Femmes du Mali: Disons “NON !” Ă  la guerre par procuration

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Femmes voilées en classe à Gao le 10 septembre 2012. Reuters

La fĂ©ministe Aminata TraorĂ© et de nombreuses personnalitĂ©s maliennes s’opposent Ă  l’intervention armĂ©e au Mali.

De la situation dramatique du Mali, il ressort une rĂ©alitĂ© terrible qui se vĂ©rifie dans d’autres pays en conflit: l’instrumentalisation des violences faites aux femmes pour justifier l’ingĂ©rence et les guerres de convoitise des richesses de leurs pays.

Les femmes africaines doivent le savoir et le faire savoir.

Autant l’amputation du Mali des deux tiers de son territoire et l’imposition de la charia aux populations des rĂ©gions occupĂ©es sont humainement inacceptables, autant l’instrumentalisation de cette situation, dont le sort rĂ©servĂ© aux femmes, est moralement indĂ©fendable et politiquement intolĂ©rable.

Nous avons, de ce fait, nous femmes du Mali, un rĂŽle historique Ă  jouer, ici et maintenant, dans la dĂ©fense de nos droits humains contre trois formes de fondamentalisme: le religieux Ă  travers l’islam radical; l’économique Ă  travers le tout marchĂ©; le politique Ă  travers la dĂ©mocratie formelle, corrompue et corruptrice.

Nous invitons toutes celles et tous ceux qui, dans notre pays, en Afrique et ailleurs, se sentent concernĂ©s par notre libĂ©ration de ces fondamentalismes Ă  joindre leurs voix aux nĂŽtres pour dire «Non» à la guerre par procuration qui se profile Ă  l’horizon. Les arguments suivants justifient ce refus.

Le déni de démocratie

La demande de dĂ©ploiement de troupes africaines au nord du Mali, transmise par la CommunautĂ© des Etats d’Afrique de l’Ouest (CĂ©dĂ©ao) et l’Union Africaine (UA) aux Nations Unies, repose sur un diagnostic dĂ©libĂ©rĂ©ment biaisĂ© et illĂ©gitime.

Il n’est fondĂ© sur aucune concertation nationale digne de ce nom, ni au sommet, ni Ă  la base. Ce diagnostic exclut par ailleurs la lourde responsabilitĂ© morale et politique des nations, celles qui ont violĂ© la rĂ©solution 1973 du Conseil de SĂ©curitĂ© en transformant la protection de la ville libyenne de Benghazi en mandat de renverser le rĂ©gime de Mouammar Kadhafi et de le tuer.

La coalition des sĂ©paratistes du mouvement national de libĂ©ration de l’Azawad (MLNA), de Al QaĂŻda au Maghreb Islamique (Aqmi) et de ses alliĂ©s qui a vaincu une armĂ©e malienne dĂ©motivĂ©e et dĂ©sorganisĂ©e doit Ă©galement cette victoire militaire aux arsenaux issus du conflit libyen.

Le mĂȘme Conseil de SĂ©curitĂ© va-t-il approuver, dans les jours Ă  venir le plan d’intervention militaire que les Chefs d’Etat africains ont approuvĂ© en prĂ©tendant corriger ainsi les consĂ©quences d’une guerre injuste par une guerre tout aussi injuste?

MarginalisĂ©e et humiliĂ©e dans la gestion de la crise libyenne, l’Union Africaine doit-elle se lancer dans cette aventure au Mali sans mĂ©diter les enseignements de la chute du rĂ©gime de Mouammar Kadhafi?

OĂč est la cohĂ©rence dans la conduite des affaires du continent par les dirigeants africains, dont la plupart s’était opposĂ© en vain Ă  l’intervention de l’OTAN en Libye, lorsqu’ils s’accordent sur la nĂ©cessitĂ© d’un dĂ©ploiement de forces militaires au Mali, aux consĂ©quences incalculables.

L’extrĂȘme vulnĂ©rabilitĂ© des femmes dans les zones en conflit

L’international Crisis Group prĂ©vient, Ă  juste titre, que:

«Dans le contexte actuel, une offensive de l’armĂ©e malienne appuyĂ©e par des forces de la CĂ©dĂ©ao et/ou d’autres forces a toutes les chances de provoquer davantage de victimes civiles au Nord, d’aggraver l’insĂ©curitĂ© et les conditions Ă©conomiques et sociales dans l’ensemble du pays, de radicaliser les communautĂ©s ethniques, de favoriser l’expression violente de tous les groupes extrĂ©mistes et, enfin, d’entraĂźner l’ensemble de la rĂ©gion dans un conflit multiforme sans ligne de front dans le Sahara».

