L’onde de choc d’Aguel’hoc : Le besoin d’entendre des témoins

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Plus on attendait l’énoncé du rapport de la Commission spéciale d’enquête sur les atrocités d’Aguel’hoc, nous nous jugeons encore plus victimes du temps ajouté (de manière disproportionnée ?) pour les besoins de cette enquête. Nous étions tous devenus hyperactifs, sinon réceptifs à l’écoute des atrocités commises lors de cette 4è rébellion. Ces faits de tueries franchissent un nouveau cap. Trouver le bon remède dans ce simple diagnostic, c’est tout une autre affaire.

Le 24 janvier 2012 fera date. Ce jour-là, le village d’Aguel’hoc (dans la région de Kidal) était marqué au fer rouge et de ce fait, on ne gardera que le manichéisme des rebelles. Nos compatriotes se sont retrouvés dans des séances de communion, dans une même répulsion conjuguée sur toutes les formes. C’est en lisant et en relisant les entendus de la Commission spéciale sur ce qui s’est passé dans cette localité que l’on retrouverait tout le caractère archaïque et cohérent du projet élaboré par les hordes barbares qui ont endeuillé le coin. Nous avons trouvé organisé à Aguel’hoc un camp de la guerre qui a fait la jonction avec les intégristes d’AQMI. La mort donnée est une marque de la joint-venture d’AQMI. La barbarie est-elle une maladie infantile du terrorisme ? Si non, elle en serait alors un ultime avatar. Les hordes qui se sont livrées à des massacres ne pouvaient réconcilier les exigences contradictoires de toutes leurs tendances. Qui était touareg dans le lot, qui n’était pas d’AQMI? Et si vous étiez ces jours-là à Aguel’hoc? Nous avons tout simplement imaginé ce scénario pour essayer de comprendre ce qui s’est passé et de sauver ce qui reste de face aux hommes et de crédit à l’Etat malien. Après avoir vu et entendu tout ce que la Commission nous a rapporté, on en vient à une conclusion douloureuse et ferme : ce jour-là, les rebelles ont porté atteinte au prestige de notre République unitaire et à l’honneur de l’Etat malien. Ce que les autorités nationales sont en train de faire, à quelques mois de la fin d’un mandat présidentiel, l’histoire le créditera, et c’est tout l’ensemble du gouvernement et notre peuple qui le seront d’autant pour avoir su sauver au dernier moment l’honneur de la mission de la République. La pluralité des rébellions par le passé n’a pas atteint la spécificité de ce qui s’est passé à Aguel’hoc. On n’a pas seulement tué des hommes de la manière que l’on sait ; on s’est donné les moyens (cruels) de vouloir éradiquer l’Etat. Voici pourquoi l’unanimisme sonore créé autour de ces faits répréhensibles a tourné à l’impatience d’en découdre. Ce qui a provoqué ces journées de colère dans nos villes. Les indices étaient troublants et concordants, comme l’a relevé la Commission spéciale. Dans l’affaire, on a lu les manchettes des journaux de la place souvent péremptoires, voire clinquantes comme fouet. Mais pour l’essentiel, il fallait trouver qui a fait quoi et pourquoi. L’industrie de toute guerre est un marécage nauséabond. Les faits commis à Aguel’hoc n’ont rien à voir avec une manipulation de basse police, malgré le démenti « venteux » du MNLA accusant des tirs provenant d’hélicoptères de l’armée. Ce sont eux qui utilisent la bouteille à encre pour brouiller les pistes. L’imposture est dans leur style crypté quand on relit tout ce qu’ils répandent dans les journaux des pays voisins et qui sont autant d’ambiguïtés calculées, des roueries du style à mélanger le bon sens et la perversité. La jonction MNLA-AQMI est marquée au coin de l’ambivalence. C’est un devoir de mémoire, ensuite une obligation d’oubli qui les attend tous d’eux en perdant la bataille de l’opinion.

