G5 Sahel : ce Tchad avec lequel il faut compter

0
Dans le cadre de la Force multinationale mixte (FMM) placée sous l'égide de l'Union africaine et engagée dans la lutte régionale contre Boko Haram, le Tchad fournit un contingent de près de 4 000 hommes. Une très importante contribution. © ALI KAYA / AFP
Dans le cadre de la Force multinationale mixte (FMM) placée sous l'égide de l'Union africaine et engagée dans la lutte régionale contre Boko Haram, le Tchad fournit un contingent de près de 4 000 hommes. Une très importante contribution. © ALI KAYA / AFP

DATA. Alors que le prĂ©sident DĂ©by a menacĂ© de retirer ses troupes des opĂ©rations en Afrique, que reprĂ©sente le Tchad sur les terrains d’opĂ©rations ?

Le sommet du G5 Sahel, qui rĂ©unit les chefs d’État de ces cinq pays membres (Mauritanie, Niger, Mali, Burkina Faso et Tchad), se tient ce dimanche Ă  Bamako. Objectif : dĂ©finir l’orientation de la lutte contre le terrorisme, mais aussi aborder l’Ă©pineuse question du financement. Sur ce sujet, le prĂ©sident tchadien Idriss DĂ©by Itno a clairement annoncĂ© sa position quelques jours avant l’ouverture de cet Ă©vĂ©nement : le Tchad pourrait revoir son engagement militaire au Sahel et ne pas participer Ă  la force conjointe de l’organisation si un soutien financier significatif n’Ă©tait pas apportĂ© Ă  son pays.

Le Tchad sur cinq fronts

RĂ©capitulons. Ă€ ce jour, le Tchad est engagĂ© en effet dans trois opĂ©rations de maintien de la paix de l’ONU. Son contingent est majoritairement dĂ©ployĂ© au sein de la Minusma, la force des Nations unies au Mali. Dans une moindre mesure, on retrouve une prĂ©sence militaire tchadienne au sein de la Monusco (RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo) et de la Minustah (HaĂŻti). Concernant les opĂ©rations rĂ©gionales, le Tchad a intĂ©grĂ© la Force multinationale mixte (FMM) placĂ©e sous l’Ă©gide de l’Union africaine. Celle-ci a pour objectif de lutter contre la secte Boko Haram au Niger, au Nigeria et dans la rĂ©gion du lac Tchad. Enfin, une force mixte Tchad-Soudan est Ă©galement active Ă  la frontière entre les deux pays depuis 2010.

Les Tchadiens dans une zone difficile au Mali

Plus prĂ©cisĂ©ment, le contingent tchadien au sein de la Minusma est reparti dans le secteur nord du pays entre trois villes : Kidal, Tessalit et Aguelhoc. « Ce n’est pas un hasard si les Français ont demandĂ© aux Tchadiens d’intervenir dans cette zone difficile d’accès », explique le gĂ©nĂ©ral de division Jean-Paul Deconinck, qui commande les Casques bleus au Mali. Et d’ajouter : « Les conditions de vie et de travail sont très rudes et les soldats tchadiens sont tout Ă  fait adaptĂ©s. Ils ont Ă©galement un contact très facile avec la population, car ils parlent arabe. »

Un constat partagĂ© par Hamit BarkaĂŻ, ancien officier de l’armĂ©e tchadienne aujourd’hui en exil en France. « C’est l’une des seules armĂ©es Ă  ĂŞtre habituĂ©e Ă  combattre dans des conditions arides », explique-t-il, avant de se rappeler les annĂ©es 1980 oĂą les soldats « ont perfectionnĂ© leurs techniques et leur endurance lorsque le pays traversait une pĂ©riode de guerre ».

LIRE aussi : Antiterrorisme : ce qu’il faut savoir des mesures en Afrique de l’Ouest

Le Tchad, un contributeur très important

C’est au sein de la Force multinationale mixte (FMM) que les bataillons tchadiens sont les plus nombreux avec près de 4 000 militaires, mais, au total, ils sont 5 423 soldats tchadiens Ă  ĂŞtre dĂ©ployĂ©s en Afrique. Sur le plan international, si l’on compare les contingents des 128 pays participant aux diffĂ©rentes opĂ©rations des Nations unies, le pays de ToumaĂŻ est le 17e contributeur. Il est le troisième contributeur de la Minusma, derrière le Bangladesh et le Burkina Faso. Ă€ l’Ă©chelle du continent africain, seuls 24 États fournissent des moyens militaires.