Ces consĂ©quences revĂȘtent une gravitĂ© particuliĂšre pour les femmes. Leur vulnĂ©rabilitĂ© qui est sur toutes les lĂšvres, devrait ĂȘtre prĂ©sente dans tous les esprits lors des prises de dĂ©cisions, et dissuasive quand la guerre peut ĂȘtre Ă©vitĂ©e. Elle peut l’ĂȘtre. Elle doit l’ĂȘtre au Mali.

Rappelons que les cas de viols que nous dĂ©plorons dans les zones occupĂ©es du Nord de notre pays risquent de se multiplier avec le dĂ©ploiement de plusieurs milliers de soldats. A ce risque, il faut ajouter celui d’une prostitution plus ou moins dĂ©guisĂ©e qui se dĂ©veloppe gĂ©nĂ©ralement dans les zones de grande prĂ©caritĂ© et par consĂ©quent les risques de propagation du Sida.

Le  plan d’intervention militaire sur lequel le Conseil de SĂ©curitĂ© va se pencher prĂ©voit-il des moyens de mettre rĂ©ellement les femmes et les fillettes du Mali Ă  l’abri de ce type de situation dĂ©sastreuse?

Rappelons Ă©galement que sur l’ensemble du territoire les sanctions Ă©conomiques imposĂ©es par la communautĂ© internationale au peuple malien au nom du retour Ă  un ordre constitutionnel discrĂ©ditĂ© affectent considĂ©rablement les groupes vulnĂ©rables.

Les femmes du fait de la division sexuelle des tĂąches sont confrontĂ©es au niveau domestique Ă  l’Ă©norme difficultĂ© d’approvisionnement des familles en eau, nourriture, Ă©nergie domestique, mĂ©dicaments.

Cette lutte quotidienne et interminable pour la survie est dĂ©jĂ  en soi une guerre. Dans ces circonstances de prĂ©caritĂ© et de vulnĂ©rabilitĂ© des populations, et des femmes en particulier, l’option militaire en prĂ©paration est un remĂšde qui a toutes les chances d’ĂȘtre pire que le mal alors qu’une alternative pacifique, Ă©manant de la sociĂ©tĂ© malienne, civile, politique et militaire, sera constructive.

Des incohérences de la communauté internationale

Chacun des puissants reprĂ©sentants  de la «communautĂ© internationale»  ainsi que  la CĂ©dĂ©ao (la CommunautĂ© Ă©conomique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et l’UA (Union africaine) ont prononcĂ© des mots Ă  propos de nos maudits maux de femmes en situation de conflit.

A tout seigneur tout honneur,  le prĂ©sident français, François Hollande, qui joue le rĂŽle de chef de file dans la dĂ©fense de l’option militaire, a soulignĂ© la souffrance des femmes «premiĂšres victimes des violences de guerre»

Et pourtant, il a dĂ©clarĂ© le 26 septembre 2012, Ă  New York, lors de la rĂ©union spĂ©ciale sur le Sahel, en marge de l’AssemblĂ©e GĂ©nĂ©rale des Nations Unies:

«Je sais qu’il peut y avoir une tentation de mener des nĂ©gociations. NĂ©gocier avec des groupes terroristes? Il ne peut en ĂȘtre question. Toute perte de temps, tout processus qui s’Ă©terniserait ne pourrait faire que le jeu des terroristes».                                                 

«Il faut savoir terminer une guerre», semblent dire les présidents américains et français.

«La guerre d’Afghanistan s’est prolongĂ©e au-delĂ  de la mission initiale. Elle attise la rĂ©bellion autant qu’elle permet de la combattre. Il est temps de mettre fin en bon ordre Ă  cette intervention et j’en prends ici l’engagement», dĂ©clara le candidat François Hollande dans son discours d’investiture Ă  l’élection prĂ©sidentielle.

