Mali. Le massif des Ifoghas, l’antre des islamistes

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C’est dans ce paysage chaotique que se seraient repliĂ©s les islamistes, oĂą seraient dĂ©tenus les otages et oĂą les difficultĂ©s pourraient commencer.

Photo prise le 7 aoĂ»t 2012, montrant des combattants d’Ansar Dine Ă  Kidal. (AFP / ROMARIC OLLO HIEN)

En plein dĂ©sert, c’est lĂ  au nord-est du Mali, près de la frontière algĂ©rienne, dans un paysage chaotique oĂą se mĂŞlent dunes de sable et massifs rocailleux, que se seraient repliĂ©s de nombreux combattants islamistes après leur dĂ©route dans les grandes villes de Diabali, Gao et Tombouctou. Un no man’s land retient particulièrement l’attention, l’Adrar des Ifoghas, qui surplombe Kidal. Ce massif montagneux, granitique et volcanique abriterait, selon des tĂ©moignages et des sources de sĂ©curitĂ© maliennes, les principaux responsables des groupes islamistes, dont Iyad Ag Ghaly, le chef d’Ansar Dine et Abou Zeid, l’un des Ă©mirs d’Aqmi. LĂ , aussi, oĂą pourraient ĂŞtre retenus les otages français, selon le ministre de la DĂ©fense, Jean-Yves Le Drian. Enfin, c’est dans cette zone que les difficultĂ©s pourraient commencer pour les forces d’intervention de l’armĂ©e française.

Le berceau des mouvements séparatistes

Longtemps aux mains du groupe islamiste touareg Ansar Dine, alliĂ© d’Aqmi, Kidal, siège du gouvernorat de la rĂ©gion, venait de passer sous le contrĂ´le des Touaregs du MNLA (Mouvement national de libĂ©ration de l’Azawad) et du MIA (Mouvement islamique de l’Azawad, dissident d’Ansar Dine) (et qui ont dĂ©posĂ© les armes) quand les Français sont arrivĂ©s mercredi Ă  l’aube.

La zone est le berceau traditionnel des mouvements sĂ©paratistes touaregs contre le gouvernement de Bamako. C’est de Kidal que sont parties toutes les rebellions, celle de 1963-1964, celle de 1990, celle de 2006 et enfin celle de 2012. C’est dans cette rĂ©gion que les terroristes du GIA (groupe islamique armĂ©) algĂ©rien ont refluĂ© au dĂ©but des annĂ©es 2000 après la guerre civile en AlgĂ©rie, qu’ils se sont regroupĂ© au sein du GSPC (groupe salafiste pour la prĂ©dication et le combat) et qu’ils ont ensuite prĂŞter allĂ©geance Ă  Al-QaĂŻda, devenant Aqmi.

Des islamistes fondus dans le décor

Pendant une dĂ©cennie, alors que presque tous les regards Ă©taient tournĂ©s vers l’Afghanistan, les hommes d’Aqmi ont constituĂ© un vĂ©ritable arsenal de guerre grâce au trafic de drogues et d’otages d’abord, puis Ă  la faveur de la guerre en Libye qui a laissĂ© derrière elle de nombreuses armes incontrĂ´lĂ©es et qui ont alimentĂ© le marchĂ© noir. Ils ont cachĂ© des armes lĂ©gères (kalachnikovs, mitraillettes, roquettes, batteries, grenades, explosifs…), mais aussi du matĂ©riel moderne et performant comme des jumelles Ă  vision nocturne.

Ils ont cĂ´toyĂ© les populations locales des villes de Kidal, mais aussi de Tessalit et d’Aguelhok. “A partir de 2008, ils se sanctuarisent, se dĂ©placent en toute libertĂ© et en toute impunitĂ©. Certains d’entre eux ont Ă©pousĂ© des femmes Maures et Berabiches, d’autres des femmes Touaregs. Ils commencent ainsi Ă  s’insĂ©rer dans la nature environnante”, prĂ©cise AndrĂ© Bourgeot, anthropologue, directeur de recherche au CNRS et spĂ©cialiste de la rĂ©gion. BĂ©nĂ©ficiant d’aides familiales ou de complicitĂ©s souvent corrompues, des caches, des moyens de transports, de l’essence et de la nourriture leur sont fournis. “Ce n’est vraiment pas un problème pour eux de vivre dans ces montagnes”, assure AndrĂ© Bourgeot.

