Nord Mali: Si les choses se dégradent toute la sous-région en aura les contrecoups “ministre sénégalais” (+Vidéo)

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Abdoulaye Bathily

On ne peut pas envisager une occupation définitive d’une partie du territoire malien où l’imposition d’un mode de vie que les populations n’ont pas connu depuis des siècles, a affirmé le ministre d’Etat sénégalais, Abdoulaye Bathily, interviewé par Alakhbar lors de sa visite en Mauritanie du vendredi 28 au dimanche 30 décembre courant.
 

ALAKHBAR: Quelle est l’attitude du Sénégal  par rapport à la crise au Nord du Mali ?

Abdoulaye Bathily: Le Sénégal, en tant que pays frère et voisin du Mali, comme la Mauritanie, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et l’Algérie, est intéressé à la solution de la crise du Mali. Nous allons apporter notre contribution à la solution de cette crise.

ALAKHBAR: Même si elle est militaire, cette solution ?

Abdoulaye Bathily: Actuellement, il y a des discussions en cours. L’ONU, dont nous sommes partie comme tous les pays du monde, a pris une résolution. Nous allons dans le sens de la mise en œuvre de cette résolution qui comporte trois volets. Il y a le volet de la négociation pour effectivement préserver l’intégrité territoriale du Mali. Que tous les enfants du Mali se retrouvent et ébauchent une solution pour la gestion de leur pays. Ça c’est important. Et je crois que le Sénégal et les autres pays sont d’accords sur cette dimension de la résolution du Conseil de sécurité. Deuxièmement, tout le monde est intéressé à mettre fin au calvaire des populations maliennes qui sont aujourd’hui par milliers dispersées dans les pays voisins et qui vivent sous les tentes. Donc, la question humanitaire nous intéresse au plus haut point. Tous les voisins du Mali sont intéressés que ces populations, dispersées aux quatre coins des pays voisins, recouvrent leur dignité et que les populations qui sont dans les villes de Tombouctou de Kidal et de Gao, qui souffrent de l’arbitraire et de l’oppression des groupes extrémistes, recouvrent aussi leur liberté. Ça c’est le volet humanitaire de la résolution, nous sommes tous d’accords là-dessus. Le troisième volet maintenant: s’il y a des groupes qui ne veulent pas du tout négocier, qui ne veulent pas restaurer la paix la tolérance, évidemment la résolution envisage l’usage de la force. Il faut espérer qu’on n’en arrivera pas. Personne n’a intérêt à recourir à la force, mais comment faire s’il n’y a pas d’autres voies. Ceux qui sont à Gao à Tombouctou ou à Kidal utilisent déjà la force contre les populations innocentes.

ALAKHBAR: Mais, ce dernier choix militaire ne s’impose-t-il pas ?

Abdoulaye Bathily: Non. D’après ce que j’ai compris de la résolutionde l’ONU, ce n’est pas ça qui s’impose. Pas du tout. C’est une perspective qui est envisagée à défaut d’une perspective pacifique. Vous ne pouvez pas quand même envisager une occupation permanente et définitive d’une partie du territoire malien où l’imposition par la force d’un mode de vie que les populations maliennes n’ont pas connu depuis des siècles. Je suis professeur d’histoire, depuis quarante ans, j’enseigne l’histoire de la Mauritanie du Sénégal, de l’empire Songhaï et celle de l’Empire du Mali. Tombouctou est, depuis le neuvième siècle de notre ère, une ville islamique. Les chroniqueurs arabes du neuvièmes siècle déjà la mentionnent comme l’une des villes musulmanes où les commerçants du monde arabe, du Maghreb et du Moyen Orient venaient faire le  commerce de l’or et d’autres produits. Donc, ces gens-là sont musulmans depuis presque dix siècles maintenant; on ne peut pas venir, aujourd’hui au 21 siècle,  pour dire: «Bon, on va leur apprendre l’Islam». Nos sociétés ne peuvent pas se développer sans la tolérance; c’est la tolérance qui fait développer les sociétés. L’extrémisme, qu’il soit en Droit, en Economie, en Religion ou en politique, ne fait que provoquer des souffrances pour les populations.