La SecrĂ©taire d’Etat amĂ©ricaine aux affaires Ă©trangĂšres, Hillary Clinton dont l’escale du 29 octobre 2012, Ă  Alger, avait en partie pour objet de convaincre le prĂ©sident Abdelaziz Bouteflika de rejoindre le camp de la guerre, s’Ă©tait adressĂ©e aux chefs d’Etat africains rĂ©unis Ă  Addis-Abeba en ces termes :

«En RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo, la poursuite des actes de violences contre les femmes et les filles et les activitĂ©s des groupes armĂ©s dans la rĂ©gion orientale du pays, sont pour nous une source constante de prĂ©occupation. L’Union Africaine et les Nations Unies ne doivent Ă©pargner aucun effort en vue d’aider la RDC Ă  rĂ©agir Ă  ces crises sĂ©curitaires incessantes ».

L’initiative du secrĂ©taire des Nations Unies, Ban Ki Moon, intitulĂ©e «Unis pour mettre fin Ă  la violence contre les femmes », lancĂ©e le 25 janvier 2008, accorde une attention particuliĂšre aux femmes de l’Afrique de l’Ouest. C’Ă©tait avant les guerres en CĂŽte d’Ivoire et en Libye qui ont largement compromis la rĂ©alisation des objectifs assignĂ©s Ă  cette initiative.

Nous comprenons sa rĂ©serve quant au dĂ©ploiement militaire et espĂ©rons qu’il ne soutiendra pas le plan d’intervention des Chefs d’États de la CĂ©dĂ©ao. La guerre, rappelons-le, est une violence extrĂȘme contre les populations civiles, dont les femmes. Elle ne peut que nous Ă©loigner des objectifs visĂ©s par cette initiative.

Pourquoi les puissants de ce monde qui se préoccupent tant du sort des femmes africaines ne nous disent pas la vérité sur les enjeux miniers, pétroliers et géostratégiques des guerres.

La prĂ©sidente de la commission de l’UA, Nkosazana Dlamini-Zuma, pour sa part, souligne qu’ «il est crucial que les femmes contribuent Ă , et s’impliquent activement dans, la recherche d’une solution au conflit. Leurs voix doivent ĂȘtre entendues dans les efforts visant Ă  promouvoir et Ă  consolider la dĂ©mocratie dans leur pays. A cette fin, vous pouvez, sans aucun doute, compter sur le soutien de l`UA, ainsi que sur mon engagement personnel.»

La nomination pour la premiĂšre fois d’une femme Ă  ce poste pourrait ĂȘtre un facteur vĂ©ritable d’Ă©mancipation politique pour les femmes et donc de libĂ©ration du continent, si Nkosazana Dlamini-Zuma accepte d’Ă©largir la base du dĂ©bat sur les femmes africaines en y intĂ©grant les enjeux globaux qui nous sont dissimulĂ©es.

Notre triste statut d’otages

Le Mali est un pays Ă  la fois agressĂ©, humiliĂ© et pris en otage par des acteurs politiques et institutionnels qui n’ont aucun compte Ă  nous rendre, Ă  commençé par la CĂ©dĂ©ao. L’une des traductions de cette rĂ©alitĂ© est l’Ă©norme pression exercĂ©e sur ce qui reste de l’État malien.

Le PrĂ©sident par intĂ©rim, Dioncounda TraorĂ©, est le premier des otages maliens. S’il a cru devoir rappeler, le 19 octobre 2012, lors de la rĂ©union du groupe de soutien et de suivi de la situation de notre pays, qu’il n’est pas un prĂ©sident pris en otage, c’est prĂ©cisĂ©ment parce qu’il l’est.

Sinon il n’aurait pas rĂ©pĂ©tĂ© Ă  trois reprises, le 21 septembre 2012, la veille de l’anniversaire de l’indĂ©pendance de notre pays qu’il privilĂ©gie le dialogue et la concertation, et demandĂ© aux Nations Unies, trois jours plus tard, une intervention militaire internationale immĂ©diate.

«J’ai conscience d’ĂȘtre le prĂ©sident d’un pays en guerre mais le premier choix est le dialogue et la nĂ©gociation. Le deuxiĂšme choix est le dialogue et la nĂ©gociation et», insiste-il « le troisiĂšme choix demeure le dialogue et la nĂ©gociation.  Nous ferons la guerre si nous n’avons pas d’autre choix  », a-t-il dĂ©clarĂ© dans son discours Ă  la nation avant de changer d’avis.

Au-delĂ  du prĂ©sident intĂ©rimaire, nous sommes tous des otages prisonniers d’un systĂšme Ă©conomique et politique inĂ©galitaire et injuste qui excelle dans l’art de briser les rĂ©sistances Ă  coup de chantage au financement. La suppression de l’aide extĂ©rieur se traduit cette annĂ©e 2012 par un manque Ă  gagner de 429 Milliards de francs CFA. La quasi totalitĂ© des investissements publics sont suspendus.