“Il semblerait mĂŞme qu’ils ont creusĂ© des tunnels.” De nombreuses grottes cachĂ©es par des buissons d’Ă©pineux parsèment le massif et permettent facilement de survivre cachĂ©. “Ils connaissent très bien ce terrain”, ajoute AndrĂ© Bourgeot. “Certains d’entre eux ont fait le coup de feu en Afghanistan, puis dans les maquis kabyles”. Très difficile d’accès, c’est un lieu idĂ©al pour cacher des otages.

Difficulté militaire

Selon toute vraisemblance, l’objectif militaire français sur le terrain semble se dĂ©rouler sur le terrain du harcèlement pour Ă©puiser et dissuader les djihadistes de combattre. L’aviation a procĂ©dĂ© ces derniers jours Ă  des frappes aĂ©riennes vers Aguelhok, au nord de Kidal. “Les objectifs visĂ©s Ă©taient des centres de commandements, des dĂ©pĂ´ts logistiques, des centres d’entraĂ®nement”, a dĂ©taillĂ© le colonel Thierry Burkhard, le porte-parole de l’Ă©tat-major.

Cependant, du fait du relief hostile des Ifoghas, les bombardements aĂ©riens sur des mouvements, localisĂ©s par des satellites ou des drones, seront insuffisants pour reconquĂ©rir, tenir et stabiliser le pays. Les troupes au sol, nombreuses, seront sans doute nĂ©cĂ©ssaire. Au sol, les craintes exprimĂ©es rĂ©sident dans la capacitĂ© des combattants djihadistes a mener une guĂ©rilla faite d’attentats.

Dans ce contexte, le MNLA veut jouer sa partition. Le mouvement a d’ores-et-dĂ©jĂ  proposĂ© son aide pour agir en Ă©claireur et Ă©pauler les forces militaires contre les djihadistes. Et ainsi reprendre la main sur les revendications politiques.

NĂ©gociations difficiles

Pour Ă©viter l’enlisement, la France pourrait ĂŞtre prĂŞte Ă  jouer les facilitateurs pour des nĂ©gociations entre les Touaregs et Bamako. Jeudi, Jean-Yves Le Drian a soulignĂ© que “nous sommes dans une situation particulière Ă  Kidal et nous faisons en sorte d’avoir des relations de bonnes intelligence avec les Touaregs”. La veille, Paris avait appelĂ© le pouvoir malien Ă  “s’engager sans plus attendre, des discussions avec les reprĂ©sentants lĂ©gitimes des populations du Nord et les groupes armĂ©s non terroristes reconnaissant l’intĂ©gritĂ© du Mali”. Le prĂ©sident malien par intĂ©rim, Diouncounda TraorĂ©, de son cĂ´tĂ©, a estimĂ© que “le seul groupe avec lequel nous pouvons envisager des nĂ©gociations c’est certainement le MNLA, Ă  condition que le MNLA renonce Ă  toutes ses prĂ©tentions territoriales”. Pas gagnĂ©, mĂŞme si le mouvement a montrĂ© une volontĂ© d’assouplir ses exigences.

Autre souci : le MIA, dĂ©sormais alliĂ© du MNLA, tente depuis quelques jours une percĂ©e pour participer aux pourpalers. Une option inenvisageable pour le prĂ©sident malien qui estime faisant allusion Ă  la dissidence que “Ansar Dine s’est disqualifiĂ©”. “Il n’est plus Ă©ligible au dialogue quel que soit par ailleurs le masque que certains d’entre eux ont dĂ©cidĂ© de porter”.

Seule solution politique qui se dĂ©gage actuellement : nĂ©gocier avec le seul MNLA. Pour AndrĂ© Bourgeot, cette solution ne conduira pas Ă  la paix et Ă  la justice escomptĂ©e. “Le MNLA est ultra-minoritaire, il est autoproclamĂ© et ne peut pas prĂ©tendre reprĂ©senter les populations du nord”. Le nord Mali est en effet composĂ© de SanghaĂŻs en majoritĂ©, puis de Maures, d’Arabes et de Peuls. “Aucune tribu touareg n’a soutenu le MNLA par Ă©crit. Les Français et les Maliens vont donc nĂ©gocier avec un groupe qui ne reprĂ©sente que lui-mĂŞme. La France essaie de remettre le pied Ă  l’Ă©trier du MNLA, pour que ce dernier apparaisse comme un groupe avec qui on peut nĂ©gocier. Mais c’est de l’ingĂ©rence. Le MNLA peut participer aux nĂ©gociations mais pas tout seul. Il faut des reprĂ©sentants de la sociĂ©tĂ© civile, des chefs de tribus et de toutes les ethnies. Sinon, on va crĂ©er de nouveaux problèmes politiques et mettre de l’huile sur le feu. D’autant que la population malienne est très remontĂ©e contre le MNLA et ne pardonne pas aux Touaregs d’avoir initiĂ© l’offensive il y neuf mois. ”