ALAKHBAR: Comment enfin évaluez-vous la Médiation burkinabé dans ce dossier malin ?

Abdoulaye Bathily: Je pense que la médiation poursuit son cours. À l’heure actuelle, je n’ai pas tous les éléments. Disons qu’il y a quand même des avancées à mon avis qui sont faites. Par exemple, je crois savoir que Ançar Dine et le MNLA sont allés à Ouagadougou et à Alger et sont d’accords pour négocier, c’est important. L’Algérie contribue et la Mauritanie aussi. Le gouvernement mauritanien contribue à ce processus de négociation. Il ne faut pas penser que c’est simplement le médiateur officiel qui fait le travail, il y a d’autres pays qui le font; la Mauritanie joue un rôle important qu’il faut saluer et encourager. Nous avons tous intérêt à jouer dans ce sens, puisse que si les choses se dégradent davantage au Nord Mali, la Mauritanie en aura les contrecoups de même le Sénégal, l’Algérie et tous les pays de la sous-région. Personne ne va échapper. Donc, il vaut mieux qu’il ait plus de cohésion dans le sens de la solution de ce problème.

ALAKHBAR: La divergence de la classe politique malienne ne risque-t-elle pas de compromette le processus des négociations ?

Abdoulaye Bathily: Effectivement, le manque de cohésion au niveau malien a peut être contribué  à ralentir le processus des négociations, ce n’est pas seulement la question de l’intervention. On disait qu’en fait au Mali il y avait trois centres de pouvoir: les militaires à Kati, la Présidence de transition et le premier ministre. Ça crée une situation un peu difficile à gérer par rapport au monde extérieur. Mais, ces derniers jours, avec le changement de premier ministre, on note un peut plus de cohésion dans les interventions. Nous espérons que maintenant le dossier va connaître une nouvelle accélération dans son traitement. Il faut espérer en tout cas. Le nouveau premier ministre a fait le tour des pays voisins et je pense qu’en accord avec le président de trasition et d’autres forces politiques il y aura une solution. Les forces politiques maliennes commencent à se rendre compte qu’il est nécessaire d’assurer une cohésion interne pour arriver à une solution. On ne peut pas aller négocier avec sérieux quand on a sa propre maison divisée.

Retrouvez ici la première partie de cette interview consacrée aux relations mauritano-sénégalaises et à la situation interne du Sénégal.

alakhbar.info /  (Nouakchott)

 

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4 COMMENTAIRES

  1. C’est exact le point de vue de Mr le ministre senegalais selon lequel aucun pays du champs n’echappera aux effets negatifs si jamais le problème malien durera encore.C’est une occasion pour les pays de la region de mieux s’integrer face au terrorisme et à l’extremisme.
    Il faut de la tolérance,pour qu’il y ait un developpement.Donc on peut pas du tout imposer un culte à qui que ce soit. La laicité s’impose de plus en plus dans le monde,car elle favorise la paix sociale et donc le developpement d’activités socio-economiques de toute sorte .
    Il faut aussi ajouter que les peuples africains sont epuisés des decenies de democratie non accompagnée d’un veritable developpement economique du continent.Il faut aussi que la scène change sur ce plan.Nos jeunes ne peuvent plus ètre condamnés à aller chercher un vie meilleure ailleur (EUROPE,AMERIQUE…).Ils recclament desormais beaucoup des dirigeants.Donc :INTEGRATION,LAICITE,DEMOCRATIE ET DEVELOPPEMENT.

  2. C’est facile d’affirmer que les armes dorment à Kati. Les vrais motivés sont en train de s’engager dans l’armée. D’autres préfèrent rester à l’extérieur pour donner des leçons. Il faut tenir des propos constructifs, nous sommes tous pour que la situation soit apaisée. Vive le Mali, Vive la paix et la cohésion sociale.