La fermeture de nombreuses entreprises a occasionnée licenciements et chÎmage technique pour des dizaines de milliers de travailleurs alors que les prix des denrées alimentaires continuent de flamber. Les pertes les plus importantes sont enregistrées dans les secteurs du bùtiment et des travaux publics.

Paix et intégrité territoriale

Le tourisme, l’artisanat, l’hĂŽtellerie et la restauration, qui subissaient depuis 2008 les consĂ©quences de l’inscription du Mali sur la liste des pays Ă  risques, sont gravement affectĂ©s alors qu’ils constitutuaient des sources de revenus substantiels pour les rĂ©gions aujourd’hui occupĂ©es, notamment celle de Tombouctou.

RĂ©fĂ©rence est faite au statut d’otage non point pour dĂ©dramatiser l’Ă©preuve insupportable des otages europĂ©ens et de leurs familles mais pour rappeler l’égale gravitĂ© de la situation de tous les ĂȘtres humains piĂ©gĂ©s dans des systĂšmes dont ils ne sont pas personnellement responsables.

La question est toutefois de savoir comment agir de telle sorte que notre pays retrouve son intĂ©gritĂ© territoriale et la paix, et que les six Français dĂ©tenus par Aqmi retrouvent leurs familles sains et saufs, sans que ces libĂ©rations n’ouvrent la voie Ă  une intervention militaire qui mettrait en pĂ©ril la vie des centaines de milliers d’habitants du Nord Mali qui sont autant d’otages (…)

Nous demandons Ă  toutes celles et Ă  tous ceux qui partagent notre approche d’interpeller immĂ©diatement les principaux acteurs de la communautĂ© internationale, par Ă©crit ou sous toutes autres formes d’expression, en plaidant pour que le Conseil de SĂ©curitĂ© n’adopte pas une rĂ©solution autorisant le dĂ©ploiement de milliers de soldats au Mali.

slateafrique.com/

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10 COMMENTAIRES

  1. cette femme n aucune credibilité,pour faire parler d elle elle ne recule devant rien,elle est toujours dans la subversion,la demagogie comme son pendant masculin mariko,jamais de solution,elle ne represente pas les femmes pour parler en leur nom.Le president konaré en la nommant minstre avait fait un mauvais casting car elle n a aucun amour pour le mali, avec elle c est <<et moi et moi<<.

  2. Aminata Dramane,vous devez la fermer maintenant.Trop c’est trop.Que voulez vous au juste?Du coup d’etat du 22 Mars a ce jour ,vous ne racontez que des betises qui sont loin d’apporter de l’apaisement dans le pays.Personnellement,j’avais du respect pour vous jusqu’au jour ou je vous ai entendu soutenir que c’est Laurent Gbagbo qui a gagne les elections de 2010 en CI.

  3. çà m’aurait Ă©tonnĂ© qu’Aminata TraorĂ© ne soit pas Ă  la base de tout çà 😉 😉 elle n’a pas un mari ou des petits enfants Ă  la maison dont elle peut s’occuper plutot que de raconter des conneries avec son fĂ©minisme Ă  la con ?

  4. Ă©tant terriblement dĂ©boussolĂ© par les prises de position de AMINATA DRAMANE TRAORE,j’ai besoin de lui poser une question:le nord du Mali est dans une situation qui nous fait si mal dans tous les sens du mot.Puisqu’elle est contre l’aide militaire internationale,contre la guerre,qu’elle est sa solution pour libĂ©rer les 3 rĂ©gions de notre pays occupĂ©es par des gens qui ne connaissent que le langage des armes? depuis le dĂ©but de l’occupation et en tant que femmes a telle sĂ©journĂ© dans l’une de ces villes par solidaritĂ© pour c’elles qui sont entrain de vivre ce calvaire.j’avais de l’admiration pour cette dame mais je commence Ă  me dire qu’elle est comme ces personnalitĂ©s politiques qui critiquent tout et ne propose rien de concret.

  5. Franchement il est temps d’arrĂȘter avec ces contradictions interminables. Les femmes n’ont qu’Ă  fermer la bouche, elles sont complices sur toute la ligne de la mauvaise gestion du pays, elles sont les grandes spĂ©culatrices…..

  6. c’est ce que j’ai lu de plus senssĂ© depuis que je suis la crise malienne.

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