Aucun calendrier n’a pour l’instant Ă©tĂ© Ă©bauchĂ© pour cette rĂ©conciliation nationale. François Hollande est attendu samedi dans le pays, accompagnĂ© du ministre des Affaires Ă©trangères, Laurent Fabius, du ministre de la DĂ©fense, Jean-Yves Le Drian et du ministre chargĂ© du DĂ©veloppement, Pascal Canfin. La prĂ©sence de ce dernier pousse Ă  dire que le prĂ©sident français ne fera pas que saluer les soldats français. Paris pourrait consolider son rĂ´le de mĂ©diateur. A quelques kilomètres des otages.

Source: nouvelobs.com – 01-02-2013

 

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16 COMMENTAIRES

  1. Dites non aux castes bleues au Mali, si jamais les castes bleu sera déployé au Mali il aura jamais la paix, on a besoins uniquement la force CEDEAO et force Africaine, mais pas de castes bleu.
    Vive le Mali
    Vive la France

  2. je ne dis pas que tous les Touaregs sont des rebelles mais tous les rebelles sont des Touaregs donc il faudra bien que les touareges soit bien matée

    on sera pire que la radio de milles collines avec eux pour que sa soit la dernière qu’un touareg ce rebelle

    • Les touaregs sont chez-eux, tu vas les mâter toi bouffon, il faut d’abord qu’on te laisse faire !

    • @ samir:

      Soyons raisonnables: il n’y a pas de solution militaire Ă  ce conflit, c’est bien clair.

      Le seul moyen de pacifier dĂ©finitivement la rĂ©gion tout en coupant la route au narco-“Jihadisme” est d’engager le dialogue avec le peuple Touareg, comme le dit le prĂ©sident TraorĂ©, en vue d’une rĂ©conciliation qui leur soit acceptable.

  3. CES imbeciles soient dans le massif des ifoghas cela ne me dis absolument rien,car ils ont peur.l’endroit la est leur cimetiere ce tout.la guerre est deja finie.nous maliennes on connait que y a rien sinon ce l’homme qui a peur.YA FOHI,AN KANA SIRA.KELE BANA

  4. on parle de 500.000 touaregs sur une population totale d’environ 16 millions d’habitants. C’est Ă  cette population ultraminoritaire de s’intĂ©grer et d’arrĂŞtr des prĂ©tentions irrĂ©dentistes, de vouloir s’accaparer 2/3 du territoire malien. Les populations maliennes ne vont jamais accepter une quelconque faveur et les lobbys pro touaregs dans les salons des grandes villes europĂ©ennes qui crient Ă  la chasse Ă  l’homme, de gĂ©nocide etc. sont retsĂ©s muets quand les populations nĂ©gro=africaines subissaient meurtres, viols, tortures. C’est curieux de constater que personne ne s’Ă©meut vraiement quand les populations noires se font massacrer (plus de 5 millions de morts en RDC…et ça continue), mais le noir n’ a pas le droit de se dĂ©fendre (il est aussitot accusĂ© de gĂ©nocide, etc.). Si c’est pas du racisme, c’est Ă  ne rien comprendre.

    Des nĂ©gociations avec le MNLA qui etait l’alliĂ© des djihadistes et des narcotrafiquants et qui ne representent mĂŞme pas 4% de la population est ridicule.

    • Merci mon frère, Ces EuropĂ©ens lĂ  ne maitrisent pas nos communautĂ©s, prĂ©mièrement, les touaregs auront du mal aujourd’hui Ă  vivre avec le reste de la population noire majoritaire, vu les exactions qui ont fait, viol, massacre des femmes. La population ne va jamais les pardonner et les accepter, ces touaregs se sont des fĂ©neants, ils n’aiment pas travailler.

      • @ Chasseur, quand vous Ă©crivez: “….ces touaregs se sont des fĂ©neants, ils n’aiment pas travailler….”

        Sachez que les Touaregs pensent exactement la mĂŞme chose des Bambaras. Avant de trouver un terrain d’entente, il faudra se dĂ©partir de clichĂ©s aussi primitifs.

    • Bonjour,
      Merci, Talbot et Chasseur, pour vos commentaires.

