles actuelles et la crĂ©ation d’un Haut comitĂ© d’Etat dotĂ© de pouvoirs consultatifs et dirigĂ© par le prĂ©sident de la transition, secondĂ© par un militaire et un civil. RĂ©gler la crise constitutionnelle, tel est l’objectif principal de ces assises sur lesquelles, selon les observateurs, pèse d’ores et dĂ©jĂ , les vĂ©lleitĂ©s d’une reprise des armes de la junte militaire, par la confrontation entre pro-putsch et anti-putsch ?

A quel rĂ´le malsain s’apprĂŞterait Alger en s’immisçant dans la tenue de ces assises? Abdelaziz Bouteflika n’hĂ©siterait pas Ă  soutenir le retour de la junte militaire au Mali qui serait ainsi confortĂ©e de ne plus se voir cantonnĂ©e dans les casernes et, en mĂŞme temps, soustraite d’une intervention militaire qui lui ferait de l’ombre avec les contingents des troupes ouest africaines qui stationneraient Ă  Bamako. Et pas seulement. Un retour de la junte militaire au Mali conforterait Alger puisque les puissances occidentales, la France et Washington, assortissent leur appui logistique Ă  l’intervention armĂ©e, par la nĂ©cessitĂ© impĂ©rieuse que celle-ci soit lĂ©gitimĂ©e et soutenue par des institutions dĂ©mocratiquement Ă©lues ou, du moins, par des institutions de transition issues d’une Coalition Ă  prĂ©rogatives constitutionnelles. Ce qui contrarie, dans un continent sujet Ă  des coups d’Etat militaire, l’option d’une «solution politique nĂ©gociĂ©e » dans une situation politique en crise que cherche, par ces assises mĂŞmes, Ă  rĂ©gler Bamako, en vue de donner une crĂ©dibilitĂ© politique par l’installation d’un Haut comitĂ© d’Etat qui se chargerait de rĂ©gler les conflits politiques internes et de mener l’intervention Ă  son terme.
Dans un entretien Ă  TSA , samedi 24 novembre, TiĂ©bilĂ© DramĂ©, Premier vice-prĂ©sident de la Coalition pour le Mali qui soutient l’intervention armĂ©e au Nord-Mali, considère que le report de ces assises est “une sage dĂ©cision” dans la mesure oĂą “une bonne partie de la classe politique et des forces vives n’y auraient pas participĂ©. Les conclusions auraient conduit Ă  la division du pays. On ne va pas faire des assises pour approfondir ces divisions. Le Mali donne de lui‑mĂŞme au monde l’image d’un pays divisĂ© alors qu’il y a une mobilisation extraordinaire autour du Mali, l’image d’un pays qui ne prend pas la mesure de la gravitĂ© de la situation.” S’exprimant sur le rapport qu’il y aurait entre ces assises et les nĂ©gociations avec le MNLA et Ansar Eddine pour lesquelles Alger est en ligne, le Vice-prĂ©sident de la Coalition malienne Ă©carte toute participation de ces deux groupes, encore moins d’officiels d’Alger : “Il n’était pas prĂ©vu qu’ils participent. Ils ne figuraient pas sur la liste des participants et je n’ai entendu personne au Mali dire qu’il faut les inviter. En fait, le prĂ©sident avait proposĂ© que les assises mettent en place une Commission nationale de nĂ©gociations avec le MNLA et Ansar Dine. Et je pense qu’avant les nĂ©gociations, le Mali doit mettre en place une structure de gestion de la crise au nord.”

Pour TiĂ©bilĂ© DramĂ© “La majoritĂ© des Maliens sont pour l’intervention militaire. Plus grave, on sent une radicalisation de l’opinion vis‑à‑vis du MNLA et d’Ansar Dine. La classe politique et la sociĂ©tĂ© civile malienne sont favorables Ă  une intervention militaire pour permettre au Mali de se libĂ©rer des groupes armĂ©s Ă©trangers. Je pense que l’assistance militaire et diplomatique Ă©trangère doit permettre au Mali d’exercer sa souverainetĂ© sur chaque centimètre carrĂ© du territoire malien. Nous avons Ĺ“uvrĂ© pour que la communautĂ© internationale adopte cette rĂ©solution. Nous avons fait du lobbying pour obtenir la rĂ©solution 2071 du Conseil de sĂ©curitĂ© de l’ONU.”
L’AlgĂ©rie, en menant des nĂ©gociations avec ces deux groupes, veut-elle bloquer l’intervention? A cette question, le chef de la Coalition rĂ©pond sans mâcher ses propos : “L’AlgĂ©rie doit sortir des ambigĂĽitĂ©s dans la gestion de la prĂ©sente crise. Il faut Ă©viter que les nĂ©gociations apparaissent aux yeux des Maliens comme des manĹ“uvres dilatoires pour empĂŞcher l’action militaire. Tous les gens au Mali se demandent si l’AlgĂ©rie souhaite rĂ©ellement que l’État malien exerce sa souverainetĂ© dans le nord. Il faut que les AlgĂ©riens sachent qu’il y a beaucoup de rĂ©criminations dans ce pays vis‑à‑vis de l’AlgĂ©rie. Ce n’était pas le cas il y a quelques mois. Elle doit dissiper vraiment les malentendus. L’AlgĂ©rie devrait ĂŞtre claire et ferme en ce qui concerne la souverainetĂ© et l’intĂ©gritĂ© du Mali. Les divers accords de paix signĂ©s sous l’égide de l’AlgĂ©rie en 1991, en 1992 et en 2006 ont un dĂ©nominateur commun : l’allègement du dispositif sĂ©curitaire, le cantonnement des troupes. La mise en application de ces accords a crĂ©Ă© un vide au nord du Mali et des zones grises oĂą l’État n’existait plus. Ça a commencĂ© avec les trafiquants de cigarettes, les trafiquants de drogue et puis l’installation du GSPC et d’Aqmi. Ce que le Mali a acceptĂ© sous mĂ©diation algĂ©rienne, l’AlgĂ©rie ne l’acceptera jamais. Elle n’acceptera jamais de renoncer Ă  exercer son autoritĂ© militaire sur une rĂ©gion de son territoire. Ă€ ce qu’il n’y ait pas de militaires Ă  Tamanrasset, Ă  Reggane.”