Tchad : une perception mouvante

La large prĂ©sence des militaires tchadiens dès 2013 au Mali a permis Ă  ce pays d’Afrique centrale de se façonner une image de puissance militaire sur le continent. « Le Tchad est passĂ© d’un pays en guerre Ă  un pays considĂ©rĂ© comme un potentiel facteur de stabilitĂ© dans la rĂ©gion », analyse Marielle Debos, maĂ®tre de confĂ©rences en sciences politiques et spĂ©cialiste des questions militaires tchadiennes. « Ce nouveau rĂ´le permet Ă  Idriss DĂ©by de passer sous silence les violations des droits humains faites dans son pays, de faire oublier la dernière Ă©lection prĂ©sidentielle qui a Ă©tĂ© entachĂ©e d’irrĂ©gularitĂ©s et de se constituer une rente diplomatique », nuance l’auteur du livre Le MĂ©tier des armes au Tchad.

L’armĂ©e tchadienne est pourtant de plus en plus vivement critiquĂ©e. Dernier exemple en date : un rapport Mapping de la Minusca (anciennement Misca, la force dans laquelle des soldats tchadiens sont intervenus Ă  partir de 2013 jusqu’en 2015) recense des centaines d’exactions et de crimes commis en Centrafrique. « C’est une armĂ©e formĂ©e pour combattre, elle n’est pas formĂ©e aux missions de maintien de la paix », constate l’experte.

Des pertes humaines considérables

Mais si le Tchad est largement engagĂ© militairement sur le continent, il en paie aussi un lourd tribut humain. D’après les dernières donnĂ©es mises en ligne par les Nations unies et l’Union africaine, 125 militaires tchadiens ont perdu la vie sur le terrain des opĂ©rations en Afrique.

Un coût financier difficile à évaluer sur fond de baisse des ressources

Autre front sur lequel le Tchad se bat : le front des moyens financiers. Aucun chiffre n’est publiĂ© Ă  ce jour, ce qui rend difficile une Ă©valuation du coĂ»t des opĂ©rations militaires pour le Tchad. En tout cas, une chose est sĂ»re : le prĂ©sident tchadien Idriss DĂ©by a affirmĂ© qu’il ne pourra plus investir aussi massivement si son pays n’est pas aidĂ© financièrement. « Tout cela coĂ»te excessivement cher et, si rien n’est fait, le Tchad sera malheureusement dans l’obligation de se retirer », a dĂ©clarĂ© le chef de l’État dans une longue interview accordĂ©e au Monde/RFI/TV5 Monde Ă  la fin de ce mois de juin.

Pour avoir une idĂ©e des sommes engagĂ©es, il y a d’ailleurs lieu de se rĂ©fĂ©rer Ă  titre indicatif au chiffre donnĂ© par l’ONU Ă  propos du budget global prĂ©vu pour la Minusma pour la pĂ©riode 2016-2017, soit 933 millions de dollars. « Si des mesures militaires sont Ă  prendre, ce sera en concertation avec l’État tchadien. Les Ă©tats-majors ne vont jamais prendre le risque de retirer unilatĂ©ralement un contingent sans aucune forme de prĂ©avis », explique le gĂ©nĂ©ral Jean-Paul Deconinck.

L’urgence n’est plus seulement militaire, elle est aussi financière

Ces mises en cause ont lieu au moment oĂą le Tchad traverse une grave crise Ă©conomique depuis la chute des cours du pĂ©trole en 2014. « Le Tchad est intervenu dans l’urgence en 2013 au Mali qui Ă©tait sous la menace terroriste. Mais, aujourd’hui, nous ne sommes plus dans une situation d’urgence militaire et la situation financière du pays morose. Il faut donc rĂ©ajuster les besoins, mais aussi que les États, qui ont plus de moyens, Ă©paulent les pays contributeurs en difficulté », dĂ©taille Hamit BarkaĂŻ.

PubliĂ© le 02/07/2017 Ă  05:31 – | Le Point Afrique

PARTAGER

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here