      Sachant que la justice va faire son travail en mettant en avant la non impunité, en jugeant les actes et crimes commis par les uns et les autres, dont le MNLA, les Maliens sauront prendre de la hauteur et dialoguer ENSEMBLE en EXIGEANT LE RESPECT de cet engagement responsable et en constituant cette commission nationale avec des ramifications régionales intégrant toutes les communautés du Mali (pas seulement celles du nord Mali).

      En procédant méthodiquement, A TRAVERS LA NÉGOCIATION ET LE DIALOGUE, les Maliens arriveront à s’entendre en faisant valoir la loi et la justice. Ne soyons pas pressés. Avançons dans l’unité.

      Bien cordialement
      Dr ANASSER AG RHISSA
      EXPERT TIC ET GOUVERNANCE
      E-mail: Webanassane@yahoo.com

    • M^me s’il y a un seul touareg, c’est sa terre, celle de ses ancĂŞtres, il y a droit pour y vivre comme il l’entend ! Ils ne cessent de le crier et depuis la crĂ©ation du mali par cette mĂŞme france, ennemie des peuples berbères !

      • @ YIWEN:

        Pour moi, la France est NON PAS ennemie des peuples Berbères, d’ailleurs, mais bien plutĂ´t amie de ses propres intĂ©rĂŞts (tout comme le Mali, et tout comme les autres pays).

        Mais nous avons maintenant atteint le point de non-retour, le point oĂą quiconque souhaite une paix durable sait que les aspirations du peuple Touareg devront ĂŞtre prises en compte.

        Cette partie du monde n’ira nulle part sans eux.

        • Oh la bamakoise, si tout le monde avait votre sagesse et votre clairvoyance, on ne serait certainement pas lĂ  oĂą nous sommes prĂ©sentement : guerres, racisme primaire, misère, sous dĂ©veloppement et j’en passe !

        • Chère bamakoise,tes commentaires me reconfortent dans mes convictions,que le grand peuple du Mali,ne peut-ĂŞtre perçu sous l’angle de certains intervenants,raciste et haineux.Nous devrions savoir que nous sommes tous victimes au sahel de la barbarie des minables terroristes qui viennent de partout et principalement de mon pays la Mauritanie.Rassures-toi,l’histoire nous a appris que les grandes nations
          comme le Mali de par son passĂ© glorieux,et la richesse de sa diversitĂ©,ressortent aguerries des epreuves.Tous les maliens doivent dorenavant oeuvraient pour l’unitĂ© qui sera le gage de leur avenir.Courage.

  5. Bonjour,
    Comme je l’ai toujours dit, chaque Malien doit accepter L’ENGAGEMENT RESPONSABLE, constitué d’un ensemble de PRINCIPES (Refus du terrorisme, non impunité, respect des droits humains, coexistence pacifique et refus des amalgames) et de CONDITIONS (promouvoir la démocratie, déposer les armes, intégrité du Mali et laïcité).

    CET ENGAGEMENT DOIT ÊTRE ACCEPTÉ PAR TOUT GROUPE CONSTITUÉ DE MALIENS (MNLA, Gandakoye, Ganda-Iso, MIA, …) POUR ÊTRE ADMIS A NÉGOCIER.

    La commission nationale de négociation et de dialogue :

    – doit ĂŞtre INCLUSIVE,
    – doit avoir des RAMIFICATIONS RÉGIONALES et
    – doit INTÉGRER TOUTES LES COMMUNAUTÉS du Mali (pas seulement celles habitant au Nord Mali),

    AU RISQUE D’UN MÉCONTENTEMENT.

    C’est à travers cet engagement responsable et une telle commission que les Maliens s’entendront, se réconcilieront et bâtiront ensemble, dans l’unité, le Mali de l’après-guerre.

    Bien cordialement
    Dr ANASSER AG RHISSA
    EXPERT TIC ET GOUVERNANCE
    E-MAIL: Webanassane@yahoo.com

  6. Oh mon Dieu, ces gens la ne sont pas des extra-terrestres. Cessez de faire peur a vous meme. Les seules differences seront la tactiques et les moyens militaires, sinon, ce sont des hommes comme vous et moi. De la meme maniere qu’ils ont accede a ces grottes, il est possible de les deloges.
    Pour faire diversions, vous inonde un endroit de bombes. Ils se chercheront et entre temps, vous parachutes des commandos qui ouvriront des corridors pour les autres troupes.
    DE MEME QU’ILS ONT ENCEINTES TOUTES LES FOLLES DE GAO, CE SONT CES MEME BESOINS QUI VONT LES FAIRE SORTIR DE LEUR TROU. OU SERVIRONT DE DINER AUS ANIMAUX SAUVAGES DU COIN

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