C’est au Mali que se situe à présent le point de convergence de toutes les contradictions dans la bande sahélo- saharienne. La tragédie d’Aguel’hoc va donner un caractère irrémédiable à la rupture entre l’Etat et les rebelles. Les choses sont allées si loin qu’un compromis boiteux ne suffirait plus. C’est un récit qui met au pilori des personnes effrayantes jusque dans leurs barbes hirsutes. Fureur d’une bande de voyous-meurtriers en quête de gibier humain. On attend toujours les témoignages sur ce camp de la mort où militaires et civils, en frères d’infortune, furent tués. Le geste d’audace à Aguel’hoc a été perçu plus qu’une déclaration de guerre et qui a alimenté la psychose généralisée. Des images insoutenables ont été vues sur le Net. On nous rapporte qu’un officier intégré (touareg) qui faisait son devoir de défendre sa patrie à Aguel’hoc a été pris par sa troupe,  éviscéré et laissé « crever lentement » sous les regards terrifiés des autres. Pour ses assassins, la leçon des choses ne pouvait se faire autrement. On nous rapporte aussi le calme digne de cet autre officier (Traoré, dont nous saluons ici bien bas la mémoire) refusant de fuir ou de se rendre, à plus forte raison de quitter les remparts de la maison Mali quand tout était consommé avec l’entrée des rebelles dans la localité. Sa mémoire alimentera longtemps encore les chroniques de nos forces de défense et de sécurité. Combien étaient-ils d’anonymes à regarder l’horreur en face avant de quitter ce bas-monde ? C’est un socle vicié que la rébellion atteignait ainsi, cette même terreur allant faire fuir les populations vers d’autres contrées plus paisibles. Cette crise va remettre en cause les relations publiques entre les Etats voisins et plus loin, avec leurs alliés européens, et tout cela en l’absence d’une pensée stratégique et de ressentiments contre Paris. Le Président ATT avait eu raison de dire que c’est un défi sans précédent qui nous est lancé. La statistique est un sésame et la marque d’un sérieux. Combien d’hommes ou de groupes d’hommes comptaient les assaillants, et quel est le nombre exact de morts ? On annonce sur les ondes TV étrangères le chiffre de plus 120 000 déplacés dans les pays voisins. Pour être conséquents, il faut d’abord regarder le terrain (le contexte social), les faits et surtout les corrélations pertinentes. Des faits ici rapportés qui se traduiront par une mise à distance et personne ne viendra nous prendre la main pour écrire ce qui a été ou de nous dicter la conduite à tenir. Il faudra élargir aussi le cercle des enquêtes à l’opinion internationale. Ce n’est pas à nous de choisir les modalités. Avec le souci d’éviter des débats qui feront ressortir les contradictions. Des esprits peu enclins pourront toujours voir dans la Commission spéciale dirigée par Diamouténé une démarche d’improvisation et d’émotion. Une Commission nationale pouvant se révéler, aux yeux de certains, comme un cortège de tractations de couloir et de propos au mieux édulcorés. La question de la mise sur pied de cette Commission spéciale était pourtant importante parce que tout silence sur les faits susvisés pouvait rendre infréquentable. Ensuite la question était d’actualité parce qu’elle était celle des moyens démocratiques dont notre pays disposait pour faire entendre sa voix (ou sa complainte). N’oublions pas que c’est d’une indécision chronique (comme le fait d’avoir laissé le temps au temps) que les hostilités ont repris un autre tour. Aguel’hoc nous rappellera toujours ce que nos enseignants prêtres nous ont appris à l’école à propos du mot « acétie » qui veut dire une accablante tristesse du présent qui fait détester toute joie. La violence n’a pas de raison de s’arrêter aux portes des tribunaux. Si on le faisait, par où passera donc le respect de l’autorité ? Nous ne sommes pas la vérité, mais nous regardons, nous écoutons, nous ressentons et nous nous souviendrons sûrement.

S. Koné

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