  3. Professor Abdoulay Bathily, you speak for me!!!!!!!
    “La mauvaise gestion de la diversite’ dans nos pays” EST BIEN L’UNE DES PRINCIPALES CAUSES DE NOS IMPASSES RESPECTIVES!!! C’est pour cela que j’ai toujours insiste’ sur RECONNAITRE, RESPECTER ET ACCEPTER NOS DIFFERENCES!
    EN MATIERE DE RELIGION C’EST EXTREMEMENT IMPORTANT D’ETRE TOLERANT! ON SE TOLERE SI ON VEUT LA PAIX!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    Ai-je besoin de revenir sur les nombreuses consequences negatives de la mauvaise gouvernance?
    Mes amis, ALLAH KA BE’ SON HAKILILA!!!

  4. Le Mali en début 2013, l’état des lieux.

    Embourbé depuis janvier 2012, dans une crise sécuritaire, institutionnelle, humanitaire, sociétale, économique et diplomatique, et devenu la tasse à café de ses voisins et de la communauté internationale, le Mali est à la croisée des chemins en ce début 2013, soit il lèvera la tête de l’eau soit il sombrera dans les profondeurs abyssales de l’inconnu.

    Le pays, gravement attaqué par des groupes armées islamistes et indépendantistes, n’était pas préparé à défendre efficacement son vaste territoire de 1241000 km².

    Les politiques laxistes de gestion financière et sécuritaire du pays et la légèreté avec laquelle les accords et négociations de paix contre nature sont menés avec des groupes rebelles ont affaibli, considérablement, l’état et ses institutions y compris l’armée et les services de renseignement du pays.

    Le modèle socio-économique de développement, basé sur un système de projets de développement, financés par l’extérieur, n’a pas permis un développement endogène du pays, (qui reste parmi les plus pauvres du monde malgré d’immenses potentialités), il l’a au contraire fortement rendu dépendant à l’aide extérieure budgétaire et pour financer des investissements publics.

    Le très faible niveau de développement des infrastructures économiques et sociales de bases, (routes, électricité, eau potable, télécommunications, écoles, hôpitaux et centres de santé…) et l’étroitesse du marché intérieur, accroissent le coût d’opportunité du transport, et de la production et ne permettent pas une éclosion rapide du secteur privé.

    La main d’œuvre bon marché est très peu qualifiée et le coût de l’électricité et des télécommunications reste très élevé pour une correcte industrialisation du pays.

    L’économie reste donc majoritairement agricole avec des techniques de production des années 50 qui maintiennent les rendements du travail à un niveau tel que la production agricole peine a explosé.

    Le pays enregistre donc au gré des aléas climatiques des niveaux aléatoires de production agricole du coton, du riz, des sorghos et d’autres céréales malgré des efforts de la CMDT, de l’état dans des projets de type Initiative Riz et des aménagements hydro agricole, des paysans et des privés.

    L’économie urbaine reste essentiellement informelle, de négoce et de services, non adossée sur un secteur industriel réel et performant et n’ayant pas la confiance des banques pour le financer correctement, elle peine aussi à prendre le relais de la production agricole aléatoire pour doter le pays d’un taux de croissance économique suffisant pour résorber un chômage massif des jeunes entretenu par un fort accroissement naturel de la population et un système scolaire et universitaire désuet dont les échecs surplombent les succès en matière de formation d’une ressource humaine de qualité.

    Les 12% de succès au baccalauréat 2012 en sont la parfaite illustration.

    La vie sociale, s’accommode avec une urbanisation sauvage et galopante, qui désactive toutes les bonnes mœurs et des bonnes valeurs de la société, pour les remplacer par des vices comme l’incivisme, la tentation, le manque de respect du bien public et d’autrui, la facilité, le laisser aller, avec la complicité des élus locaux et nationaux et de la classe dirigeante.

    La gouvernance du pays, née dans cette dépravation des mœurs et de ses pratiques rétrogrades n’arrive pas à inventer des politiques publiques pour permettre à la justice de remettre les bonnes pratiques en place et permettre au pays de créer et de distribuer sainement la richesse par le mérite du travail.

