Gao: Des assaillants tentent d’enlever le procureur

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Gao: Deux assaillants arrêtés après une tentative d'enlèvement
Une vue de la ville de Gao

La paix n’est pas près de revenir au nord. Le 10 janvier, on sait que des individus armés, probablement rattachés à la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) ont empêché la tenue des législatives partielles dans la commune de Talataye au motif que cette localité relevait de l’Azawad. Silence assourdissant de la CMA… Quelques jours plus tard, 3 gendarmes ont été égorgés dans la région de Mopti par des inconnus armés. Le 21 janvier, 2 gendarmes ont été attaqués à Koumi, cercle de Macina: le premier, Dramane Traoré, a pris une balle dans le pied; le second, Seybou  Koné, a réussi à s’enfuir. Comme on était jour de foire à Koumi, les villageois, paniqués et décidés à se sauver par tous les moyens, se sont jetés dans le canal creusé sur financement de feu Moummar Khaddafi. Bilan: 5 morts.

Le procureur attaqué

Le dernier fait d’armes des bandits armés date du samedi 23 janvier. Vers 20 heures, en pleine ville de Gao, des inconnus armés donnent l’assaut à la résidence du procureur de la République, Housseyni Salah. Pour une fois, les gardes du magistrat n’ont pas fui; ils se sont battus vaillamment, vite secondés par des renforts militaires maliens du gouvernorat voisin. Selon des sources, les assaillants, blancs de peau, étaient au nombre de deux; ils ont, à bord d’une 4X4, effectué en ville plusieurs tours suspects avant l’attaque. Apparemment, ils ne s’attendaient pas à la risposte musclée des gardes du procureur. L’un des assaillants a été tué, l’autre a disparu avec le véhicule. Une source proche du dossier nous apprend que les assaillants étaient venus liquider les garder en vue de récupérer des armes d’assaut. “Le bruit court que dans le cadre du processus de paix en cours, tout combattant des groupes armés qui présenterait un fusil d’assaut intégrerait l’armée malienne avec le rang d’officier”, signale notre interlocuteur. Une autre source fait remarquer que le procureur, en tant que représentant de la justice laïque, est une proie de choix pour les “jihadistes”. L’enlever pourrait rapporter de l’argent et, en même temps, déstabiliser le processus de paix. Du coup, on se demande si l’attaque est l’oeuvre de la CMA ou de trafiquants. A noter que le procureur Salah venait à peine de passer trois jours à Gao après avoir remplacé Gaoussou Sanou, muté au tribunal de la commune 1 de Bamako.

Kidal dévastée par la CMA

Au même moment, à Kidal, les responsables de la CMA procèdent, depuis jeudi dernier, à la démolition des bâtiments administratifs de l’Etat malien. La CMA veut créer, en lieu et place de ces édifices, un nouveau marché au profit des camions qui viennent de l’Algérie. Cette démolition intervient juste après la réunion d’Alger qui a regroupé le gouvernement, les groupes armés et la médiation. Joint par la radio “Studio Tamani”, un habitant de Kidal croit savoir qu’au lieu d’un marché, il est prévu de construire des résidences pour les chefs de la CMA.“En tout cas, les démolitions se poursuivent à l’aide de gros engins, y compris des bulldozers”, poursuit l’habitant. Qui s’étonne que la MINUSMA n’ait pas réagi à  cet acte grave. Les responsables de la CMA joints par Studio Tamani  confirment que les bâtiments qui sont en train de démolir sont des maisons abandonnées par les militaires maliens.“Ces maisons sont construites autour du fort de Kidal et toute construction autour de ce monument est illicite”, précisent les chefs rebelles. Almou Ag Mohamed, porte-parole de la CMA, donne les explications suivantes: “La gestion de la ville de Kidal revient à la CMA depuis qu’elle l’occupe. La CMA a la lourde responsabilité de gérer la ville et son urbanisation. Aujourd’hui, on a des bâtiments très importants qu’on a le devoir de sauvegarder. Entre autres, je vais vous parler du fort de Kidal, de la prison et de la place publique contiguë au fort. Nous avons constaté qu’il y a eu des constructions anarchiques autour du fort, qui servaient auparavant de logements aux militaires maliens. Ces constructions, complètement délabrées aujourd’hui, sont en train de dégrader l’image du fort. Alors, nous avons décidé au niveau de la CMA de dégager ces ruines pour donner un aspect nouveau aux alentours du fort. Je ne peux pas vous dire leur nombre parce qu’on ne peut même pas les compter. La plupart de ces maisons sont complètement à terre”.

 

Abdoulaye Guindo et Abdoulaye Koné

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