Ainsi tout le martèlement mĂ©diatique d’Alger sur la souverainetĂ© et l’intĂ©gritĂ© du Mali ne serait qu’une “manoeuvre dilatoire” dans la mesure oĂą les premières nĂ©gociations menĂ©es avec Ansar Eddine en juin dernier par Abdelaziz Bouteflika ont Ă©tĂ© faites sans en rĂ©fĂ©rer Ă  Bamako.
Les propos du vice-prĂ©sident de la Coalition sont clairs. Les assises sur la crise politique malienne pour aboutir Ă  la formation d’un Haut ComitĂ© d’Etat avec des prĂ©rogatives constitutionnelles, ne concerne nullement le dialogue au Nord-Mali et, de ce fait, Alger n’est pas invitĂ© Ă  ces assises. Dans la mise au point faite par le ministère des Affaires Ă©trangères algĂ©rien aux propos de TiĂ©bilĂ© DramĂ©, Alger semble dĂ©tourner, corrompre la tenue de ces assises qu’il veut transformer en tribune de son “option politique nĂ©gociĂ©e”: “Il est attendu de la tenue des assises nationales de doter le pays d’une feuille de route comportant un Ă©chĂ©ancier Ă©lectoral et de mettre sur pied la structure nationale chargĂ©e d’engager un dialogue inclusif avec les reprĂ©sentants des populations du nord du Mali qui renoncent, sans ambiguĂŻtĂ©, au terrorisme et au sĂ©paratisme et qui ont des revendications lĂ©gitimes Ă  faire valoir par des moyens exclusivement pacifiques”.

Or, pour le responsable de la Coalition malienne, la tenue de ces assises politiques conforte la dĂ©cision de l’intervention au Nord-Mali par la crĂ©ation d’une structure de gestion chargĂ©e d’en suivre l’Ă©volution. En annonçant ces assises comme devant permettre un dialogue avec “toutes les parties” en conflit, Mourad Medelci sème encore et toujours le trouble dans les choix politiques du Mali qui contrarie en vĂ©ritĂ© le dialogue d’Alger. En dĂ©finitve, Alger ne veut pas de ces assises de la Coalition malienne.

R.N / 26 novembre 2012  |  lematindz

 

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3 COMMENTAIRES

  1. je ne suis pas malien,mais camerounais;je vois bien l’activisme des
    Algeriens qui est d’Ă©viter que le Mali exerce toute la plĂ©nitude de son autoritĂ© dans le nord du pays;l’algĂ©rie voudrait au mieux pour le nord une souverainetĂ© partagĂ©e entre le pouvoir central et les autres;
    c’est trop risquĂ©,comme l’a Ă©tĂ© le fait pour ATT,de laisser s’Ă©tablir avec armes et bagages les Touaregs fuyant la guerre en Lybie;le mali
    doit compter avant tout sur ses propres forces;l’internationalisation
    du conflit le rend non seulement militairement, mais diplomatiquement
    dĂ©pendant des autres;je suis surpris de lire que la Mauritanie n’est
    pas prĂŞte pour une action armĂ©e, alors qu’il y a un an encore son aviation allait bombarder les terroristes au nord du mali;je dis bien au nord du mali;quant Ă  monsieur Blaise CompaorĂ©,je prĂ©fère ne pas dire ce que j’en pense,tant cet homme me paraĂ®t fourbe;entout Ă©tat de cause,les autoritĂ©s maliennes actuelles,parce qu’elles n’ont pas subi l’onction du suffrage universel ne peuvent engager l’avenir;il en est de mĂŞme pour ceux des maliens qui combattent le pouvoir central,je veux parler d’Ansar Dine et du MNLA;seules les urnes pourront dire si ces groupes sont rĂ©ellement reprĂ©sentatifs des populations;ce n’est donc qu’après les Ă©lections que pourra avoir lieu le dialogue entre les maliens

  2. Vous savez quand un politicien commence Ă  prendre de l’âge ne sait plus se contrĂ´ler dans la tempĂŞte du moment et si c’est le cas il faudrait l’aider Ă  voir clair pour ne pas se voir emportĂ© par le vent malencontreux.

  3. “LES REVENDICATIONS LEGITIMES DES REPRESENTANTS DES POPULATIONS DU NORD” du n’importe quoi.

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