    L’homme malien se perd désormais dans une identité de vol, de mensonge et de déni de réalité, et d’opportunité, toute chose qui lui permet de raccourcir son désir de jouissance d’un bonheur lointain qu’on veut tout de suite ramener à la maison, pour une mère, une femme, une soeur, un frère ou pour des enfants qu’on aime à tout prix.

    Dans cet océan de cherche-bonheur immédiat et gratuit, le bien public est ce qu’on respecte le moins, et l’Etat la vache laitière qui le produit et qu’on croit immortel.

    Alors les maliens (gouvernants comme gouvernés) n’ont aucune notion de respect des institutions publiques, qui font partie du décor pour eux, ils accordent plutôt leur importance et leur respect au prince du jour, car pour eux lui, il est un élément important dans leur politique quotidienne de cherche-bonheur immédiat.

    C’est dans ce climat contre nature de “je cherche donc je suis” que la classe politique ou du moins une partie a fait allégeance à un régime d’exception contre un régime démocratique qu’ils ont eux mêmes contribuer à travestir des années durant, quand bien même qu’ils savent que l’avènement de ce régime d’exception fera perdre au pays des centaines de milliards de FCFA de ressources financières d’aides extérieures.

    C’est pour cela que des chefs religieux ou du moins certains cherchent à tout prix une influence politique pour peser contre une certaine islamisation du pays dont ils contribuent, d’une manière ou d’une autre, à faciliter dans le pays.

    Et enfin c’est pour cela que des citoyens qui battent le pavé avec tambours et trompettes, pour un dirigeant politique, perdent, subitement, le chemin de ce pavé quand celui-ci est débarqué d’une manière ou d’une autre.

    La dessus, demandez plutôt à CMD qui a enregistré l’une des toutes dernières marches de soutien dans le pays, pour un homme politique, quand il était premier ministre qu’il vous donne le nombre de ses soutiens quand il fut contraint, illégalement, par la junte militaire de Kati de démissionner.

    La franchise et l’honnêteté sont devenues des denrées rares au Mandé!

    C’est pour cela qu’on peine à croire à l’armée malienne et à Dioncounda quand ils évoquent que le “Mali n’attendra” pas longtemps pour libérer le nord!

    Parce qu’après 9 mois de péripéties, de contre vérités, de coups bas, d’inactions, de guerres de positionnement et d’ambitions personnelles, de petites querelles de vengeances personnelles, de fausses fiertés, nous faisons plutôt confiance à l’Onu, à la communauté internationale et au droit international pour le dossier du nord de notre pays.

    Nous les réitérons cette même confiance pour le rétablissement de notre démocratie, le respect de notre constitution par l’organisation d’élections générales crédibles libres et transparentes au Mali de Diboli à Andarraboukane, et de Zégoua et Tinzawatène.

    Parce que nous n’avons pas compris qu’après les 3 trois ans de Kafougouna et de son RAVEC inachevé, Moussa Sinko Coulibaly, ne daigne pas, 9 mois plus tard, nous fournir le moindre fichier électoral.

    Nous ne comprenons pas, qu’au même moment, des armes fraîchement débloquées du port de Conakry, dorment encore à Kati, à mille lieux de Diabali et Sevaré qui constituent notre front du nord.

    Non, nous n’avons pas compris pourquoi l’armée malienne a attendu 8 mois après la chute de Gao, Tombouctou et Kidal, pour lancer un programme de recrutement massif de 2000 hommes dans l’armée.

    Nous voulons savoir quand est ce que le capitaine Sanogo et sa cohorte de soldats encagoulés, pleine de ressources quand il s’agit de faire démissionner un premier ministre “pleins pouvoirs”, prendront enfin le chemin du nord, ne serait ce que pour attendre la Misma à Sevaré jusqu’en septembre 2013, et permettre enfin à Diango Cissoko de faire face à la crise économique qui se greffe sur la crise sécuritaire et institutionnelle et que chaque jour que Dieu fait ronge un peu plus le panier de la ménagère au Mali et avec lui son moral.

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